Jardinage communautaire et sécurité alimentaire
Daniel Reid
Le 25 avril 2007
Sécurité alimentaire et auto-production d’aliments…………………………….……1
Recommandations………………………………………………………………...…...2
Résumé : Jardins communautaires et sécurité alimentaire………………………...3
Le programme des jardins communautaires de Montréal……………….................5
Sécurité alimentaire et auto-production d’aliments
Bonjour mesdames et messieurs les commissaires, et vous tous ayant à cœur la terre notre pourvoyeuse de vie.
Je me présente : Daniel Reid, animateur horticole au programme des jardins communautaires de Montréal depuis 1989 et formateur en jardinage et arboriculture fruitière.
Mon propos aujourd’hui est de vouloir apporter un point de vue différent en introduisant l’auto-production d’aliments dans le débat sur l’agriculture et l’agro-alimentaire.
Les interventions des participants et le cadre de la Commission porte principalement sur la production alimentaire pour autrui. En découle l’objectif de la sécurité alimentaire.
Or la problématique de la sécurité alimentaire est complexe et toutes les contributions sont bienvenues. Y compris, l’auto-production d’aliments. Pourquoi ne pas envisager cette avenue de faire son propre potager? Certains diront que cela va de soi et n’envisageront pas d’en faire une activité offerte dans le cadre d’un programme.
N’oublions pas que la majorité des locataires n’ont pas accès à une cour ou à un potager.
Mon propos est le suivant : ne devrions-nous pas inclure dans la mission de l’agriculture, dans une perspective de sécurité alimentaire, l’opportunité pour tous de produire des aliments pour soi-même!
En analysant la fréquentation des jardins communautaires et collectifs au Québec, nous pouvons affirmer lorsqu’un programme de jardinage existe et que l’activité est encadrée et soutenu par la municipalité ou un organisme public, un nombre non-négligeable de personnes se prévalent de l'occasion offerte de cultiver un jardinet. Dans les programmes actuels à Montréal, 1.5% de la population adulte jardinent dans les programmes de jardinage communautaires et collectifs. Soit plus de 12000 personnes. Au Québec ce sont environ 15000 personnes qui jardinent au sein de programmes de jardinage.
Pourquoi des programmes de jardinage? Ces programmes permettent de jardiner sur un terrain avec d’autres personnes. Soit que les jardiniers sont à loyer et n’ont pas de potager à la maison, soit que des jardiniers se joignent à un potager collectif pour vivre cette expérience au sein d’un groupe.
Il est bénéfique au niveau de la santé de cultiver une partie de ses aliments. Tous ici savent que produire ses aliments procure une satisfaction bien tangible lorsque nous consommons ce que nous avons semé, désherbé, biné, arrosé, récolté et apprêté.
Recommandations
Sécurité alimentaire
1- Favoriser la mise à la disposition des citoyens des espaces communautaires où il est possible de produire ses aliments. En fait, il s’agit de permettre au plus grand nombre de personnes qui le désirent d’avoir accès à des terrains où ils pourront produire une partie de leurs légumes frais en période estivale.
2- Rendre l’offre de jardinage intéressante:
-Terrains biens situés près des habitations. S’assurer qu’ils soient peu sujet au vandalisme. Des fenêtres d’habitations proches sont un frein au vandalisme.
-Offrir ces terrains à tout au plus de .5 km de la clientèle visée. Des études et l’expérience démontrent que lorsque le jardin est situé à proximité soit moins de .5km, les jardiniers sont plus enclins à jardiner sur une base régulière et récurrente pendant plusieurs années.
-Prévoir une entrée d’eau, des clôtures, tables de pique-nique, un coin à l’ombre et un encadrement démocratique de l’activité.
Campagne de sensibilisation au jardinage (et
au compostage)
3- Faire auprès de publics-cible une campagne de sensibilisation sur l’auto-production d’aliments. L’éducation au jardinage est un incitatif à bien se nourrir en légumes et fruits frais et de qualité.
4- Le volet éducation au jardinage pourrait être couplé à la sensibilisation au compostage.
Le ministère de l’Environnement exige dès 2008 le recyclage de 60% des déchets végétaux. Échéancier que très peu de municipalités pourront respecter!
Or ce sont souvent les mêmes intervenants, animateurs spécialisés et horticulteurs qui dans les faits, ont l’expertise en compostage et en jardinage. Commencer à vouloir rencontrer cet objectif en 2008 nécessite entre autres, la diffusion d’information sur le compostage, sa fabrication et son utilisation, notamment dans les potagers. Il serait judicieux de valoriser à la fois les bienfaits de produire du compost et les avantages de faire son potager.
Décontamination des sols
5- Rétablir la politique du Ministère du Développement Durable, Environnement et Parcs du Québec des subventions à la réhabilitation des terrains contaminés (du moins dans les projets de jardinage communautaire et collectifs). Ce programme a permis de restaurer des jardins communautaires qui avaient dû fermer leurs portes suite à une caractérisation des sols. Ce programme a été abandonné récemment.
Conclusion
Pour les personnes ayant accès à un potager, le volet éducation au jardinage sera compris comme une bonne habitude à revaloriser.
Pour les personnes sans accès à un petit coin de terre,
une offre de jardinets disponibles à proximité de leur demeure est un
incontournable pour un accès à des légumes frais et de qualité en saison. C’est
une approche peu coûteuse pour faciliter cette implication directe des citoyens
à leur sécurité alimentaire.
"Mieux vaut enseigner à pêcher que de donner un poisson"
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Résumé : Jardins communautaires de Montréal et
sécurité alimentaire
Historique
En 1977, les autorités municipales de Montréal ont décrété que 10% du territoire serait dorénavant zoné espaces verts. Cela a pu s’appliquer à tous les quartiers où il y avait suffisamment de terrains disponibles.
A la même époque, l’administration municipale a mis en place un programme municipal de jardins communautaires.
Programme municipal
de jardins communautaires
Les jardins communautaires offrent l'opportunité aux citadins de cultiver leurs légumes et de fraterniser. À Montréal 1.5% de la population adulte jardine dans un jardin communautaire municipal. Les jardins sont dispersés sur tout le territoire et sont facilement accessibles. Soit 8200 jardinets dans 98 jardins communautaires.
Le programme comporte un minimum de réglementation pour que l'activité demeure la plus harmonieuse possible.
Un comité de jardin est indispensable pour représenter les jardiniers, organiser le jardin, faire l'attribution des lots et le suivi de l'activité. Un intervenant municipal spécialisé est dédié à la gestion du programme pour faire le lien avec les services municipaux, voir au bon fonctionnement de l'activité et répondre aux demandes de conseils horticoles.
Coût du programme
Pour les jardiniers, le coût de la cotisation est très raisonnable. Le Service administrant le Programme des jardins communautaires demande une contribution de 10$/jardinet de 3m X 6m.
Le coût du programme pour la municipalité est d’environ 0,2% (2/1000) du budget du Service des Parcs.
Sécurité alimentaire
Le jardinage communautaire permet l’auto-production
d’aliments de qualité sur des terrains gérés par la municipalité. Cette
activité très populaire favorise l’estime de soi et l’acquisition de nouvelles
connaissances pratiques et techniques.
Cette initiative municipale allège pendant les mois de récolte la problématique de la sécurité alimentaire.
Impact économique
La sécurité alimentaire vue sous l'angle de l'auto-production des aliments.
Les jardiniers peuvent produire, sur une parcelle de 18 m2
(200 pi2), la plupart des légumes frais consommés par au moins
deux personnes durant au moins quatre mois, sans compter la mise en conserves,
la congélation et le séchage d’une partie de la production ainsi que
l’entreposage de légumes d’hiver.
On estime que la production de légumes frais vaut entre 150 à 300$ selon les
jardiniers, et cela pour un investissement total d’au plus 50 à 75$. Voilà
un loisir enrichissant.
De plus, cette activité permet, surtout pour les membres de
certaines communautés ethniques, de cultiver des légumes moins disponibles,
donc plus coûteux. Chez d’autres, elle brise la dépendance aux banques
alimentaires.
En dernier lieu, les dons de surplus de légumes à des jardiniers malchanceux ou
à des organismes luttant contre la faim ont également un impact économique
certain.
Liens Internet :
http://www.ville.montreal.qc.ca/jardinscommunautaires/
LE PROGRAMME MUNICIPAL DE
JARDINAGE COMMUNAUTAIRE À
MONTRÉAL
Les autorités municipales ont décrété en 1977 que
10% du territoire serait dorénavant zoné espaces verts. Cela a pu s’appliquer à
tous les quartiers où il y avait suffisamment de terrains disponibles.
A la même époque, l’administration municipale a mis
en place un programme municipal de jardins communautaires.
Suite à deux décennies de réalisations
extraordinaires au niveau international, l’Expo 1967 et le métro dans la 1ère
décennie et les Jeux Olympiques de 1976 dans la 2e décennie,
l’administration municipale a voulu laisser sa marque en donnant un programme
innovateur rejoignant directement la population. Elle a choisi de permettre
l’accessibilité à des jardinets. La population composée à 70% de citoyens
habitant dans des logements locatifs réclamait un tel programme. La
collaboration de l’administration a été telle que 10 ans après le début du
programme en 1975, nous pouvions compter 75 jardins communautaires
totalisant 6400 jardinets. En 2005 suite à l’annexion de nouveaux
arrondissements de l’île de Montréal, nous comptons 98 jardins et 8200
jardinets.
Clientèles
desservies
Jardiniers participants
À Montréal,
1.5% de la population adulte exploitent un jardinet communautaire. Ce qui est énorme.
Cela représente plus de la moitié des jardinets disponibles dans le Canada en
entier.
Les
participants au programme des jardins communautaires appartiennent aux groupes
d'âge suivants: 1/5 des participants sont âgés de moins de 30 ans, environ 1/3
sont âgés de 30 à 54 ans et près de la moitié des jardiniers ont 55 ans et
plus.
À peu près
partout sur le territoire il y a un jardin communautaire à moins de deux
kilomètres du lieu de résidence des participants. Les participants demeurent en
général à proximité du jardin. Nous avons noté que si un jardin était déplacé
quelques blocs plus loin, une partie de la clientèle quittait au bénéfice de
nouveaux participants ayant leur domicile plus près.
D'autre part si
les jardiniers habitent loin du jardin, il y a baisse de l'intérêt durant la
saison et manque de motivation pour l'entretien général des lieux.
Jardinets réservés à des groupes ciblés
1-Jardinets d'écoliers
Des
jardins (environ 200 jardinets) sont spécialement aménagés en parcelles de 3m X
3m pour les écoliers au Jardin Botanique.
2-Jardinets pour personnes à mobilité
restreinte
Plusieurs
jardins (Rencontres, de Normanville, Chateaufort et Maisonneuve) sont aménagés
avec des tables adaptées pour les jardiniers en chaise roulante (environ 60
jardinets).
3-Autres Clientèles
Différents
jardins communautaires (entre autres Laurier, Basile Patenaude, Père Marquette,
Des 50 Citoyens et Parc Baldwin) accueillent depuis plusieurs années des
personnes handicapés intellectuels et des personnes handicapés visuels avec
leurs accompagnateurs. Le jardinage communautaire constitue une activité à leur
portée, qui les valorise et les aide à s'intégrer à la vie courante. (environ
60 jardinets)
Renouvellement
des participants
Le taux
d'abandon annuel est d'environ 10% à 20% dépendant des quartiers. Les raisons
sont souvent le manque de temps ou le déménagement du quartier chez les plus
jeunes. Les plus âgés sont plus stables.
Programme émergeant de jardins collectifs
Depuis 1997,
des groupes communautaires ont choisi d’établir un réseau parallèle de jardins
collectifs à Montréal. Les groupes de jardins collectifs se distinguent par le
jardinage en commun plutôt que sur des jardinets individuels. 70% de la récolte est partagée entre les
participants et 30% est offerte au réseau des banques alimentaires. En 2005,
près de 30 groupes communautaires exploitent des jardins collectifs.
Avantages du jardinage
Loisir
Le jardinage
communautaire est considéré à Montréal comme un loisir: sortir de chez soi,
arroser son jardin et désherber, regarder pousser ses légumes, fraterniser avec
les personnes présentes, apprécier un divertissement de plein air.
Économies
réalisées
En prime les
citoyens qui se font un jardin ont une double récompense: produire des légumes
de qualité et à
très faible coût. En effet une parcelle de 3m X 6m peut rapporter pour une
valeur de $150 à $300 de légumes frais et savoureux par année.
Contact
avec la nature
Les dizaines
d'heures passées au travail de la terre apportent au jardinier un sentiment de
joie et d'émerveillement. Le jardinier a vu germer les graines, émerger les
plantules, se développer des plants de plus en plus vigoureux et produire des
récoltes abondantes et de qualité. La satisfaction va au delà des argents
économisés. Elle est une appréciation directe de la magie apparente de
l'horticulture.
Des
spécialistes en recherche sur la Santé Mentale, estime que le jardinage est
l'activité de loisirs la plus équilibrante pour l'individu. Selon de nombreux
témoignages, le jardinage comme activité de loisir, permet de s'énergiser par
le contact avec la terre et de laisser échapper les préoccupations quotidiennes
et le stress. Cette activité peut aider à refaire la paix avec soi-même.
Amélioration
de la qualité de vie
Le plaisir de
se nourrir du produit de son propre labeur est une occasion privilégiée
d'appréciation de la nature et une opportunité de contrôle sur sa qualité de
vie au quotidien. C'est une occasion de sortir de chez soi, de faire un peu
d'exercice, de prendre l'air, de rencontrer d'autres jardiniers et de se
détendre dans un endroit paisible.
Pour les
personnes locataires, c'est la possibilité de produire son potager, ce qui
aurait pu être difficilement possible autrement.
Embellissement
L’ensemble des
résidants de la Ville sont enchantés de la présence des jardins communautaires.
100 espaces différents sont aménagés avec des fleurs et des vivaces, le tout
exécuté et entretenu bénévolement par les citoyens participants. Le Service des
Parcs fournit quelques végétaux et le reste est offert gratuitement par les
comités des jardins communautaires.
Organisation communautaire
Accueil
et renseignements
Le nouveau
jardinier est accueilli par un membre du comité de jardin. Lors de ce premier contact
le jardinier apprend les us et coutumes du jardin. Les jardiniers veulent
également savoir à qui se référer s'ils ont des questions ou des problèmes. Les
membres du comité de jardin sont indispensables pour donner un minimum
d'encadrement.
Un jardin ne
peut fonctionner sans un minimum d'encadrement et de règlements. Le Service des
Sports, Loisirs et Développement Social fournit une feuille de règlements
généraux. Le jardin a souvent des règlements supplémentaires.
Dans certains
jardins, on divise l'ensemble des jardinets en sections et un membre du comité
est responsable dans chacune des sections. D'autres jardins utilisent une
formule de parrainage des nouveaux jardiniers.
Comité
de jardin
Le jardin ne
peut exister sans l'implication de bénévoles oeuvrant au sein du comité de
jardin. Les membres du comité font l'attribution des lots et sont consultés
pour toute question relative au fonctionnement du jardin et du programme des
jardins communautaires.
Le comité de
jardin perçoit de chaque jardinier, une cotisation annuelle d'environ $20 dont
10$ couvre l'inscription au programme montréalais des jardins communautaires.
La balance de la cotisation servira à acheter des outils, boyaux, arrosoirs et
autre quincaillerie donc les outils sont fournis au jardin. Plusieurs comités
de jardin organisent une fête des récoltes.
La participation de la ville de Montréal
Propriété des jardins
Les terrains
appartiennent à la municipalité ou à des individus. Selon les derniers chiffres
disponibles (2001), sur 76 jardins communautaires, 21 jardins sont zonés parcs,
35 jardins sont situés sur des réserves foncières et 20 jardins appartiennent à
des intérêts privés. Les 21 jardins « zonés parcs » sont protégés.
Les 35 jardins « réserve foncière » appartiennent à la municipalité
mais peuvent être requis pour de la construction résidentielle ou autre. Les 21
jardins sur des terrains privés sont régis par bail. Le locateur permet le
jardinage communautaire pendant une période minimum de 5 ans. À échéance le
bail est renouvelable. En échange le locateur ne paie aucun impôt foncier
durant cette période. À Montréal, les propriétaires de terrains vacants doivent
payer l’impôt foncier à double tarif, mesure incitative pour densifier
l’occupation du territoire!
Coût
du programme
En 2001, le
coût des intrants, l'animation et les différents services de la Ville affectées
au programme des jardins communautaires ont totalisé 220 000$. Cette somme ne
comprend pas la création de nouveaux jardins, ni la décontamination d'un jardin
existant.
Pour les
jardiniers, le coût de la cotisation est minime. Le Service administrant le
Programme des jardins communautaires demande une contribution de 10$/jardinet.
La somme
dépensée par la municipalité est infime comparativement à tous les autres
programmes (piscines, équipements sportifs, bibliothèques, etc.) qu’elle
administre.
L'intervenant
municipal
L'animateur
horticole est le principal intervenant du programme des jardins communautaires.
Il visite régulièrement les jardins. Il fait le lien entre les comités de
jardin et les services municipaux concernés. Il répond aux demandes de conseils
horticoles des jardiniers. Il veille à la compilation des listes d'attentes et
au respect de la procédure d'inscription. Il applique les procédures
d'avertissement et d'expulsion. Il assiste aux assemblées générales annuelles
et appuie le comité dans ses relations avec les jardiniers. Il supervise et
participe comme examinateur au concours des jardiniers méritants.
Conclusion
Les jardins
communautaires offrent l'opportunité aux citadins de cultiver leurs légumes et
de fraterniser. Pendant la période des récoltes de juillet à octobre, le
jardinet peut produire une partie significative des légumes frais consommés par
une famille. Entre 20 et 60 kg par saison dépendant des légumes cultivés et de
l’habilité du jardinier.
Un comité de
jardin est indispensable pour représenter les jardiniers, organiser le jardin,
faire l'attribution des lots et le suivi de l'activité. . Un minimum de
réglementation est nécessaire pour que l'activité soit la plus harmonieuse
possible.
Un intervenant municipal spécialisé est nécessaire
pour faire le lien avec les services municipaux, voir au bon fonctionnement de
l'activité et répondre aux demandes de conseils horticoles.
Recherche et
rédaction : Daniel Reid,
animateur horticole Accueil