Le Sabbat Dans Le Nouveau Testament
par Samuele Bacchiocchi
Traduit par
Yvon Caza et A.-M. Tallé
Corrigé par
Jacques Caza
On citera dans ce livre différentes
versions de la Bible dont voici les sigles et leurs explications:
D
= Version J. N. Darby.
FC = Bible en
Français Courant.
Jér = Version de Jérusalem.
MH = Version
Maredsous-Hautecombe.
S = Version Louis
Segond de 1910.
TOB = Traduction Oecuménique de la Bible.
Lorsqu’une référence biblique ne comporte aucun sigle, il
s’agit de la version Louis Segond révisée 1978, la Bible à la Colombe [SR].
Dans les
références les titres des livres Bibliques sont abrégés d’après les
abréviations de la version Louis Segond révisée 1978, la Bible à la Colombe
[SR].
Note du
Traducteur
On trouvera ici
une traduction intégrale du texte de
l’auteur, sans recettes et appendices.
Les Notes et Références ont
été adaptées en fonction du public francophone.
Pour les cas où il n’a pas été possible de citer en note un auteur dans
sa traduction française, je donne la référence à l’édition telle qu’elle est
fournie par l’auteur.
Tables des Matières
1. Trois points de vue sur le
Sabbat dans le Nouveau Testament
2. La continuité entre le judaïsme et le
christianisme
3. Le Sabbat de la création
dans le Nouveau Testament
4. La signification rédemptrice du Sabbat
5. L’observation du Sabbat dans le Nouveau
Testament
8. Questions concernant le Sabbat dans l’Ancien
Testament
9. Questions concernant le Sabbat, dans le
Nouveau Testament
10. Questions concernant l’observation
du Sabbat
Qu’enseigne
le Nouveau Testament concernant le principe et la pratique de l’observation du
Sabbat? L'enseignement du Nouveau Testament sur l’observation du Sabbat, a-t-il
été clarifié ou annulé par l’enseignement et le ministère rédempteur du Christ?
Ou suggère-t-elle le transfert du Sabbat du septième jour au premier jour de la
semaine? Plusieurs penseurs chrétiens ont soulevé ces questions, spécialement
dans les siècles suivant la Réforme.
Pas de
repos pour le Sabbat. Un regard sur les centaines de traités produits depuis
la Réforme sur le sujet du Sabbat/Dimanche, suffit pour convaincre chacun du
fait que réellement le Sabbat n’a pas de repos. L’exposé bibliographique de
J.A. Hessey catalogue plus d’un mille traités pour la période avant 1860, et
je présume qu’autant d’études ont été produites depuis ce temps[1]. Récemment, plus d’une
douzaine de dissertations et des centaines d’articles ont examiné à nouveau
les aspects théologiques et historiques de la question du Sabbat/Dimanche[2].
Une
institution vitale. L’investigation vaste et continue de ce sujet, indique la grande
importance qu’on lui accorde. Après tout, l’observation du Sabbat, n’est pas seulement
un concept abstrait théologique, mais une manifestation concrète de la pratique
de notre foi.
Si un chrétien ignore Dieu le jour
qu’il ou elle considère comme le « Jour du Seigneur », il est probable qu’il
ignorera Dieu chaque jour de sa vie. Peut-être qu’un des premiers indices de
défection du christianisme, est l’indifférence manifestée lorsqu'on considère
le jour saint comme un jour de congé de vacances, un temps pour son propre
contentement et assouvissement, un temps pour s’enrichir, plutôt que quêter la
paix et la présence divine.
La crise
du Jour du Seigneur. Cette tendance prend des proportions alarmantes dans
l’Europe occidental et en Amérique du Nord, où, selon la World Christian Encyclopedia, quelques 2.765.000 personnes, chaque
année, cessent de pratiquer le christianisme[3]. Ce nombre atterrant des défections officielles du christianisme
devient insignifiant en comparaison au nombre officiel de déserteurs— ceux qui fréquentent rarement les offices
religieux. Dans la plupart des pays de l’Europe occidental, 10 pour cent de la
population chrétienne fréquente l’église se trouve aux environs de. La
plupart des gens fréquentent les offices religieux de l’église très peu durant
leur vie.
Aujourd’hui, cette indifférence
prédominante de la part des chrétiens en ce qui concerne le « Jour du Seigneur
» signifie que la validité et la valeur de l’observance du Sabbat biblique
n’est pas seulement un simple sujet académique à discuter par les hommes de
lettres, mais un sujet rattaché à la plus importante question de la survie du
christianisme lui-même, en tant que religion dynamique. A la lumière de cette
tendance, il nous appartient, en tant que chrétiens concernés, de réexaminer
l’enseignement du Nouveau Testament sur le principe et la pratique de
l’observation du Sabbat, afin d’établir son applicabilité à notre société
contemporaine.
Objectif
et procédé. Sur ce sujet, je me suis préoccupé considérablement durant plusieurs
années, publiant mes recherches dans deux livres et dans de nombreux articles[4]. Dans cette étude, je
résumerai essentiellement les parties de ma recherche qui traitent de
l’enseignement du Nouveau Testament sur l’observance du Sabbat.
Pour plus de clarté, j’ai décidé de
diviser cette étude en quatre parties. Dans la première partie, je résumerai
brièvement les trois principaux points de vue au sujet du Sabbat dans le
Nouveau Testament. Dans la seconde partie, je présenterai les quatre
principales raisons pourquoi je crois en la permanence du principe et de la pratique
de l’observation du Sabbat. Dans la troisième partie, je parlerai de l’attitude
de Paul envers la loi en général et envers le Sabbat en particulier. Et dans la
dernière partie, je répondrai à des questions que plusieurs m’ont posées
concernant le Sabbat/Dimanche durant mes conférences sur le « Jour du Seigneur
», que j’ai tenu dans plusieurs parties du monde.
Les trois premières parties furent
originellement préparées et divulguées dans des conférences en 1984, dans
plusieurs universités de l’Afrique du Sud. Postérieurement, les éditeurs de la
revue Ministry, J. Robert Spangler et
J. David Newman, me demandèrent la permission de publier un condensé du
manuscrit dans quatre articles qui avaient paru dans les numéros des mois de
mai, juillet, septembre, et novembre, 1985. Ces numéros ont été reçus par plus
de 250.000 ecclésiastiques de l’Amérique du Nord.
Un calme
pour nos vies turbulentes. C’est mon espoir fervent que ce travail d’amour, aidera
beaucoup de chrétiens à redécouvrir, non seulement la validité, mais aussi la
valeur de l’observation du Sabbat pour nos vies chrétiennes. Nous vivons aujourd’hui
dans une société turbulente, pleine de stress, où plusieurs cherchent à se
calmer l’esprit et à se détendre en s’associant à des programmes pour gérer le
stress, des clubs de santé, des groupes de méditation; ou en prenant des
pilules, de l’alcool, des drogues, ou de vacances dans des « îles de fantaisie
».
Le Sabbat nous fournit l’occasion de
nous calmer l’esprit, de nous restaurer; en nous déchargeant des pressions de
la semaine, nous pouvons éprouver plus librement et pleinement la présence
divine, sa paix et son calme dans nos vies.
Trois points de vue sur le Sabbat dans le Nouveau
Testament
Historiquement,
trois principaux points de vue ont été dissertés concernant l’enseignement du
Nouveau Testament sur l’observation du Sabbat. On désignera ces points de vue
comme: (1) l’abrogation du Sabbat; (2) le transfert du Sabbat; et (3) la
permanence du Sabbat. Chacun de ces points de vue a été largement déterminé par
la compréhension totale du rapport entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
1. L’ABROGATION DU SABBAT
L’origine de ce point de
vue. Le point de vue de l’abrogation
du Sabbat est basé sur la compréhension d’une discontinuité radicale entre
l’Ancien et le Nouveau Testament. Elle peut remonter à certains des premiers
Pères qui enseignèrent que le Sabbat est un règlement temporaire qui provient
de Moïse, imposé exclusivement aux Juifs à cause de leur infidélité, et abrogé
par la venue du Christ[5].
L’élaboration de la
Réforme. Ce point de vue fut réitéré et élaboré dans le seizième siècle par Luther
et certains groupes radicaux, tel que les anabaptistes et les mennonites. La Confession d’Augsbourg de 1530 sert
d’exemple de ce point de vue quand elle déclare: « L’Écriture a abrogé le jour
du Sabbat; elle enseigne que dès la révélation de l’évangile, toutes les
cérémonies de Moïse peuvent être abandonnées[6] ».
La
distinction radicale de Luther entre la loi et l’évangile, fut adoptée et
développée par les anabaptistes, les puritains gauchistes;, les quakers, les
mennonites, les huttérites, et par plusieurs cultes modernes antinomiens.
Des redéfinitions
récentes. Ces dernières années, le point de vue de l’abrogation du Sabbat fut à
nouveau posé et redéfini dans de nombreuses études desquelles deux méritent
d’être mentionnées. La première est l’oeuvre de Willy Rordorf qui a été traduite
dans plusieurs langues et qui a déchargé une avalanche de livres sur ce sujet[7].
Rordorf
embrasse la thèse que le Sabbat fut une « institution sociale » introduite
après l’occupation de Canaan et annulée par le Christ. Il base sa position
surtout sur la nature provocante du ministère du Christ de guérir le jour du
Sabbat, par lequel, prétend-il, « le commandement du Sabbat ne fut pas
seulement relégué au second plan…il fut tout simplement annulé[8] ». Cette
position mène Rordorf à séparer complètement le Dimanche du quatrième
commandement, voyant ce jour comme étant exclusivement une création chrétienne,
créer pour célébrer la résurrection du Christ par la célébration de la sainte
cène.
La
deuxième étude remarquable, est la diffusion récente du recueil intitulé From Sabbath to Lord’s Day (1982),
éditée par Donald A. Carson et patronner par la Tyndale Fellowship for Biblical Research de Cambridge, en
Angleterre[9]. Un peu comme Rordorf,
mais d’une façon un peu moins radicale, les 7 collaborateurs de ce recueil
d’articles soutiennent que la validité du Sabbat est terminée par l’arrivée du
Christ.
La
position de ces savants est basée essentiellement sur les prétentions messianiques
du Christ par lesquels, ils soutiennent, qu'Il transcenda la loi du Sabbat,
approvisionnant ainsi Ses disciples avec la liberté nécessaire de
réinterpréter le Sabbat et de choisir un nouveau jour saint[10]. Comme Rordorf, ils
accentuent la discontinuité entre le Sabbat et le Dimanche, rejetant la notion
du transfert du Sabbat du septième jour au premier jour. Cependant,
contrairement à Rordorf, ils font remonter l’origine du Dimanche, non pas aux
apparitions du Christ au jour de la résurrection, mais plutôt à la fin de l’âge
apostolique. M. Max B. Turner écrit: « On soutient que l’observation du Sabbat
au premier jour ne peut pas être facilement compris comme étant un phénomène de
l’âge apostolique, ou de l’autorité apostolique[11] ».
Conclusion. Résumant le point
de vue de l’abrogation du Sabbat, on peut dire qu’il est basé sur une
distinction radicale entre l’Ancien et le Nouveau Testament, laquelle est
interprétée en termes de discontinuité entre le Sabbat et le Dimanche. On verra
plus tard que cette notion d’une discontinuité radicale entre la loi et la
grâce, le judaïsme et le christianisme, l’Ancien et le Nouveau Testament, est
basée sur une fantaisie plutôt que sur des faits. Ceux qui sont en faveur du
point de vue de l’abrogation sont d’accord avec leur confirmation de la fin du
Sabbat par la venue du Christ, mais ils sont en désaccord pour expliquer quand
l’observation du Dimanche commença réellement.
2. LE TRANSFERT DU SABBAT
L’origine de cepoint de
vue. Un second point de vue exprime que le principe de l’observance du Sabbat
dans le Nouveau Testament est transféré au Dimanche plutôt qu’abrogé. Fondamentalement, cette position tire son
origine d’une reconnaissance de l’existence d’une harmonie fondamentale entre
l’Ancien et le Nouveau Testament.
Le point
de vue de ce transfert fut développé après la législation du Dimanche par Constantin
(321 apr. J.-C.) pour essayer d’accorder à cette loi impériale une sanction
théologique, et une solennité obligatoire exigeant le repos du travail le
dimanche. Ceci fut accompli en transférant
les exigences du Sabbat à l’observation du Dimanche[12]. La justification
théologique de ce transfert fut développée graduellement durant le moyen âge et
atteignit sa formulation classique par Thomas d’Aquin (1225-1247 apr. J.-C.).
La contribution de Thomas
d’Aquin. Thomas d’Aquin distingua entre un aspect moral et cérémonial au
sein du quatrième commandement. L’aspect moral consiste du principe de consacrer
régulièrement un temps pour le culte et le repos, lequel, selon d’Aquin,
s’accordait avec la loi naturelle. D’autre part, l’aspect cérémonial est déterminé
par la spécification et le symbolisme du septième jour: la commémoration de la
création, et la préfiguration du repos présent et futur en Dieu[13].
La
distinction morale et cérémonielle du commandement du Sabbat par d’Aquin,
devint l’actuel exposé rationnel courant pour défendre le transfert du Sabbat
au Dimanche et l’abrogation du Sabbat du septième jour. Cette abrogation, selon
le Catéchisme du Concile de Trente
(1566), se produisit « à la mort du Christ…au même moment que les autres rites
et cérémonies hébraïques furent abrogés[14] ».
La clarification de
Calvin. Calvin proposa à nouveau cette distinction d’Aquin, entre l’aspect moral et
cérémonial du Sabbat, par de nouvelles qualifications. Selon Calvin, l’aspect
moral qui a été transféré au Dimanche, c’est la fonction pragmatique du jour:
c’est à dire, de permettre à Dieu de travailler en nous, de fournir le temps
pour les offices de l’église, et de préserver les travailleurs[15].
L’aspect
cérémonial est la signification symbolique du septième jour: la commémoration
de la création et le présage du repos spirituel qui fut manifesté en Christ. «
Il n’y a pas de doute », affirme Calvin, « qu’à la venue de notre Seigneur
Jésus-Christ, la partie cérémonielle du commandement fut abolie[16] ».
Soutenir
que la spécification du septième jour
est un élément cérémonial du Sabbat parce qu’il fut enseigné pour aider les
Juifs à commémorer la création et à éprouver un repos spirituel, signifie qu'on
est aveugle du fait que les chrétiens ont besoin de cette aide tel que les
Juifs; ça signifie qu'on laisse les chrétiens être confus sur la raison de
consacrer un jour pour le culte divin.
Des redéfinitions
récentes. Ce point de vue du transfert du Sabbat fut adopté par les églises dans la
tradition réformée, telles que les puritains anglais, les presbytériens, les
congrégationalistes, les méthodistes, et les baptistes. Récemment, ce point de
vue a été défini à nouveau dans des oeuvres tels que This is the Day (1978) par Roger T. Beckwith et Wilfrid Stott; et The Lord’s Day (1971) par Paul K.
Jewett.
Beckwith
et Stott ignorent la distinction traditionnelle, morale et cérémonielle du
Sabbat, soutenant au contraire sa validité permanente. Jésus n’a jamais rejeté
la signification et la pratique du Sabbat, au contraire, il les accepta et les
clarifia. Ils virent le changement du septième jour au premier jour de la
semaine comme étant « seulement cérémonial », c’est à dire, « ce qui ne
détruit pas les significations primaires de la fête, mais plutôt de les
enrichir en les liant à la fête du Christ[17] ».
Les
efforts de ces auteurs à définir le dimanche comme la continuation et
l’enrichissement du Sabbat sont assurément méritoires. Cependant, il est
regrettable qu’ils négligent de montrer tout d’abord, comment la signification
du symbole biblique, attachée au septième jour, peut être transférée au premier
jour sans détruire le symbole lui-même; et deuxièmement, comment la
résurrection du Christ causa le changement du jour de culte, en premier lieu.
La
position de Jewett est semblable à celle de Beckwith et Stott, cependant il la
développe différemment, par de catégories de promesse et d’accomplissement.
Fondamentalement, son argument se développe comme ceci: Le Sabbat contient une
promesse de de rédemption de l’Ancien Testament qui fut accomplie par le
Christ et une promesse eschatologique du repos final qui attend le retour du
Christ. Ainsi, le chrétien est libéré de l’observation du septième jour de
l’Ancien Testament, mais il observe le premier jour, en tant que nouveau
Sabbat, pour symboliser son espoir dans le repos futur[18].
La
faiblesse fondamentale de cet argument est basée sur une contradiction évidente:
Pour quelle raison est-ce que le Sabbat du septième jour doit être terminé en
raison du repos rédempteur que le Christ nous a déjà donner, tandis que le Sabbat
en tant que premier jour doit être conserver en raison du repos futur final? On
trouve nulle part où le Nouveau Testament revêt le premier jour avec la
signification eschatologique du repos du Sabbat.
Conclusion. A la lumière des
observations déjà citées, on conclut que le transfert du Sabbat représente un
grand effort pour accorder une sanction biblique et une solennité obligatoire
à l’observation du Dimanche. Un tel effort, quoiqu’il en soit, est basé sur une
distinction artificielle entre d’aspects moraux et cérémonials du Sabbat— une
distinction qui n’existe pas dans le Nouveau Testament, et qui fut largement
rejetée par de récents travaux d’éruditions.
3. LA PERMANENCE DU SABBAT
Un
troisième point de vue, auquel je souscris, voit le principe de l’observation
du Sabbat du septième jour dans le Nouveau Testament, comme n’étant pas annulé,
mais plutôt clarifié et enrichi par le ministère rédempteur et par
l’enseignement du Christ. Historiquement, ce point de vue fut adopté par les
sabbataires dont on en connaît mieux l'existence passée, qu’auparavant.
L’existence des
sabbataires. Les sabbataires du septième jour ont existé durant toute l’histoire
chrétienne[19].
Par exemple, de récentes études démontrent que les sabbataires étaient d’un bon
nombre au temps de la Réforme, étant inscrit immédiatement après le luthériens
et calvinistes, dans certains catalogues catholiques sur les sectes.
Les deux
anciens prêtres catholiques, Oswald Glait et Andreas Fisher, défrichèrent et
propagèrent avec succès l’observation du Sabbat du septième jour, parmi les anabaptistes
en Moravie, Silésie, et Bohème[20].
L’existence
d’observateurs du Sabbat du septième jour au temps de la Réforme, est attestée
dans les pays tels que: la Pologne, la Hollande, l’Allemagne, la France,
l’Hongrie, la Russie, la Turquie, la Finlande et la Suède. Durant le
dix-septième siècle, les « baptistes du septième jour » devinrent la plus
importante église des sabbataires en Angleterre[21].
En
Amérique, la première église des « baptistes du septième jour » fut fondée à
Newport de Rhode Island, en décembre 1671[22]. Ce sont les « baptistes
du septième jour » qui ont fait connaître le Sabbat aux « adventistes du
septième jour » en 1845[23]. Depuis ce temps, plus
d’une douzaine de cultes ont accepté et avancé la valeur et la validité de
l’observation du Sabbat du septième jour[24].
Des
nombreuses années d’étude que j’ai consacrées à ce sujet, m’ont convaincu que
le Nouveau Testament démontre que le principe et la pratique de l’observation
du Sabbat ne fut pas abrogés ou transférés au Dimanche, mais qu’il est valide
et valable d’une façon permanente pour les chrétiens. Cette conclusion est basé
sur quatre raisons principales que j’ai discutées longuement dans d’autres
publications. Dans les quatre chapitres suivants, je m’efforcerai de résumer
brièvement chacune de mes quatre raisons fondamentales.
La continuité entre le judaïsme et le christianisme
Ma
première raison pour croire dans la permanence de l’observation du Sabbat, est
la continuité marquée entre le judaïsme et le christianisme que je perçois dans
le Nouveau Testament. Historiquement, les vues de l’abrogation et de la
substitution du Sabbat, ont été basées largement sur la supposition que la
venue du Christ occasionna une discontinuité radicale entre l’Ancien et le
Nouveau Testament, la loi et la grâce, le judaïsme et le christianisme.
L’abandon du Sabbat et l’adoption du Dimanche sont vus comme l’évidence la plus
manifeste de cette discontinuité radicale.
La
discontinuité alléguée. Il est allégué que les premiers convertis qui acceptèrent
le Christ comme leur Messie et Sauveur, se sont perçus immédiatement comme le «
nouveau peuple d’Israël », d’un nouveau Moïse et d’une nouvelle foi. Censément,
ils se rendaient compte que la dispensation de la loi était passée et que
maintenant ils vivaient dans la dispensation de la grâce.
Pour donner expression à leur nouvelle
foi, les premiers chrétiens sentirent immédiatement l’urgence d’adopter, entre
autres choses, une nouvelle place et un nouveau temps de culte. Tout
simplement, l’origine du christianisme résulte d’une séparation immédiate et
radicale du judaïsme, ce qui causa des innovations rigoureuses de la liturgie
et du calendrier religieux.
Une
conception erronée. Cette conception d’origines chrétiennes est inexacte et
fallacieuse. Le Nouveau Testament indique que la venue du Christ apporta une certaine
discontinuité en accomplissant les promesses de l’Ancien Testament. Mais cette
discontinuité n’est jamais interprétée en termes d’abrogation de la loi de
Moïse en générale, ou de l’abrogation du Sabbat en particulier. La
signification de la discontinuité doit être définie en terme du sens de
continuité qui est évident dans le Nouveau Testament. Pour illustrer la
présence d’une continuité, on étudiera brièvement quelques textes dans les
écrits de Luc, et dans Matthieu et Hébreux.
1. LA CONTINUITÉ DANS LES ÉCRITS DE LUC
Les Juifs
croyants. Luc souligne la continuité entre le judaïsme et le christianisme en
diverses façons. Un bon exemple se trouve dans sa description de l’église
apostolique. Maintes et maintes fois il rend compte de multitudes de milliers
de Juifs qui sont convertis (Ac 2.41; 4.4; 5.14; 9.42; 12.24; 13.43; 14.1;
17.12; 21.20).
Pour un lecteur moderne, la «
conversion » implique un changement radical dans le genre de vie et/ou de
religion. Cependant, ceci n’était pas nécessairement le cas des premiers
convertis. Pour les « plusieurs milliers » de Juifs qui crurent (Ac 17.20),
leur acceptation de Jésus de Nazareth comme le Messie qu’ils attendaient, ceci
ne signifiait pas pour eux, un renoncement de leur religion juive pour se
joindre à une nouvelle religion du christianisme. Ils se voyaient eux-mêmes,
tout simplement comme « des Juifs croyants »[25].
Les Juifs pouvaient être convertis par
milliers parce que leur acceptation de Jésus de Nazareth comme le Messie qu’ils
attendaient, ne signifiait pas pour eux un renoncement à leur religion, mais
plutôt, l'accomplissement de leur espérance messianique. La situation changea
dramatiquement quand la mission chrétienne parvint au-delà des Juifs et
prosélytes Juifs, aux païens « purs ». Par la suite, les baptêmes ne se produisirent
pas journellement par milliers, mais généralement en plus petit nombre, chaque
année durant la Pâques. Ceci, à cause que les païens, contrairement aux Juifs,
devaient se détacher radicalement de leurs anciennes pratiques et croyances.
Le respect
pour la loi. Le sens de continuité est évident dans le respect que Luc a pour la loi. Il
décrit les milliers de Juifs croyants qui « sont zélés pour la loi » (Ac
21.20). Il décrit Paul comme un « Pharisien » (Ac 23.6) qui croit « tout ce qui
est écrit dans la loi et dans les prophètes » (Ac 24.12), et qui n’a rien fait
« contre la loi des Juifs, ni contre le temple » (Ac 25.8, 28.17). Pour prouver
qu’il se conduisit « en observateur de la loi », Paul se chargea d’entreprendre
une purification au temple (Ac 21.24-26).
A plusieurs reprises, Luc parle de «
la loi de Moïse » (Lc 2.22; 24.44; Ac 13.39; 28.23) qu’il appelle les « paroles
vivantes » (Ac 7.38FC). Jacob Jervell indique qu’il « n’y a pas de conflit
envers la loi dans l’attitude de Jésus décrite dans plusieurs débats concernant
le Sabbat. Luc rapporte pas moins de quatre débats, et il s’occupe de montrer
que Jésus agissait en conformité totale à la loi, et que les dirigeants Juifs
n’étaient pas capable de soulever aucune objection[26].»
La
reconnaissance de discontinuité. Ceci ne signifie pas que Luc ignore la discontinuité
causée par la venue du Christ. Il voit en Christ l’accomplissement de chaque
chose écrite « dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes »
(Lc 24.44,27; 4.21). Cet accomplissement implique l’inauguration d’un nouvel
âge.
La discontinuité est aussi présente
dans l’énoncé de Jésus dans Luc 16.16: « Jusqu’à Jean, c’étaient la loi et les
prophètes; depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé comme une bonne
nouvelle.» Ce verset indique certainement un élément de discontinuité parce que
l’âge de la loi et des prophètes a cédé la place à la proclamation du royaume
de Dieu.
Cependant, cette discontinuité
n’entraîne pas une abrogation de la loi, car le verset suivant déclare: « Il
est plus facile pour le ciel et la terre de passer, que pour un seul trait de
lettre de la loi de tomber » (v.17).
Le concile
de Jérusalem. Le concile de Jérusalem est généralement vu comme le point décisif de
l’histoire de l’église apostolique, quand une rupture catégorique fut faite en
principe avec la loi. Par exemple, Max M. B. Turner tire cette conclusion par
deux observations majeures. Premièrement, il démontre que le décret imposé aux
Gentils comprenait seulement les quatre lois rituelles que ceux qui
séjournaient en Israël étaient tenus d’observer (Lv 17-18). Ceci implique que
les autres aspects de la loi de l’Ancien Testament, telle que l’observation du
Sabbat, n’étaient plus obligatoires pour les Gentils. A l’appui de cette
conclusion, il écrit: « La court finale d’appel du concile, n’est pas Moïse et
la loi—ils ne sont pas même mentionnés dans la lettre—mais l’Esprit (Ac 15.28)[27].»
D’abord, cette conclusion est
incorrecte parce qu’elle ignore le fait que les Gentils, que le concile
adressait, étaient, pour la plupart, si non en tous cas, des « craignants de
Dieu » qui avaient été instruits dans la foi juive (Ac 10.2; 11.19-20;
13.43,44; 14.1). De plus, la coutume de l’observation du Sabbat avait été
acceptée par beaucoup de Gentils. Philon, dans un passage bien connu, écrit: «
Il n’y a pas un seul peuple à qui la coutume d’observer le Sabbat n’a pas été
répandue[28].» Tertullien reproche aux
païens d’avoir adopté les coutumes juives, tel que le Sabbat[29].
Un autre fait souvent ignoré, c’est
que les Juifs influencèrent les Romains à adopter la semaine de sept jours au
lieu de leur « semaine de marché » de huit jours (nundinum). Quand cette adoption eu lieu, juste avant l’ère
chrétienne, les Romains firent du samedi, le premier et le plus important jour
de la semaine pour banqueter et se reposer[30]. A la lumière de ces
faits, il était peu nécessaire pour le concile de légiférer concernant
l’observation du Sabbat pour les Gentils.
Recours à
Moïse. L’affirmation de Turner que « la court finale d’appel du concile n’est pas
Moïse et la loi, mais l’Esprit », est discréditée par le fait que le concile
appuie la proposition de Jacques parce qu’il fait appel à Moïse pour son autorité:
« Car, depuis les anciennes générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui
le prêchent, puisqu’on le lit chaque Sabbat dans les synagogues » (Ac 15.21)[31].
Jervell note justement que: « Peu
importe comment ce passage compliqué (Ac 15.21) est interprété dans le détail,
la fonction de ce verset est de rendre valable le décret, et de faire appel à
Moïse pour témoin. Chacun qui connaît véritablement Moïse, sait que ce décret
exprime ce que Moïse exigea des Gentils, afin qu’ils puissent vivre parmi les
Israélites[32].»
De plus, comment l’autorité de Moïse peut-elle être invalidée quand les quatre
lois rituelles sont rédigées de ce que Moïse lui-même a écrit[33] (Lv 17-18)?
Les
Gentils: Sont-ils exemptés de la Loi? Le deuxième argument de Turner est tiré de l’énoncé de
Pierre (Ac 15.10-11): « Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en
mettez-vous sur le cou des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes nous
n’avons pas été capables de porter? Mais c’est par la grâce du Seigneur Jésus
que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux.» Voici la conclusion
que Turner tire de ce passage: « La loi est maintenant vue tout simplement
comme un fardeau que ni les pères, ni la génération présente pouvaient porter.»
Ainsi, Pierre défend « le salut sans la loi, pour les Gentils[34].»
Cette conclusion ignore le contexte
immédiat qui traite, non de la loi en générale, mais spécialement de la
circoncision (15.1,5,9). Deuxièmement, il est impensable que Pierre voyait
toute la loi de Moïse comme un fardeau insupportable, quand une grande partie
d’elle contient des stipulations pour le pardon et la restauration, et quand,
auparavant, elle est décrite comme des « oracles vivant pour nous les donner »
(Ac 7.38 S).
De plus, le concile n’a pas dispensé
les Gentils de l’observation de toute la loi, mais seulement de la loi de la
circoncision. Les quatre lois rituelles font partie de la loi mosaïque (Lv
17-18).
L’adhérence
des Gentils à la loi. Un regard attentif au décret de ce concile, ne suggère
guère un « salut sans-loi » pour les Gentils. Comme Jacob Jervell note perceptiblement:
« Le décret apostolique enjoint les Gentils à observer la loi, et ils observèrent
la partie de la loi exigée pour eux, afin de vivre ensemble avec les Juifs. Ce
n’est pas légal d’imposer aux Gentils plus que ne demanda Moïse. C’est faux de
parler des Gentils libérés de la loi. Au contraire, l’église donna la loi aux
Gentils, en tant que Gentils. Ainsi, Luc démontre un attachement complet à la
loi, de même que, le salut aux Gentils, en tant que Gentils[35].»
Les observations ci-dessus
discréditent les données de Turner « que le concile de Jérusalem fit en principe une rupture de la loi[36].»
Au contraire, « les frères » se sentirent inspirés par le Saint-Esprit
d’appliquer aux Gentils, la loi mosaïque concernant les « étrangers » qui
habitaient parmi les Juifs. L’application était assurément plus large que la
provision juive pour les « étrangers » qui étaient perçus comme de citoyens de
seconde classe.
Le concile de Jérusalem permettait aux
Gentils de faire partie totalement du peuple de Dieu (Ac 15.14). Cette décision
était en accord avec l'attitude d’Ésaïe envers « étrangers » qui gardent le
Sabbat et ne le profanent pas, « et qui demeureront fermes dans mon alliance.»
Ces gens, dit le prophète, Dieu les acceptera comme Son peuple « car ma Maison
sera appelée une Maison de prière pour tous les peuples » (Es 56.6-7).
Le point
de vue de l’Église. Le sens de continuité est aussi évident dans le point de vue de Luc envers
l’Église. Il la voit, non comme un nouvel Israël provenant du rejet du vieux,
mais comme le « vieux Israël » qui est en train d’être restauré selon la
promesse de Dieu. Ce point de vue est exprimé surtout dans le discours de
Jacques au concile de Jérusalem où il cite Amos 9.11, pour prouver que la
conversion des Gentils fait partie de l’accomplissement de cette prophétie
concernant la restauration d’Israël (Ac 15.16-18).
La prophétie d’Amos concernant les
Gentils qui vont en foule à l’Israël restauré, est vue comme étant accomplie
dans la multitude de conversions juives par lesquelles le salut fut porté aux
Gentils. « Ainsi », écrit Jervell, « la continuité de l’histoire du salut fut
aussi assurée; Luc n’est pas au courant d’une rupture dans l’histoire du salut[37].»
Les temps
et les places des assemblées chrétiennes. Une autre indication de continuité
peut-être vue dans les références fréquentes de Luc sur le temple, la synagogue,
la prière, et la prédication— lesquelles suggèrent que le culte chrétien était
vue comme une continuation et une réinterprétation des offices religieux juifs.
La synagogue est l’endroit de culte qui est le plus fréquemment mentionné. Paul
se rassemblait régulièrement avec des « Juifs et des Grecs » dans la synagogue,
et même Apollos se rassemblait avec les croyants d’Éphèse dans la synagogue (Ac
18.24-26)[38].
Après le martyre d’Étienne, Paul
rechercha les chrétiens dans les synagogues de Damas (Ac 9.2; 22.19),
probablement parce qu’ils s’y assemblaient, encore là. Plus tard, dans son
propre ministère, l’apôtre, « selon sa coutume » (Ac 17.2), se rassemblait
régulièrement le jour du Sabbat avec les Juifs et les Gentils, soit dans les
synagogues, en plein air, ou à domicile (Ac 13.14; 17.2; 18.4; 13.44; 16.13).
Ceci était possible parce qu’aucune séparation radicale ne s’était encore
produite des temps et des places de rassemblement juives.
2. LA CONTINUITÉ DANS L’ÉVANGILE DE MATTHIEU
La continuité entre le judaïsme et le
christianisme qu’on a remarqué dans Luc, se trouve également dans l’Évangile de
Matthieu. Les quelques exemples suivants suffiront pour démontrer
l’accentuation de Matthieu sur la continuité.
La vie et
l’enseignement du Christ. Les plus grands événements de la vie du Christ, tels que
la conception, la naissance, le massacre d’enfants innocents, l’annonce du
ministère du Christ par Jean-Baptiste, le baptême, etc., sont tous présentés
par Matthieu comme étant l'accomplissement directe des prophéties messianiques.
Non seulement la vie-même, mais aussi
les enseignements du Christ, sont présentés comme la continuation et la
confirmation de l’Ancien Testament. Le «
précepte fondamental de l'amour d'autrui » de Matthieu 7.12 est présentée comme
étant l’essence-même de « la loi et les prophètes.» Dans Matthieu 22.40, les
deux grands commandements sont vues comme le fondement sur lequel dépend «
toute la loi et les prophètes.» Et dans Matthieu 19.16-19, Jésus indique au
jeune homme riche qui désirait savoir ce qu’il devait faire pour avoir la vie
éternelle: « Observe les commandements.» Ensuite, Il se mit a en énoncer cinq
d’entre eux.
L’accomplissement
de la loi. Peut-être, l’affirmation la plus énergique de continuité dans l’Évangile
de Matthieu, se trouve dans le passage où Jésus affirme d’être venu, non pas
pour « abolir », mais pour « accomplir » la loi et les prophètes (Mt 5.17-20).
A la lumière de l’antithèse des versets 27-48, « accomplir » semble signifier:
« clarifier/expliquer » la signification de la loi et des prophètes. A
plusieurs reprises dans l’Évanglie de Matthieu, Jésus agit comme l’Interprète
suprême de la loi, qui attaque l’obéissance externe [selon les apparences] et
quelques traditions [non-bibliques] réglementaires judaïques (Mt 15.3-6; 9.13;
12.7; 23.1-39).
« Accomplir » peut aussi se référer
aux réalisations prophétiques de la loi et des prophètes dans la vie et le
ministère du Christ. Ceci impliquerait un élément de discontinuité qui a porté
certains de conclure la fin de la loi et les prophètes dans la vie la mort, et
la résurrection du Christ. Cette interprétation dépasse la mesure, parce que le
verset 18 affirme explicitement que la loi serait valide « jusqu’à ce que le
ciel et la terre passent.» Cette expression surpasse le ministère terrestre du
Christ.
A la lumière des considérations
précédentes, on conclue que Matthieu voit dans le Christ, non la fin de la loi
et des prophètes, mais leur réalisation et continuation. On peut dire que dans
Matthieu, la loi et les prophètes continuent à vivre dans le Christ, qui clarifie,
et dans certains cas, qui intensifie leurs enseignements (Mt 5.21-22,27-28).
3.LA CONTINUITÉ ET LA DISCONTINUITÉ DANS L’ÉPITRE AUX
HÉBREUX
L’épitre aux Hébreux fournit une
pénétration valable de la façon dans laquelle la tension entre la continuité et
la discontinuité était en train d’être résolue durant les temps du Nouveau
Testament. L’Épitre suggère que le sens de continuité avec l’Ancien Testament
était si profond que certains chrétiens (de Juifs hellénistiques, selon F.F.
Bruce[39]) ont réellement retourné
à la pratique de leur « foi ancestrale juive » et de leur « liturgie juive »[40].
Pour neutraliser l’influence du culte
sacrificatoire juif, l’auteur démontre la supériorité du Christ en comparaison
avec les anges, de Moïse, et le sacerdoce. Le dernier des trois, est largement
discuté dans les chapitres 7 à 10, apparemment parce que le culte
sacrificatoire juif exerçait encore une grande attraction pour ces chrétiens.
La
discontinuité dans L’Épitre aux Hébreux. L’auteur de l’Épitre aux Hébreux
souligne la discontinuité apportée par la venue du Christ, quand il dit: « si
donc la perfection avait pu être atteinte par le sacerdoce lévitique » (7.11),
il n’aurait pas été nécessaire pour le Christ de venir. Mais parce que les
sacrificateurs, le sanctuaire, et ses offices étaient « symboliques » (9.9,
voir TOB; 8.5), ils ne pouvaient pas par eux-mêmes « rendre l’adorateur parfait
en sa conscience » (9.9 Jér.). Par conséquent, il était nécessaire pour le
Christ de venir « une fois pour toutes, à la fin des temps… pour abolir le
péché par son sacrifice » (9.26 Jér.). La conséquence de la venue du Christ est
décrite comme « l’abolition », « l’abrogation », la « suppression », et la «
vieillissance » de tous les offices lévitiques associés au sanctuaire (7.18;
8.13; 10.9; comparez les différentes versions).
Certains ont interprété ces
affirmations comme indiquant une abrogation radicale générale de la loi de
l’Ancien Testament, et du Sabbat en particulier[41]. Une telle interprétation
ignore que les énoncés en question sont trouvés dans les chapitres 7 à 10,
lesquels s’occupent de règlements sacrificatoires lévitiques. Quoique l’auteur
dans ces chapitres, se serve de termes tel que « loi » (10.7) et « alliance »
(8.7,8,13), il les mentionne en se référant au sacerdoce et aux offices
lévitiques. C’est dans ce contexte, c’est à dire, quand ils se rapportent au
sacerdoce lévitique, qu’ils sont déclarés abolis (10.9). Mais cette déclaration
peut à peine être comprise en tant qu’énoncé abstrait pour l’abrogation
générale de la loi.
La
continuité dans l’Épitre aux Hébreux. On doit remarquer le fait que l’Épitre aux Hébreux
enseigne non seulement la discontinuité, mais aussi la continuité. Cette
dernière est exprimée de différentes façons. Il y a une continuité dans la
révélation que le même Dieu qui parla autrefois « à nos pères par les prophètes
», et qui maintenant, dans ces derniers temps, « nous a parlé par le Fils »
(1.1-2). Il y a une continuité dans la fidélité de Moïse et du Christ, et dans
leurs accomplissements (3.2-6).
Il y a continuité dans le sacerdoce
rédempteur qui a été offert symboliquement dans le sanctuaire terrestre par les
sacrificateurs et réellement dans le sanctuaire céleste, par le Christ Lui-même
(chapitres 7 à 10). Il y a continuité dans la foi et l’espérance par le fait
que les croyants du Nouveau Testament partagent la foi et les promesses de
l’Ancien Testament (chapitres 11 et 12).
Plus spécifiquement, il y a une
continuité dans le « sabatismus »— un
terme employé d’une façon technique par Plutarque, Justin, Épiphane, et dans
les « Constitutions Apostoliques », pour désigner l’observation du Sabbat—
lequel « demeure » (apoleipetai),
littéralement « est laissé en arrière pour le peuple de Dieu » (4.9)[42]. Tandis que l’auteur
déclare le sacerdoce lévitique et ses offices, comme étant abolis(10.9), désuets
et prêts à disparaître (8.13), il est remarquable qu’il enseigne
catégoriquement qu’une observation du Sabbat est laissée en arrière pour le
peuple de Dieu (4.9).
Le quatrième chapitre fournira encore
plus de considérations complémentaires sur la signification d’Hébreux 4.9. A
présent, il suffit de noter que l’Épitre aux Hébreux s’efforce d’éclaircir la
continuité et la discontinuité qui résultent par la venue du Christ. Le
sacerdoce lévitique, le temple et ses offices sont proclamés terminés par l’arrivée
du Christ, mais d’autres aspects de la loi, tel que le « repos du Sabbat » sont
déclarés comme étant « laissés en arrière pour le peuple de Dieu » (4.9).
CONCLUSION
La discussion ci-dessus, sur la
continuité et la discontinuité de la loi dans le Nouveau Testament, est
incomplète, puisque on a considéré seulement quelques écrivains représentatifs.
Les écritures de Paul, où la tension entre la continuité et la discontinuité
est particulièrement présente, seront considérées séparément dans les chapitres
6 et 7 en conjonction avec l’attitude de l’apôtre envers la loi en général, et
le Sabbat en particulier. Cependant, les écritures représentatives qu’on a
examinées font connaître dans le Nouveau Testament la présence d’une forte
perception de continuité de l’héritage religieux de l’Ancien Testament.
On a vu que les premiers convertis
furent, d’une manière prédominante, des Juifs et des craignants de Dieu qui
étaient très zélés dans l’observation de la loi (Ac 21.20). Ils virent le
Christ, comme Celui qui accomplissait la loi en clarifiant sa signification, et
en réalisant ses promesses. Graduellement, ils s’aperçurent que certains
aspects de la loi, tels que ceux qui ont a faire aux sacerdoce lévitique,
étaient devenus désuets par l’arrivée du Christ. Par contre, on n’a pas trouvé
aucune indication que cette perception menait les Chrétiens à douter ou nier la
valeur et la validité de tels aspects moraux de la loi, tel que le principe de
l’observation du Sabbat. Des appuis supplémentaires pour cette conclusion
seront présentés dans les chapitres suivants.
Le Sabbat de la création dans le Nouveau Testament
Ma seconde raison pour croire à la permanence du principe et de la
pratique de l'observation du Sabbat, est l'allusion implicite de l'origine du
Sabbat, à la création, qu'on trouve dans les trois passages du Nouveau
Testament, que nous allons examiner.
Le point de vue de l'abrogation du Sabbat
est basé sur la supposition que l'Ecriture ne considère pas l'observation du
Sabbat comme une ordonnance de la création pour l'humanité, mais comme une
institution provenant de Moïse, donnée exclusivement aux Juifs, et abrogée par
le Christ, de même que le reste des lois de Moïse.
D'après moi, un tel raisonnement est
discrédité par au moins 3 passages du Nouveau Testament qu'on considérera
brièvement dans ce chapitre.
1. Marc 2.27
La première référence du Nouveau Testament
à la création, comme origine du Sabbat, se trouve dans Marc 2.27. Dans ce
passage, Jésus réfute l'accusation d'une violation du Sabbat, lancée contre Ses
disciples qui soulageaient leur faim, en arrachant des épis de blé cru, en
disant: «Le Sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le Sabbat.»
Il convient de noter que le Christ réfuta
la charge d'une violation de Sabbat en se référant à l'intention originale du
Sabbat, qui est de réaliser le bien-être physique et spirituel : «Le Sabbat a
été fait pour le bien de l'homme; l'homme n'a pas été fait pour le Sabbat"
(Mc 2.27 FC).
L'origine et
la fonction du Sabbat. Le choix des
mots de Notre Seigneur est significatif. Le verbe «fait- genomai» fait allusion à l'origine du Sabbat, et le mot «homme- anthropos» suggère sa fonction humaine.
Ainsi, pour établir la valeur humaine et universelle du Sabbat, le Christ fait
appel à son origine véritable, juste après la création de l'homme. Pourquoi? Parce
que, pour le Seigneur, la loi « du début » demeure suprême[43].
L'importance du dessein original de Dieu
est accentuée dans un autre cas, quand, en réprouvant la corruption de
l'institution du mariage, qui eut lieu sous le code de Moïse, le Christ
retourna à son origine édénique, en disant: «Au commencement il n'en était pas
ainsi" (Mt 19.8). Le Christ trace ainsi le mariage et le Sabbat à leur
origine, à la création, afin d'éclaircir leur valeur fondamentale et leur
fonction humanitaire[44].
Le bien-être
humain, est-il supérieur au Sabbat? Certains auteurs ont interprété ce
fameux énoncé du Christ comme signifiant que le «bien-être de l'homme est
supérieur au repos du Sabbat»[45], et puisque le
Sabbat «ne signifie plus des bénédictions mais des privations, il avait failli
dans son but divin, et par conséquent, le soulèvement ou l'inobservation du
Sabbat n'était pas un péché»[46].
Le moins qui peut être dit de cette
interprétation, c'est qu'elle attribue à Dieu l'imprévoyance humaine d'avoir
donné une loi qui ne pouvait accomplir son dessein projeté, et qu'Il fut forcé,
par conséquent, de l'abolir. D'après ce raisonnement, la validité d'une loi
divine est déterminée non par son but, mais plutôt, par la façon que les hommes
l'emploient ou l'abusent. Une telle conclusion ferait de l'homme, plutôt que
Dieu, l'arbitre ultime qui détermine la validité de n'importe quel
commandement.
De plus, interpréter ceci comme signifiant
que le «bien-être de l'homme est supérieur au repos du Sabbat,» impliquerait
que le repos du Sabbat fut imposé arbitrairement sur l'homme pour restreindre
son bien-être. Mais cette
interprétation est contraire aux mots véritables du Christ: «Le Sabbat,»
dit-Il, «a été fait pour le bien de [dia]
l'homme; l'homme n'a pas été fait pour le Sabbat» (Mc 2.27FC). Ceci
signifie que le Sabbat prit naissance (ageneto)
après la création de l'homme, non pour faire de lui un esclave de règles et
de règlements, mais pour assurer son bien-être physique et spirituel.
Le bien-être de
l'homme n'est pas restreint mais garanti par une véritable observance du
Sabbat. Alors, par cette affirmation mémorable, le Christ n'a pas abrogé le
commandement du Sabbat, mais Il établit sa validité permanente en faisant appel
à la création originelle, quand Dieu détermina sa fonction, destinée au
bien-être de l'humanité.
2. Jean 5.17
Une seconde
allusion à la création, comme origine du Sabbat, se trouve dans Jean 5.17. Etant
accusé d'avoir guéri un paralytique le Sabbat, le Christ se défendit en disant:
«Mon Père travaille jusqu'à présent. Moi aussi Je travaille». Dans des études
précédentes, j'ai montré comment le fait que Dieu «travaille» a été interprété
traditionnellement soit comme, de soins continuels (cura continua) , ou d'une création continuelle (creatio continua); et que l'adverbe
«jusqu'à présent» a été compris comme signifiant «continuellement, toujours»[47]. La conclusion
injustifiée qui résulte d'une telle interprétation a généralement été que le
travail continuel de Dieu, soit dans
la création ou la préservation, outrepasse et abroge la loi du Sabbat.
Un travail
créateur ou rédempteur? En premier lieu, cette conclusion ignore que dans
l'évangile de Jean, le travail et les oeuvres de Dieu sont à plusieurs
reprises, identifiés non à la création ou la préservation, mais à la mission
rédemptrice du Christ (voir Jean 4.34; 6.29; 10.37-38; 14.11; 15.24; 9.3). Secondement,
l'adverbe «jusqu'à présent» se rapporte non à la constance, mais à l'inauguration
et à l'aboutissement du travail de
Dieu. En autres mots, Dieu
travaille jusqu'à cette heure même, depuis le premier Sabbat et jusqu'à la
conclusion de Son travail- le dernier Sabbat.
Une allusion au Sabbat de la création. L'adverbe «jusqu'à présent» fait allusion au Sabbat de la
création en présupposant un «commencement» et une «fin». Le commencement est le
Sabbat de la création quand Dieu acheva la création, et la fin est le dernier
Sabbat quand la rédemption sera terminée. Les Sabbats entre le premier et le
dernier Sabbat sont pour Dieu et Ses créatures (Jn 9.4), non un temps de repos
apathique, mais de travail intéressé pour le salut de l'humanité.
Le fait que le
Christ fut allusion au Sabbat de la création pour justifier la légitimité de
Son ministère rédempteur à ce jour, on conclue que Jean 5.17 nous fournit un
endossement implicite de son origine édénique.
3. Hébreux 4.4
La troisième, et la référence la plus
explicite du Sabbat de la création, se trouve dans le livre des Hébreux. Dans
le quatrième chapitre de ce livre, l'auteur affirme la nature universelle et
spirituelle du repos du Sabbat en attachant ensemble deux textes de l'Ancien
Testament: Genèse 2.2 et Psaumes 95.11. Par le premier, il trace l'origine du
repos du Sabbat jusqu'à la création, quand «Dieu se reposa de toutes ses
oeuvres le septième jour» (Hébreux 4.3; voir Gn 2.2-3). Par le dernier (Ps
95.11), il explique que la portée de ce divin repos renferme les bénédictions
du salut pour ceux qui entrent personnellement dans le repos de Dieu (Hé
4.3,5,10)[48].
L'origine à
la création et non du temps de Josué. Notre intérêt immédiat n'est pas de
comprendre la signification du repos mentionné dans ce passage, mais plutôt de
noter que l'auteur trace ses origines, non aux temps de Josué, au temps de
l'établissement (Hé 4.8) comme le soutien Willy Rordorf[49]; mais jusqu'à
la création, quand «Dieu se reposa de toutes ses oeuvres le septième jour» (Hé
4.4).
Le contexte indique clairement que l'auteur
se réfère aux «oeuvres» de la création, puisqu'il explique que «les oeuvres de
Dieu étaient cependant faites depuis la fondation du monde» (Hé 4.3). La valeur
probatoire de cet énoncé est accentuée par le fait que l'auteur n'argumente pas
pour l'origine du Sabbat à la création, mais plutôt, il considère ceci comme
admis pour expliquer le but ultime de Dieu pour Son peuple. Ainsi, dans Hébreux
4, l'origine du Sabbat, à la création, est non seulement acceptée, mais aussi
présentée comme la base pour comprendre le dessein ultime de Dieu pour Son
peuple.
Conclusion
La conclusion qui ressort de ces trois
textes brièvement considérés dans ce chapitre, est que le Nouveau Testament est
d'accord avec l'Ancien Testament en envisageant le Sabbat comme une institution
de la création, destiné au bien-être de l'humanité.
Historiquement,
certains ont plaidé pour l'origine mosaïque du Sabbat. Par exemple, les rabbins
palestiniens, au temps où les forces hellénistiques pressaient pour un abandon
radical de la religion Juive, enseignèrent que le Sabbat fut donné par Moïse,
exclusivement pour l'Israël. Ce point de vue exclusif et nationaliste du Sabbat,
fut inspiré par la nécessité de préserver l'identité Juive, particulièrement au
temps critique d'Antiochos IV Epiphane. Cette notion de l'origine mosaïque, et
de la nature exclusive juive du Sabbat, fut adoptée plus tard par certains des
premiers Pères; par des groupes radicaux de la Réforme, et plus récemment, par
des dispensationalistes modernes.
D'un autre côté, le point de vue de
l'origine du Sabbat à la création, peut être trouvé, historiquement, dans les
plus anciennes et principales traditions Juives; parmi plusieurs observateurs
du Dimanche qui ont essayé de justifier le Dimanche comme étant le Sabbat chrétien,
en faisant appel à l'origine de ce dernier, à la création; et parmi les
observateurs du Sabbat du septième jour.
Le
support historique prépondérant pour l'origine du Sabbat, à la création, n'est
pas le critère pour accepter ce point de vue comme vérité. La validité de
la doctrine biblique n'est pas déterminée par la majorité des points de vue
historiques. La seule affirmation qu'on peut légitimement faire est que la
croyance dans le Sabbat de la création est profondément enraciné dans les
saintes écritures et l'histoire.
La signification rédemptrice du Sabbat
Une troisième raison de croire dans la permanence du principe de
l'observation du Sabbat, est la signification rédemptrice du Sabbat, que je
trouve exprimée dans l'enseignement et le ministère du Christ.
Le coeur humain désire fortement une réassurance constante d'un pardon
divin acceuillant et salutaire. On veut savoir: « Dieu, m'a-t-il réellement
pardonné et sauvé? » Dans l’Ecriture, la Bonne Nouvelle du pardon divin et du
salut est proclamée, non seulement par des paroles, mais aussi par des
symboles. Les symboles, tels que la circoncision, le tabernacle, le baptême, la
cène, et le Sabbat, ont aidé les croyants à conceptualiser et éprouver
l'assurance de la Rédemption divine.
Notre intérêt immédiat de ce chapitre, est d'examiner comment le dernier
de ces symboles, le Sabbat, exprime le thème de Rédemption dans le Nouveau
Testament. Cependant, pour apprécier ce dernier, il est nécessaire de
comprendre en premier lieu, la typologie sabbatique de la Rédemption
messianique dans l'Ancien Testament et dans la littérature Juive.
Une mention brève sera faite dans la première partie de ce chapitre, de
plusieurs thèmes sabbatiques rédempteurs significatifs de l'Ancien Testament,
avant qu'on examine le sens rédempteur du Sabbat, dans le Nouveau Testament.
I. LA REDEMPTION SABBATIQUE DANS L'ANCIEN TESTAMENT
Au temps de l'Ancien Testament, le Sabbat servait non seulement pour
fournir le repos personnel et la libération de l'épreuve du travail et des
injustices sociales, mais aussi pour entretenir l'espoir d'une paix future,
d'une prospérité et d'une Rédemption messianique.[50] La dernière
fonction était inspirée apparemment par le rôle du Sabbat dans l'originale
création de Dieu.
La Genèse ne nous fournit pas d'information sur la véritable observation
du Sabbat par Adam et Ève avant leur expulsion du jardin d’Eden. Cependant,
l'image de perfection et de satisfaction (notez la répétition septuple de
l'expression: « cela était bon ».)[51] qui est décrite
spécialement par la bénédiction divine et la sanctification du septième jour
(Gn 2.3) pouvait offrir aisément aux croyants la base d'une vision de l'âge
messianique.
Les parallèles et les équivalences entre le Sabbat de la Genèse, le premier jour d'Adam après sa création,
et les derniers jours de l'âge
messianique, quoique pas toujours explicitement faits, sont implicitement
présents dans les sources bibliques et post-bibliques. Pour illustrer comment
le Sabbat de la création devint le symbole de la Rédemption et restauration
messianique, on examinera brièvement quelques thèmes significatifs.
La paix et
l'harmonie du Sabbat. La paix et l'harmonie qui existaient entre Adam et les
animaux au Sabbat de la création, seront rétablies dans l'âge messianique,
quand « le loup séjournera avec l'agneau, et la panthère se couchera avec le
chevreau; le veau, le lionceau et le bétail qu'on engraisse, seront ensembles;
et un petit garçon les conduira ».(Esaïe 11.6) En ce temps, selon le même
prophète, « la connaissance de l’Eternel remplira la terre, comme les eaux
recouvrent le fond de la mer ».(11.9)[52]
Cette vision de la terre pleine de paix et de connaissance de Dieu dans
les derniers jours, peut bien avoir
été inspirée par le point de vue des premiers
jours, desquels le Sabbat est l'épitomé.
Le dernier est suggéré par certains règlements rabbiniques du Sabbat.
Par exemple, Beth Shammai défendit le meurtre même de « vers », le Sabbat. Il
était enseigné, dit R. Siméon B. Eleazar: « La vermine (bêtes puantes
nuisibles) ne doit pas être tuée le Sabbat: ceci est le point de vue de Beth
Shammai... Si quelqu'un tue la vermine le Sabbat, c'est comme s'il tuait un
chameau ».[53]
La Mishna, une collection ancienne de lois Juives, déclare pareillement
que durant le Sabbat, « un homme ne peut pas sortir avec une épée, ou un arc,
ou un bouclier, ou une massue, ou une lance... car il est écrit: "De leurs
épées ils forgeront des socs et de leurs lances des serpes; une nation ne
lèvera plus l'épée contre une autre, et l'on n'apprendra plus la guerre"
».[54]
Ces injonctions rabbiniques ci-dessus, sont probablement tirées de la
notion de l'absence de mort durant le Sabbat primordial, lequel servit comme un
paradigme du monde à venir. L'abstention de toute forme de tuerie le Sabbat,
représente un avant-goût de ce monde.
La Prospérité
du Sabbat. L'abondance et la prospérité matérielle qui caractérisèrent le Sabbat de
la création ont probablement inspiré la vision prophétique d'une abondance matérielle
extraordinaire durant l'âge Messianique.
Amos déclare: « Voici que les jours viennent, » dit l’Eternel, « où le
laboureur suivra de près le moissonneur; et celui qui foule le raisin celui qui
répand la semence, où le jus de fruits ruissellera des montagnes et où toutes
les collines s'épancheront. » (Amos 9.13) Des descriptions semblables se
trouvent dans Esaïe (4.2;7.22;30.23-25), Joël (4.19), Sophonie (3.13), Jérémie
(30.19;31.24), et Ezéchiel (34.13-14; 47.12).
Aussi, des travaux ultérieurs abondent avec des descriptions de
prospérité matérielle de l'âge Messianique.[55] Par exemple:
la version syriaque du livre de Baruch (la seconde moitié du premier siècle ap.
J.-C.) dit que quand « le Messie commencera a être révélé... la terre aussi
produira ses fruits 10 mille fois autant, et sur chaque vigne, il y aura un
millier de grappes, et chaque grappe produira un millier de raisins, et chaque
raisin produira un cor [220 litres] de vin (29.4-6).[56]
Des descriptions presque identiques se trouvent dans le livre d'Hénoc
(10.17-19) et dans la littérature rabbinique.[57] Papias
(environs 60 à 130 ap. J.-C.) un des premiers Pères de l'église, répète aussi
cette tradition, presque mot pour mot, l'appliquant au millenium - un règne
terrestre de paix et de prospérité d'un millier d'années, possédé par le Christ
et les saints ressuscités.[58]
Il est remarquable que Barnabé (135 ap. J.-C.) et de nombreux écrivains
chrétiens après lui, interprètent le millenium comme le Sabbat cosmique qui
suit les six mille ans symbolisés par les 6 jours de la création lequel sera
caractérisé par le règne paisible et lumineux du Christ sur cette terre. (« Il
change le soleil, la lune et les étoiles, ensuite il se reposera bien le
septième jour. » (15.5)[59]
La signification typologique du Sabbat, comme symbole de l'âge futur du
repos et de la prospérité, explique probablement pourquoi Beth Shammai interdit
le don de biens dotaux à un orphelin qui se marie, et les contributions pour
les pauvres dans la synagogue, le Sabbat.[60] Les actes de
charité le Sabbat, annulent l'espérance d'une prospérité matérielle future,
symbolisée par l'observation présente du Sabbat.
Les citations précédentes suffisent pour montrer non seulement un degré
de continuité et de similarité entre les points de vue juives et chrétiennes de
la restauration à la consommation des temps, mais aussi une dépendance commune
basée sur la vision de paix, prospérité et harmonie d’Eden, qui sont typifiées
par le Sabbat.
Le délice du
Sabbat. Le délice et la joie du Sabbat Edénique inspirèrent probablement la vision
prophétique de l'âge Messianique. Théodore Friedman note que « deux des trois
passages dans lesquels Esaïe fait mention du Sabbat, sont reliés par le
prophète à la fin des jours. (Esaïe 56.1-7; 58.13-14; 66.20-24)...Ce n'est pas
une pure et simple coïncidence qu'Esaïe emploie les mots « délicieux » (oneg) et « glorifies » (kavod) dans sa description du Sabbat et
de la fin des jours. (58.13- « Et tu qualifies le Sabbat de délicieux...et tu
le glorifies »: 66.11- « Afin que vous savouriez avec délice la surabondance de
sa gloire.») L'implication est claire. Le délice et la joie qui marqueront la
fin des jours sont réalisables ici-même et pas par le Sabbat.»[61]
Le concept du délice du Sabbat semble être dérivé de la vision du Sabbat
Edénique: un jour de joie, de lumière, d'harmonie et de paix, lequel sert comme
un paradigme du temps futur.
Les lumières du
Sabbat. Le délice du Sabbat s'exprime dans la tradition Juive, par l'allumage de
lumières durant ce jour. Cet acte, le privilège de la femme Juive, est
interprété comme symbolique de la lumière extraordinaire que Dieu fit briller
pendant 36 heures (du vendredi matin au samedi soir), en considération pour le
Sabbat.
Cette conclusion est tirée d'une curieuse interprétation rabbinique du
titre du Psaume 92: « Psaume, cantique pour le jour du Sabbat ». « R. Lévi dit
au nom de R. Zimra: « Pour le jour du Sabbat », c'est à dire, pour le jour où
les ténèbres ne viennent pas. On remarque qu'il est écrit pour les autres
jours: « Il y eut un soir et il y eut un matin, un jour », mais les mots « Il y
eut un soir » ne sont pas écrits du Sabbat...La lumière du Sabbat continuait
pendant trente-six heures.»[62]
Un ancien commentaire Juif de l'Ancien Testament, le Midrash, interprète
le texte que « Dieu bénit le septième jour » (Gn 2.3) comme signifiant qu'il le
bénit avec la bénédiction de la lumière.[63] Adam fut le premier à
profiter d'une telle bénédiction, parce que Dieu laissa Sa lumière briller sur
lui, quoi qu'il méritât d'être privé d'elle, en raison de sa désobéissance.
Selon le Midrash, le Sabbat agissait comme sauveur d'Adam, quand Dieu
fut sur le point de le détruire le vendredi soir, à cause de son péché: « A ce
moment le Sabbat arrivait et devint l'avocat d'Adam, disant à Dieu Saint, bénit
soit-il: « Durant les six jours de la création, personne ne subit la punition.
Et la commencerais-tu avec moi? Est-ce ma sainteté? Est-ce mon repos? » Et
ainsi Adam fut sauvé de la destruction dans la géhenne, par l'intercession du
Sabbat. Quand Adam vit le pouvoir du Sabbat, il fut sur le point de chanter un
hymne en son honneur».[64]
Le rôle rédempteur de ce Sabbat primordial, dans la tradition Juive, est
impressionnant.[65]
Etant vu comme le symbole de la Rédemption primordiale, le Sabbat pouvait
effectivement typifié la restauration future Messianique. La tradition
d'allumer des lumières le Sabbat, semble être lié symboliquement, non seulement
à la lumière surnaturelle qui brilla sur Adam durant le premier Sabbat (ce qui
était vu en tant qu'assurance de salut), mais aussi à la lumière extraordinaire
de l'âge messianique.
Les prophètes envisageaient l'apparence de lumière luisante durant les
derniers jours: « La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la
lumière du soleil sera sept fois plus brillante, comme la lumière de sept jours
» (Esaïe 30.26). La comparaison à « la lumière de sept jours » est probablement
une allusion aux sept jours de la création, qui, selon l'explication du
Midrash, étaient illuminés d'une lumière extraordinaire, plus brillante que le
soleil.[66]
Zacharie parle d'un « jour unique... il n'aura plus de jour et de nuit,
mais à l'heure du soir brillera la lumière » (14.7 TOB; FC - « il fera
continuellement jour, on ne distinguera plus entre le jour et la nuit, même le
soir, il fera clair ».). Cette remarque se réfère probablement aux septième
jour de la création, qui dans la Genèse, ne fait pas mention de l'expression «
soir et matin ». Ce détail fut interprété comme signifiant que le Sabbat était
spécialement bénit par une lumière surnaturelle, permanente.
Et puis, il est possible que cette vision prophétique de la lumière
surnaturelle de l'âge messianique, soit tirée de la notion de la lumière
extraordinaire qu'Adam a expérimentée durant le premier Sabbat. Selon la
tradition Juive, cette lumière disparut à la fin du Sabbat de la création à
cause de la désobéissance d'Adam; mais on s'attend qu'elle va réapparaître dans
les derniers jours.[67]
Le repos du
Sabbat. Abraham Joshua Heschel explique que le thème du repos du Sabbat (menuhah) pour ceux qui connaissent la
Bible, « est le même que le bonheur et la tranquillité, la paix et l'harmonie.»[68] Ce thème a servi comme un
symbole efficace de l'ère Messianique, souvent connue comme « la fin des jours
» ou « l'autre monde.»
Dans l'Ancien Testament, la notion de « repos » fut utilisée pour
exprimer les aspirations nationales pour une vie paisible dans un pays de repos
(Dt 12.9; 25.19; Es 14.3), où le roi fournirait au peuple un repos de tous
leurs ennemis (2 S 7.1), et où Dieu établirait Son « lieu de repos » parmi Son
peuple et spécialement dans Son sanctuaire à Sion (2 Ch 6.41; 1 Ch 23.25; Ps
132.8,13,14; Es 66.1).[69]
Ces références au « repos » (menuhah)
national, ne se rapportent pas spécifiquement au repos du Sabbat.
Cependant, il semblerait raisonnable de présumer que ce fut l'expérience
hebdomadaire du repos du Sabbat qui servit de modèle pour symboliser la plus
grande aspiration de repos national.[70]
Le rapport entre le repos du Sabbat et le repos national est clairement
établi dans Hé 4.4,6,8, où l'auteur semble faire appel à un concept familier.
Dans ce passage, l'auteur parle du repos du Sabbat de la création comme étant
le symbole de l'entrée promise dans le pays de Canaan, qui la génération du
désert manqua d'entrer (v.6), mais qui fut partiellement réalisée, quand Josué
guida les Israélites à entrer dans le pays du repos (v.8).
Une autre indication explicite se trouve dans un commentaire Rabbinique
du Psaume 92: « Un psaume, un chant pour le jour du Sabbat—- pour le jour quand
le peuple de Dieu demeurera dans la paix: « Mon peuple demeurera dans un séjour
de paix, dans des habitations sûres, dans des retraites tranquilles » (Es
32.18).»[71] Ce commentaire lie
clairement l'expérience du repos du Sabbat à la vision messianique d'Esaïe, de
paix, de sécurité, et de retraites tranquilles.
Dans l'oeuvre apocalyptique qui est connu par le nom des « Livres d'Adam et Ève » (du premier
siècle apr. J.-C.), l'archange Michel exhorte Seth en disant: « Homme de Dieu,
ne pleure pas plus de 6 jours pour la mort, car le septième jour est un signe
de résurrection et de repos, de l'âge à venir; durant le septième jour, le
Seigneur se reposa de tout Son travail.»[72]
Un point de vue semblable est exprimé dans « Genèse Rabbah 17.5 » : « Il y a trois antitypes: L'antitype de la
mort qui est le sommeil, l'antitype de la prophétie qui est le rêve, l'antitype
de l'âge à venir qui est le Sabbat. » Cet « âge à venir » ou « l'autre monde »[73] est fréquemment assimilé
à l'âge messianique, lequel est caractérisé par l'abondance matérielle (Am
9.13-14; Es 30.23-25; Jr 31.12), la justice sociale (Es 61.1-9, l'harmonie
entre l'humanité et les animaux (Es 65.25; 11.6), la lumière luisante (Es
30.26, Za 14.6-7), et la paix et le repos (Es 32.18; 14.3).
Ces caractéristiques variées de l'âge messianique sont groupées ensemble
dans 2 Baruch (une autre oeuvre
apocalyptique Juive de la deuxième moitié du premier siècle apr. J.-C.), où
l'auteur décrit « le temps de mon Messie », en disant: « Et, il advint que la
joie soit révélée et le repos
apparaîtra, quand il aura abaissé chaque chose qui est dans le monde, et qu'il
s'assoira en paix pour l'éternité.»[74]
La littérature Rabbinique fournit aussi des exemples explicites où le
repos du Sabbat et la structure septénaire du temps sont employés pour
signifier l'autre monde et l'arrivée du Messie. Par exemple, le Talmud Babylonien dit: « Nos rabbins
enseignent: A la fin du Sabbat, le fils de David viendra. R. Joseph soulève
l'objection: Mais beaucoup de Sabbats ont passé, cependant, il n'est pas venu!»[75]
Le septième âge associé avec l'arrivée du Messie est souvent décrit
comme un temps de repos Sabbatique. A la fin du Mishnah Tamid, on lit: « Un Psaume, un chant pour le jour du
Sabbat—- un chant pour le temps à venir, pour le jour qui est tout repos du Sabbat, dans la vie éternelle.»[76]
Les exemples ci-dessus suffisent pour montrer comment l'expérience du
repos du Sabbat servit à entretenir l'espoir de la paix et du repos messianique
futur. La Mishnah indique que le temps de la Rédemption vint à être connu comme
« tout Sabbat et repos dans la vie éternelle.»[77]
La libération
du Sabbat. La liberté, la délivrance, et la libération, que les Sabbats hebdomadaires
et annuels étaient destinés à accorder à chaque membre de la société Hébraïque,
avaient aussi servi comme symboles efficaces de la Rédemption messianique.
Dans la version Deutéronome du quatrième commandement, le Sabbat est
explicitement lié à la libération de l'Exode: « Tu te souviendras que tu as été
esclave au pays d’Egypte, et que l’Eternel, ton Dieu, t'en à fait sortir à main
forte, et à bras étendu: c'est pourquoi l’Eternel, ton Dieu, t'a commandé de
célébrer le jour du Sabbat » (Dt 5.15).
Le rapport entre le Sabbat et la délivrance de l'Exode peut expliquer
pourquoi le Sabbat devint idéologiquement attaché à la Pâque, qui était la
célébration annuelle de la délivrance de l’Egypte.[78] D'une certaine façon, le
Sabbat vint a être connu comme une « petite Pâque », de la même façon que
plusieurs Chrétiens voient leur Dimanche hebdomadaire comme étant une « petite
Pâques ».
Le rapport rédempteur entre le Sabbat et la Pâque peut être vue dans
l'usage du terme « shabbat » (Sabbat)
dans Lévitique 23, qui désignait deux fêtes annuelles: la Pâque et la fête
annuelle des expiations (v. 11,15,32). La dernière, comme la première, avait
aussi un sens rédempteur eschatologique. Au jour des expiations, le souverain
sacrificateur, après avoir encensé le saint des saints, priait pour une année
de prospérité et pour l'arrivée du Messie (Gemara
53b).[79]
Quelques Rabbins enseignaient: « Pendant le septième mois, le mois de
Tishri qui arrive, je te rachèterai. Mais ce Tishri est arrivé, et un autre
Tishri de plus, et cependant, Tu ne m'as pas racheté.»[80] Cet énoncé est
remarquablement similaire au commentaire rabbinique concernant le Sabbat, cité
plus haut: « A la fin du Sabbat, le fils de David viendra. R. Joseph soulève
l'objection: Mais beaucoup de Sabbats ont passé, cependant, il n'est pas venu!»[81]
Les années sabbatiques et la
Rédemption. La remise, promise aux opprimés de la société Hébreuse par
l'année sabbatique (chaque septième année, Lv 25.8) joua un rôle majeur en
entretenant la vision de la Rédemption messianique. La raison étant que les
années sabbatiques avaient au moins trois importantes caractéristiques
messianiques.
Premièrement, c'était la promesse
de remise des dettes et de propriété personnelle, laquelle fournissait une
image effective pour symboliser la délivrance messianique attendue (Es
61.1-3,7; 40.2).[82]
Il convient de noter que le terme « pardon » (aphesis) dans le Nouveau Testament est le même terme employé dans
la Septante pour désigner les Sabbats annuels, qu'on appelle techniquement « la
remise » [« relâche »- S], « la remise du Seigneur », « l'année de la remise »
(Dt 15.1,2,9; 31.10; Lv 25.10). Ceci suggère que la vision de la remise
sabbatique des injustices sociales ait été vue comme la préfiguration de la
remise messianique future de l'esclavage du péché.[83]
Esaïe 61.1-3 emploie l'image de la remise sabbatique pour décrire la
mission du Messie qui apportera l'amnistie jubilaire et la remise (libération)
des captifs. Bientôt, on verra que le Christ se servira de cette même image
pour annoncer et expliquer la nature de Sa mission rédemptrice.
Une seconde caractéristique messianique des années sabbatiques peut-être
vue dans la sonnerie du cor (yobel
duquel vient le terme « jubilé »).[84] Esaïe se sert de l'image
de la sonnerie du cor du jubilé pour décrire le rassemblement messianique des
exilés (Es 27.13; cf. Za 9.9-14). Il est possible que le Nouveau Testament se
réfère à la même image du jubilé quand il décrit que la trompette annonce le
retour du Christ (1 Co 15.52; 1 Th 4.16; Mt 24.31).
La troisième caractéristique messianique se rapporte à la sonnerie de la
trompette au dixième jour du septième mois (la fête annuelle des expiations),
quand on faisait retentir les sons éclatants du cor pour annoncer l'année du
jubilé (Lv 25.9). Au jour des expiations, Dieu offrait au peuple le pardon et
un nouveau commencement moral (Lv 16.13-19). C'était ceci qui inaugurait la
remise sabbatique de l'année du jubilé.
Le rapport entre le jour des expiations et l'année du jubilé fut remarqué
par des rabbins qui ont dit: « Le Seigneur veut pardonner la dette d'Israël, le
septième mois qui est Tishri, à la sonnerie du cor. Tout comme le Saint Fidèle
(bénit soit-Il) a eu miséricorde pour Israël dans cette ère au moment de la
sonnerie du cor, de même, dans le futur, J'aurai miséricorde sur vous par le
cor et Je ramènerai vos rachetés ».[85]
La structure
sabbatique du temps. L'unique caractéristique messianique des années
sabbatiques inspira apparemment l'usage de la structure sabbatique du temps
pour mesurer le temps d'attente de la Rédemption messianique. Certains
appellent ce phénomène « le messianisme sabbatique »[86] ou le « chronomessianisme
».[87]
L'endroit classique du messianisme sabbatique se trouve dans Daniel 9,
où deux périodes sabbatiques sont données. La première se rapporte aux 70
années de la prophétie de Jérémie concernant le temps de la restauration nationale des Juifs (Dn
9.3-19) et qui consiste en 10 années sabbatiques (10X7).
La seconde période est de « 70 semaines (chabouim) » techniquement « soixante-dix cycles sabbatiques »,
lesquels mènent à la Rédemption
messianique (Dn 9.24-27). Ce messianisme sabbatique se trouve plus tard
dans la littérature Juive, tel que le livre des Jubilés (7.29) et le texte fragmentaire de IIQ Melchisédek
(découvert en 1956 dans la grotte II de Qumran).[88] De plus, d'autres
exemples se trouvent dans la tradition rabbinique. Par exemple, le Talmud dit:
« Élie dit à rabbin Juda... « le monde ne durera pas plus que 85 jubilés, et
dans le dernier jubilé, le fils de David viendra ».[89]
Conclusion. Ce bref exposé
des symboles sabbatiques; tel que la paix et la prospérité du Sabbat, le repos
du Sabbat, la libération du Sabbat, et la structure sabbatique du temps;
indique qu'au temps de l'Ancien Testament, les Sabbats hebdomadaires et annuels
servaient, non seulement pour fournir le repos physique et la libération des
injustices sociales, mais aussi pour incarner et nourrir l'espoir de la
Rédemption future messianique.
Rabbin Heschel saisit vivement le symbolisme messianique du Sabbat dans
l'Ancien Testament, quand il écrit: « Sion est en ruines, Jérusalem gît dans la
poussière. Durant toute la semaine, il y a seulement l'espérance de Rédemption;
comme si, pour un moment, l'esprit du Messie se déplaçait sur la surface de la
terre ».[90]
2. La Rédemption sabbatique dans le Nouveau Testament
L'existence dans l'Ancien Testament du symbole messianique rédempteur du
Sabbat nous invite à considérer comment le Nouveau Testament établit le rapport
du Sabbat à la mission et au ministère rédempteur du Christ. Est-ce que le
ministère rédempteur du Christ est vu comme la terminaison ou l'actualisation
de la signification messianique du Sabbat? Pour répondre à ces questions, on
examinera brièvement quelques passages sur le Sabbat, dans les livres de Luc,
Matthieu, Jean, et Hébreux.
Le Sabbat dans Luc
Le Discours à
Nazareth. Luc introduit le Christ comme un observateur habituel du Sabbat (« selon sa
coutume » 4.16) qui prononça Son
discours d'inauguration à Nazareth, un jour de Sabbat, en lisant et commentant
un passage tiré principalement d'Esaïe 61.1-3 (aussi 58.6) qui dit: « L'Esprit
du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint [pour guérir ceux qui ont le
coeur brisé;] pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres; Il m'a envoyé pour
proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles, le recouvrement de la
vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce du
Seigneur » (Luc 4.18-19).
Auparavant, on a remarqué qu'Esaïe décrit dans ce passage, par le moyen
d'images tirées des années sabbatiques, la libération que le Messie apporterait
à Son peuple. Le Christ s'est servi de ce passage pour se présenter Lui-même au
peuple, comme le véritable accomplissement de leur espérance messianique,
entretenue par la vision des années sabbatiques. La dernière est clairement
indiquée par la brève interprétation de ce passage, par Jésus: « Aujourd'hui
cette Ecriture, que vous venez d'entendre, est accomplie » (4.21).
Le thème de promesse et d'accomplissement revient souvent dans
tous les Evangiles, Luc y compris. Selon Luc, le Christ ressuscité expliqua à
Ses disciples que Son enseignement et Sa mission représentaient l'accomplissement de « tout ce qui est
écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les Psaumes »
(Luc 24.44; cf. 24.26-27). Comment est-ce que le Sabbat correspond à ce thème
de promesse et d'accomplissement? Est-ce que le Christ a accompli les symboles
messianiques du Sabbat en terminant
ou actualisant et enrichissant sa
fonction? Pour répondre, regardons à l'enseignement et au ministère sabbatique
du Christ.
Les premières
guérissons durant le Sabbat. L'annonce du Christ de Son messianisme (Luc 4-16-21) est
suivie, dans Luc, de deux épisodes de guérissons durant le Sabbat. La première
prit place dans la synagogue de Capernaüm, durant le culte du Sabbat, et
résulta en une guérison spirituelle
d'un homme possédé par un démon (Luc 4.31-37; Marc 1.21-28).
La seconde guérison fut accomplie immédiatement après le culte
religieux, dans la maison de Simon, et elle résulte au rétablissement physique de la belle-mère de Simon (Luc
4.38-39; Marc 1.29-31). Cette guérison résulte dans la réjouissance pour toute la famille et dans le service: « A l'instant elle se leva et se mit à les servir » (Luc
4.39).
Les thèmes de libération, de joie, et de service qui sont présents dans une forme embryonnaire dans ces
premiers actes de guérisons; ils seront plus explicitement associés à la
signification du Sabbat, dans le ministère subséquent du Christ.
La femme
infirme. La guérison de la femme infirme, rapportée seulement par Luc, éclaircit
d'avantage la relation entre le Sabbat et le ministère de salut du Christ. Dans
cette narration brève (Luc 13.10-11), le verbe « libérer/délivrer - luein » est employé trois fois par le Seigneur, ce qui suggère un usage intentionnel plutôt qu'accidentel, de ce terme.
D'abord, le verbe est employé par le Christ en s'adressant à la femme: «
Tu es délivrée de ton infirmité »
(13.12).[91] Deux fois encore, le
verbe est employé par le Christ, en réponse à l'indignation du dirigeant de la
synagogue: « Hypocrites, chacun de vous, pendant le Sabbat, ne détache-t-il pas de la crèche son boeuf
ou son âne pour le mener boire? Et cette femme, qui est une fille d'Abraham, et
que Satan tenait liée depuis 18 ans, il n'aurait pas fallu la détacher de ce lien le jour du Sabbat »
(13.15-16)?[92]
Raisonnant d'une cause mineure à une cause majeure, le Christ montre
comment le Sabbat avait été paradoxalement déformé. Un boeuf ou un âne pouvait
être légitimement détaché le Sabbat
dans le but de boire (probablement à cause qu'un jour sans eau pouvait résulter
dans la perte de poids, et par conséquent, moins de valeur au marché), mais une
femme qui souffre, ne pouvait pas être délivrée
des entraves de son infirmité physique et spirituelle, le jour du Sabbat.
Le Christ a agi délibérément contre les idées fausses les plus répandue
afin de remettre le dessein intentionnel de Dieu pour ce jour. Il doit être remarqué
que dans ceci, aussi bien que dans tout autres circonstances, le Christ ne met
pas en doute les obligations irrévocables du commandement du Sabbat, mais
plutôt, Il plaide pour ses vraies valeurs qui ont été largement obscurcies par
l'accumulation de traditions et de règlements innombrables.
La Rédemption du Sabbat. L'image
de libérer, pendant le Sabbat, une victime liée par les liens de Satan (Luc
13.16) rappelle l'annonce du Christ de Sa mission de « proclamer aux captifs la
délivrance... renvoyer libre les
opprimés » (Luc 4.18).[93] L'acte de Jésus de
délivrer une fille d'Abraham des liens physiques et spirituels le Sabbat, ne
démontre-t-il pas comment la libération du Sabbat messianique fut accomplie
(Luc 4.21)?
Le rapport entre les deux est reconnu, par exemple par Paul K. Jewett,
qui remarque avec perspicacité: « Nous avons dans la guérison de Jésus le
Sabbat, non seulement des actes d'amour, de compassion et de miséricorde, mais
des vrais « actes sabbatiques », des actes qui révèlent que le Sabbat
messianique, l'accomplissement du repos du Sabbat de l'Ancien Testament,
s'introduit dans notre monde. Par conséquent, de tous les jours, le Sabbat est
le plus approprié pour guérir ».[94]
Les actes de guérison des gens, telle que la femme infirme, ne sont pas
seulement des actes d'amour et de compassion, mais de vrais « actes sabbatiques
» qui révèlent comment la Rédemption messianique, représentée et promise par le
Sabbat, fut accomplie par le ministère salutaire du Christ.
Comment est-ce que la femme et les gens, qui furent témoins de
l'intervention salutaire, vinrent-ils à voir le Sabbat? Luc rapporte que les «
adversaires [du Christ] étaient remplis de confusion, et la foule se
réjouissait » (13.17), et que la femme « glorifia Dieu » (13.13).
Indubitablement, pour la femme guérie et pour tout le peuple béni par le
ministère sabbatique du Christ, le Sabbat devint le commémoratif de la guérison
de leurs corps et de leurs âmes, l'exode des chaînes de Satan à la liberté du
Sauveur.
2. Le Sabbat dans Matthieu
Matthieu n'introduit aucun épisode de Sabbat jusqu'à presque la moitié
de son Evangile. Alors, il raconte deux épisodes de Sabbat (Mt 12.1-14)
desquels il associe temporellement l'offre de repos en Jésus (Mt 11.28-30). On
procédera à examiner premièrement, la nature du « repos » offert par le Christ,
et alors, son rapport à ces deux épisodes de Sabbat.
Le repos du
Sauveur. Dans Mt 11.28-30, le Christ offre une invitation unique: « Venez à moi,
vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez
mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de
coeur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé et mon
fardeau léger ». Quelle est la nature du « repos » offert par le Christ dans ce
passage célèbre? Pour répondre à cette question, il est important d'étudier le
contexte immédiat et plus large.
Dans son plus large contexte, l'offre du repos, propre à Jésus, est
intercalée entre plusieurs exposés de rejets, d'oppositions: le doute de Jean
Baptiste (11.1-6), le rejet par une génération incroyante (11.7-19) et par les
villes du pays de Galilée (11.20-24), les complots des Pharisiens (12.14), le
rejet des guérisons du Christ par les Pharisiens (12.22-37), la réprimande à
une génération incroyante (12.38-45), et le malentendu par Sa famille
(12.46-50).
Dans le contexte de cette opposition exceptionnelle et ce malentendu,
Jésus révèle Son identité messianique en Se proclamant Lui-même, « le Fils »
qui « connaît » et révèle « le Père » dans une façon unique (11.27). Pour
soutenir cette prétention messianique, le Christ offrit le repos messianique
symbolisé par le Sabbat (11.28-30).
Révélation
messianique. On a déjà remarqué comment le repos du Sabbat aux temps de
L'Ancien Testament, servait à entretenir l'espérance messianique. L'âge
messianique était espéré d'être en sa totalité « Sabbat et repos dans la vie éternelle ».[95] Dans ce contexte, il
apparaît que le Christ, en offrant Son repos immédiatement après Sa révélation
messianique, avait l'intention de prouver Sa prétention messianique en offrant
ce que le Messie était espéré d'apporter, c'est à dire, la paix et le repos
symbolisés par le Sabbat.[96]
Luc fournit un parallèle semblable dans le
discours à Nazareth, où Jésus annonce Son programme messianique en citant le
passage sabbatique d'Ésaïe 61.1-3,
lequel décrit la Rédemption messianique par l'image de la libération du
Jubilé. Il semblerait alors que, comme dans Luc 4.16-21, où Jésus commence Son
ministère nazaréen en affirmant d'être l'accomplissement de la libération
messianique entretenue par la vision des années sabbatiques; ainsi, dans
Matthieu 11.25-30, Il révèle pour la première fois Son messianisme en offrant
le « repos » symbolisé par le Sabbat.
Le
repos du Sauveur et le Sabbat. La liaison entre le repos de Jésus et le
Sabbat est aussi indiquée dans Matthieu, par l'emplacement du premier
(11.28-30) dans le contexte immédiat de deux épisodes de Sabbat (12.1-14). Les
deux sont reliés, comme plusieurs érudits ont noté, non seulement dans la structure, mais aussi temporellement, par la phrase: « en ce
temps-là » (12.1).[97] Le temps est le jour du
Sabbat, quand Jésus et ses disciples traversèrent des champs de blé.
Le fait que, selon Matthieu, le Christ offrit
Son repos un jour de Sabbat, suggère la possibilité que les deux soit reliés,
non seulement temporellement, mais
aussi théologiquement. La connexion
théologique entre les deux est éclaircie par les deux épisodes de Sabbat dont
la fonction est d'expliquer comment le repos messianique offert par le Christ
est rattaché au Sabbat. Toutefois, avant d'examiner les deux épisodes du
Sabbat, il faut considérer la formule de « repos » offert par le Christ.
Le
repos par le joug du Christ. La formule pour le repos est exprimée dans un
paradoxe conscient: « Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car
Je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez du repos (anapausis) pour vos âmes. Car mon joug
est aisé, et mon fardeau léger » (11.29-30). Comment un « joug » peut-il être
aisé et donner le repos? La réponse se trouve dans la nature du joug offert par
le Christ.
La métaphore du « joug » était couramment
employée pour exprimer la subordination et la loyauté à Dieu, spécialement par
l'obéissance à Sa loi (Jr 5.5; 2.20; Ac 15.10; Ga 5.1). Les rabbins parlaient
souvent « du joug de la Torah » et du « joug des commandements ».[98] Le « joug » offert par le
Christ, n'est pas un engagement à un nouvel ensemble de principes (une nouvelle Torah), mais une consécration à une Personne qui est le vrai interprète et
Réalisateur de la loi et des prophètes.
L'accent avec insistance sur la Personne
saute aux yeux: « Venez à moi...
Prenez mon joug... Recevez mes instructions... Je vous donnerai du repos. » De plus, la structure parallèle des
versets 28 et 29, indique que prenant le « joug » de Jésus, est équivalent à
venir à lui et de recevoir ses instructions, c'est à dire, d'accepter
personnellement Jésus comme Messie.[99]
L'acceptation du Christ est un joug « aisé »
et « léger », non parce que Jésus affaiblit les demandes de la foi (comparez Mt
5.20), mais parce que Jésus offre à ses disciples (notez le je [kago] accentué) le repos de la
Rédemption messianique que la loi, et plus spécialement le Sabbat, avaient
toujours indiqué.
Le
repos de la Rédemption. Les deux incidents pendant le Sabbat, que dans
Matthieu, sont liés en structure et en temps au « joug aisé » et au « repos »
offert par le Christ, servent à éclaircir la relation entre le repos du Sauveur
et le Sabbat. La première histoire, concernant les disciples arrachant des épis
de blé le Sabbat (Mt 12.1-8), explique le repos de Jésus comme un repos
rédempteur, spécialement lorsque le Christ fit appel à l'exemple des
sacrificateurs qui travaillaient intensément le Sabbat, dans le temple, et
néanmoins étaient innocents (Mt 12.5).
En offrant plus de services et de sacrifices
le Sabbat (Nb 28.8,9), pour qu'elle raison étaient-ils (les sacrificateurs)
innocent? Certainement, ce n'était pas parce qu'ils prenaient un autre jour de
congé durant la semaine. Une telle disposition n'est pas considérée dans
l'Ancien Testament. L'absence d'une telle disposition constitue un défi direct
au principe d'un jour dans sept.
Donald Carson reconnaît sagement ceci: « Si
le principe de l'Ancien Testament était réellement « un jour dans sept pour
l'adoration et le repos » au lieu « du
septième jour pour l'adoration et le repos », on pourrait espérer que la
législation de l'Ancien Testament prescrit un autre jour de congé pour les
sacrificateurs. Un tel manque confirme l'importance attachée dans l'Ancien
Testament, au septième jour, par
contraste au simple principe d'un jour dans sept, si grandement invoqué par
ceux qui désirent voir dans le dimanche, l'exact équivalent pour le Nouveau
Testament que le Sabbat de l'Ancien Testament.»[100]
La raison pour l'innocence des sacrificateurs
se trouve dans la nature rédemptrice de leurs services de Sabbat. Une fonction
importante des services et sacrifices du temple durant le Sabbat, annonçait au
peuple la délivrance spéciale divine du péché et de la culpabilité. Le Christ
trouve dans le travail rédempteur sabbatique, accompli symboliquement par les
sacrificateurs, une base valable pour justifier Son propre ministère
sabbatique, parce qu'il voyait ceci comme quelque chose « plus grand que le
temple » 12.6).[101]
La Rédemption offerte symboliquement par les sacrifices et les services du temple par les
sacrificateurs,[102] est présentement fournie
avec réalisme par la mission
salutaire du Fils de l'homme, le Messie.[103] Ainsi donc, de même que
les sacrificateurs étaient innocents en accomplissant leurs services
sabbatiques dans le temple, ainsi furent les disciples de Jésus, en servant
Celui qui est plus grand que le Temple.[104]
Cette fonction rédemptrice du Sabbat, est peut-être
aussi impliquée dans le verset suivant où Jésus cite Osée (6.6): « Si vous
aviez reconnu ce que signifie: Je veux la miséricorde et non le sacrifice, vous
n'auriez pas condamné des innocents » (Mt 12.7). Ce que Jésus semble dire,
c'est que les disciples furent « innocents » parce que la signification du
commandement du Sabbat n'est pas seulement « sacrifice » , c'est à dire, de
devoirs, en apparence religieux, envers Dieu, mais aussi « miséricorde », c'est
à dire, des attitudes et activités de compassion et de souci pour l'humanité,
motivées par la miséricorde rédemptrice de Dieu.
Selon Matthieu, dans ce contexte, Jésus
proclama Sa suzeraineté sur le Sabbat: « Car le Fils de l'homme est maître du
Sabbat » (12.8). Le fait que la suzeraineté du Christ sur le Sabbat, soit
reliée, dans Matthieu, à Lui-même étant « plus grand que le temple », et à la
miséricorde divine envisagée par le Sabbat, suggère que la suzeraineté de Jésus
sur le Sabbat soit déterminée par Son accomplissement messianique de Rédemption
et de miséricorde, symbolisées par le temple et le Sabbat. Cette interprétation
suggère que le repos messianique (11.28-29) et la suzeraineté messianique sur
le Sabbat (12.8) soient réunis théologiquement dans Matthieu, par le même motif
d'accomplissement de la Rédemption messianique préfigurée par le Sabbat.
Un
repos de restauration. La proclamation par le Christ de sa suzeraineté sur
le Sabbat est suivie immédiatement d'un second incident concernant la guérison
d'un homme à la main desséchée (Mt 12.9-14). La fonction de cet incident est de
démontrer comment Jésus exerçait Sa suzeraineté sur le Sabbat en offrant la
guérison et la restauration messianique ce jour-là.
Il convient de noter que chacune des sept
guérisons pendant le Sabbat, rapportées dans les Evangiles, sont accomplies par
le Christ, au profit de personnes chroniquement malades. Ces actes de guérison
intentionnels, accomplis par le Christ, le Sabbat, au profit de personnes
incurables, servent à démontrer comment Jésus accomplit les espérances
messianiques entretenues par la célébration du Sabbat.
Donald A. Carson, remarque que la guérison de
l'homme à la main desséchée « représente Jésus accomplissant une guérison
messianique ce jour-là. Ceci n'est-il pas une partie intégrante, essentielle de
l'exécution de motif d'accomplissement de Matthieu? Le repos que le Sabbat
avait toujours envisagé commence maintenant à apparaître.»[105]
Conclusion.
Cette étude brève montre que dans Matthieu, le repos du Sabbat de l'Ancien
Testament est vu comme étant actualisé par le Christ qui offre à Ses disciples
le repos messianique. Les deux épisodes de Sabbat , rapportés par Matthieu,
qualifient la signification du repos du Sabbat, premièrement comme Rédemption messianique, par ses
références à la miséricorde et aux services du Sabbat accomplis par les
sacrificateurs; et secondement, comme restauration
messianique, par l'exemple de sauvetage du mouton au jour du Sabbat, et du
rétablissement de la santé de l'homme malade. À la lumière de cette
compréhension messianique rédemptrice du Sabbat, comment le Sabbat était-il
observé dans la communauté de Matthieu et dans l'ensemble de l'église
apostolique? On considérera cette question dans le chapitre 5.
3. Le Sabbat dans Jean
Dans Jean, la relation
entre le Sabbat et le travail du salut par le Christ apparaît dans les deux
miracles du Sabbat, à savoir, la guérison du paralytique (Jn 5:1-18) et de
l’homme aveugle (Jn 9:1-41). Pour réfuter l’accusation d’avoir violé le Sabbat,
en ayant chargé le paralytique de transporter son lit, le Christ fit un énoncé
mémorable: « Mon Père travaille jusqu'à présent. Moi aussi, je travaille.» (Jn
5:17)
Quelle est la nature du «
travaille jusqu'à présent » du Père? Représente-t-elle une négation ou une clarification
de la loi du Sabbat? Pour répondre à cette question, nous considérerons
brièvement le sens de l’adverbe « jusqu'à présent », et la signification du
verbe « travaille » et les implications théologiques de ce passage.[106]
L’adverbe « jusqu'à présent ». Traditionnellement, la locution
adverbiale « jusqu'à présent » fut interprétée comme étant le travail continuel de Dieu (soit dans la
création, la préservation, ou la Rédemption) qui outrepasse ou abroge la loi du
Sabbat. Mais, est-ce que la locution adverbiale « jusqu'à présent » suggère que
Dieu est constamment au travail, sans
respect pour le Sabbat? L’adverbe même (« jusqu’à »), surtout quand il est
employé dans le Grec dans sa position emphatique devant le verbe, présuppose,
non la constance mais la culmination. La dernière est mise en
évidence par quelques traducteurs, par l’emploi de la forme emphatique « même
jusqu’à maintenant ».[107]
Cette locution adverbiale
présuppose un commencement (terminus a
quo) et une fin (terminus ad quem).
Le premier est apparemment le premier Sabbat, celui de la création (Gn 2:2-3)
et la dernière, le dernier repos du Sabbat, envisagé dans une déclaration
sabbatique, semblable, comme la « nuit… où personne ne peut travailler » (Jn
9:4). Ce que Jésus dit alors est que, même si Dieu se reposa le Sabbat à
l’achèvement de la création, à cause du péché, Il a travaillé « jusqu’à présent
» pour amener le repos promis du Sabbat, à sa réalisation.
Le verbe « travaille ». Qu’elle est la signification du verbe «
travaille » jusqu’à présent du Père? Dans l’Evangile de Jean, le travail et les
travaux de Dieu, sont à plusieurs reprises et explicitement identifiés, pas
avec la création divine continuelle, pas avec le maintien constant de l’univers, mais avec la
mission de salut du Christ.
Jésus déclare catégoriquement:
« Ce qui est l'oeuvre de Dieu, c'est
que vous croyiez en celui qu'il a
envoyé » (Jn 6:29).[108] Et encore: « Si je ne
fais pas les oeuvres de mon Père, ne
me croyez pas. Mais si je les fais,
quand même vous ne me croyez point, croyez à ces oeuvres, afin que vous
sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi et que je suis dans le Père »
(Jn 10:37-38; voir aussi 4:34; 14:11; 15:24).[109]
La nature rédemptrice des
oeuvres de Dieu est évidente dans la guérison de l’homme aveugle, puisque
l’acte est explicitement décrit comme la manifestation des « oeuvres de Dieu »
(Jn 9:3TOB). Ceci signifie alors que Dieu termina Ses oeuvres de création, le Sabbat, mais pas son travail en général. À cause du péché, Il est engagé dans une oeuvre
de Rédemption « jusqu’à présent ». On peut dire, en se servant des mots de A.T.
Lincoln: « En ce qui concerne le travail de la création, le repos de Dieu était
final, mais comme ce repos était destiné au profit de l’humanité, quand il fut
troublé par le péché, Dieu travailla dans l’histoire, pour accomplir son but
d’origine ».[110]
Les implications théologiques. Quelles sont les implications
théologiques de la défense du Christ? Fait-il appel au « travaille » de Son
Père pour annuler ou éclaircir la fonction du Sabbat?[111] Pour comprendre les implications
de la défense du Christ, on a besoin de se souvenir que le Sabbat est lié au cosmos par la création (Gn 2:2-3; Ex 20:11), et à l’Exode par la Rédemption (Dt
5:15).
En interrompant toute
activité séculière, l’Israélite se souvenait du Dieu-Créateur, en agissant
miséricordieusement envers ses semblables, il imitait le Dieu-Rédempteur. Ceci
était vrai, pas seulement dans la vie du peuple en général, qui durant le
Sabbat devait être compatissant envers les déshérités, mais surtout dans le
service des prêtres qui pouvaient légitimement accomplir le Sabbat, des travaux
défendus aux autres Israélites, parce que de tels travaux avaient une fonction
rédemptrice.
Sur la base de cette
théologie du Sabbat, admit par les Juifs, le Christ défend la légalité du «
travaille » que Lui et Son Père accomplirent le Sabbat. Le Christ fait appel
aux services du temple pour justifier Ses activités du Sabbat, parce que leurs
fonctions rédemptrices démontrent mieux Sa mission messianique et le but
divinement prévu du Sabbat.
Le Christ emploie encore
le même raisonnement de défense quand Il invoque l’exemple de la circoncision,
pour réduire au silence, l’écho de la controverse sur la guérison du
paralytique (Jn 7:22-24). Le Seigneur démontre que si c’est légitime, le Sabbat,
pour les prêtres de s’occuper d’une petite partie du corps de l’homme (selon le
raisonnement rabbinique, la circoncision a à faire à un des 248 membres de
l’homme)[112]
afin de transmettre à l’enfant nouveau-né, le salut de l’alliance,[113] il n’y a pas de raison
d’être « irritez » avec Lui d’avoir restauré en ce jour « un homme tout entier
» (7:23).
Le ministère rédempteur. Pour le Christ, le Sabbat est le jour pour
travailler à la Rédemption de l’homme dans
sa totalité. Ceci est confirmé par le fait que, dans les deux guérisons, le
Christ chercha les hommes guéris, le même jour, et les ayant trouvés, Il
pourvut à leur besoin spirituel (5:14; 9:35-38).
Les adversaires du Christ
ne pouvaientt pas percevoir la nature rédemptrice de Son ministère de salut, parce
qu’ils jugeaient « selon l'apparence » (7:24). Pour eux, le grabat et l’argile
sont plus important que la réunion sociale (5:10) et que le rétablissement de
la vue (9:14), symbolisés par ces choses. Par conséquent, il était nécessaire,
pour le Christ, d’agir contre les idées fausses qui régnaient, afin de rétablir
le Sabbat dans sa fonction positive.
Dans la guérison de Sabbat
de l’homme aveugle, décrit dans Jean 9, le Christ étend à ses disciples,
l’invitation de s’unir à la même chaîne rédemptrice, en disant: « Il nous faut
travailler, tant qu'il fait jour, aux oeuvres de celui qui m'a envoyé; la nuit
vient où personne ne peut travailler. » (9:4) La « nuit » se rattache
apparemment à la fin de l’histoire du salut, une fin que nous trouvons impliquer
dans la locution adverbiale « jusqu’à présent ». Une telle conclusion de
l’activité rédemptrice divine et humaine inaugura le dernier Sabbat, duquel le
Sabbat de la création était un prototype.
Pour accomplir ce dernier
Sabbat, la divinité « travaille » pour notre salut (Jn 5:17), mais aussi « il nous faut travailler » pour l’offrir aux
autres (9:4). Les considérations précédentes, indiquent que les deux guérisons
de Sabbat rapportées par Jean, justifient la signification rédemptrice du
Sabbat qu’on a déjà trouvé dans Luc et Matthieu, c’est à dire, un temps pour
ressentir et partager les bénédictions du salut accompli par le Christ.
Le Sabbat dans « Hébreux »
Le sens rédempteur du
Sabbat, qu’on a trouvé dans les Evangiles, est reflété dans le livre aux
Hébreux. L’auteur fait appel aux compréhensions eschatologiques existantes du
repos du Sabbat, pour établir un rapport entre le repos de Dieu, le septième
jour de la création (Hé 4:4), à tout le repos et la paix que Dieu avait
l’intention d’accorder à son peuple.
En reliant deux passages,
c’est à dire, la Genèse 2:2 et Psaume 95:7, 11, l’auteur explique pourquoi le
repos divin, promis à la création, ne fut pas épuisé quand les Israélites, sous
Josué, trouvèrent un lieu de repos dans Canaan; puisque Dieu offrit encore Son
repos « longtemps après » par David (Hé 4:7; cf. Ps 95:7). Par conséquent, le
repos du Sabbat, promis par Dieu et commencé par la venue du Christ, attend
encore une pleine réalisation (Hé 4:9). C’est en croyant en Jésus-Christ que le
peuple de Dieu peut enfin faire l’expérience « entrer » (43,10, 11) de « bonnes
nouvelles » du repos de Dieu, promis « le septième jour » de la création (4:4).
Une observation du Sabbat, littérale ou figurative? Quelle
déduction peut être légitimement tirée de ce passage concernant l’observation
actuelle et la compréhension du Sabbat parmi les destinataires des « Hébreux »?
La position de la majorité des commentateurs, est que ce passage ne fournit pas
d’indication que ces « Hébreux » Chrétiens observaient vraiment le Sabbat, ou
que l’auteur avait l’intention de donner une interprétation Chrétienne pour une
telle observation. Quelles sont les raisons présentées pour une telle position?
À la base, il y en a trois.[114]
Premièrement, il est
démontré que puisque l’auteur ne discute pas sur la véritable observation du
Sabbat, mais, sur la permanence et sur l’accomplissement de son repos par la
venue du Christ; aucune déduction peut-être tirée concernant sa véritable
observance.
Secondement, il est
signalé que puisque le « repos de sabbat réservé au peuple de Dieu » (4:9) est
une réalisation future, l’exhortation d’entrer dans le repos de Dieu (4:10,11)
n’a pas d’implication pour la présente observation du jour.[115]
Troisièmement, il est
présumé que, puisque l’auteur, dans de nombreux endroits, montre qu’avec
l’arrivée du Christ, certaines institutions de l’ancienne alliance sont
devenues « anciennes » (8:13; 7:11-9:28), le Sabbat fut vraisemblablement
envisagé comme appartenant aussi au passé.
Les « Hébreux » Chrétiens. À notre avis, aucun de ces arguments
n'est valide. Le premier argument manque de reconnaître que les destinataires
de l’épître (que ce soit les Gentils ou les Juifs Chrétiens) furent si attirés
à la liturgie Juive (de laquelle le Sabbat était une partie fondamentale),
qu’il n’était pas nécessaire, pour l’auteur, de discuter ou d’encourager son
observation. Ce que ces « Hébreux » Chrétiens avaient besoin réellement, tentés
comme ils le furent de retourner au Judaïsme,[116] était de comprendre le
sens de son observation à la lumière du premier avènement du Christ.
L’expérience présente. En ce qui concerne le second argument, il
peut à peine être dit que dans Hébreux, le repos du Sabbat est vu,
principalement en tant qu’allocation future, sans rapport à l’observation
présente du jour. Le repos du Sabbat qui est « réservé au peuple de Dieu »
(4:9) est présenté principalement en tant qu’expérience présente dans laquelle
ceux qui ont cru « entrons » (4:3).
Le verbe « entrons » (4:3)
est dans le temps présent, et dans le Grec, il est placé premier dans la phrase
pour souligner la réalité présente de l’expérience de ce « repos ». Il en est
de même du verbe « réservé » (4:9), que, s’il était enlevé de son contexte,
pourrait supposer une perspective sur l’avenir, mais dans son contexte, il se
rapporte au temps de Josué (4:8), afin d’accentuer la permanence présente du
repos du Sabbat pour le peuple de Dieu.
Ancien ou réservé? Ceci nous amène au troisième argument, qui
maintient que le Sabbat de l’Ancien Testament est un type ou un ombre du repos
final, que le Christ a rendu disponible à Son peuple, et que, par conséquent,
sa fonction se terminait avec Sa venue.
Est-ce que Hébreux
enseigne que le Sabbat, tel que le temple et ses services, termine sa fonction
avec l’arrivée du Christ? On a noté dans le chapitre 2, que tandis que l’auteur
d’Hébreux déclare le sacerdoce Lévitique et ses services abolis (10:9), démodés
et « sur le point de disparaître » (8:13), il présente explicitement le « repos
du Sabbat » comme bienfaits divins qui sont encore « réservés » (4:9).
Le verbe « réservé— apoleipetai » signifie
littéralement « être laissé de côté ». Littéralement traduit, le verset 9 se
lit: « Alors un repos du Sabbat est laissé de côté pour le peuple de Dieu ». La
permanence du Sabbat est aussi supposée dans l’exhortation de s’efforcer «
d'entrer dans ce repos » (4:11). Le fait qu’on doit faire des efforts pour «
entrer dans ce repos » suppose que l’expérience du « repos » du Sabbat à aussi
une réalisation future et par conséquent, ne peut avoir été terminé avec
l’arrivé du Christ.
La nature du repos du Sabbat. Quelle est la nature de ce « repos de
Sabbat » qui est encore réservé pour le peuple de Dieu (4:9)? Est-ce que
l’auteur pensait à une observation du Sabbat littérale ou spirituelle? Le
verset 10 décrit la caractéristique fondamentale de l’observation Chrétienne du
Sabbat, c’est à dire, la cessation du travail: « Car celui qui entre dans le
repos de Dieu se repose de ses oeuvres, comme Dieu s'est reposé des siennes.»
Historiquement, la
majorité des commentateurs ont interprété la cessation du travail d’Hébreux
4:10 dans un sens figuratif, c’est à dire, comme une « abstention du travail
servile,» ce qui signifie, des activités pécheresses.[117] Ainsi, l’observation du
Sabbat, par les Chrétiens, ne signifie pas l’interruption du travail
journalier, le septième jour, mais l’abstention d'actions pécheresses en tout
temps.
Pour soutenir ce point de
vue, on fait appel à la référence d’Hébreux aux « oeuvres mortes » (6:1; 9:14).
Cependant, un tel concept, ne peut pas être relu dans Hébreux 4:10, où une
comparaison est faite entre la cessation humaine et divine d’« oeuvres ». Il
serait absurde de penser que Dieu cessa d’oeuvres impures. Le point d’analogie
est simplement que comme Dieu cessa le septième jour du travail de sa création,
ainsi les croyants ont à cesser le même jour de leurs travaux. Ceci est un
simple énoncé de la nature de l’observation du Sabbat, qui comprend
essentiellement la cessation de travaux.
Une observation littérale du Sabbat. Un support d’avantage pour une
compréhension littérale de l’observation du Sabbat est fourni par l’usage
historique du substantif « sabatismos—
repos de Sabbat » qui se trouve dans Hé 4:9. Ce terme se trouve seulement une
fois dans le Nouveau Testament, mais il est employé plusieurs fois dans la
littérature subséquente du Nouveau Testament, par Plutarque, Justin, Épiphane,
les Constitutiones Apostolorum, et
les Martyres de Pierre et de Paul
[Martyrdom of Peter and Paul][118]
en tant que terme technique pour l’observation du Sabbat.
A. T. Lincoln reconnaît
que dans chacun de ces exemples ci-dessus, « le terme signale l’observation ou
la célébration du Sabbat. Cet usage correspond à l’usage du verbe apparenté Sabbatizo de la Septante (cf. Ex 16:30;
Lv 23:32; 26:34; 2 Ch 36:21); lequel aussi a référence à l’observation du
Sabbat. Ainsi, l’auteur des Hébreux dit que depuis le temps de Josué,
l’observation du repos du Sabbat a été inachevée ».[119] Nous concluons alors,
que la référence de la cessation du travail, dans le verset 10, et le terme «
sabatismos— observation du Sabbat » employé dans le verset 9, rend abondamment
clair que l’auteur pense à une observation littérale du Sabbat.
La signification de l’observation du Sabbat. Est-ce que l’auteur
des Hébreux encourage simplement ses lecteurs d’interrompre leurs activités
séculières, le Sabbat? Considérant l’intérêt de l’auteur des Hébreux de
contrebalancer la tendance de ses lecteurs d’adopter la coutume juive
liturgique, en tant que moyen pour gagner accès à Dieu, l’auteur peut à peine
avoir seulement accentué l’aspect de « cessation » physique de l’observation du
Sabbat. Cet aspect donne seulement une idée négative du repos, laquelle, même,
servirait seulement à encourager les dispositions judaïsantes existantes.
Evidemment alors, l’auteur attribue un sens plus profond du repos du Sabbat.
Ce sens plus profond,
peut-être vu dans l’antithèse que l’auteur fait entre ceux qui manquent
d’entrer dans le repos de Dieu à cause de leur « incrédulité—apeitheias » (Hé 4:6, 11)— ce qui est
l’infidélité qui résulte en désobéissance— et ceux qui entrèrent dans le repos
par la « foi—pistei » (4:2,3)— ce qui
est la fidélité qui résulte en obéissance.
L’acte du repos le Sabbat,
pour l’auteur des Hébreux, n’est pas simplement une routine (cf. « sacrifice »
Mt 12:7) mais plutôt une réponse de foi envers Dieu. Une telle réponse
entraîne, pas l’endurcissement de son coeur (4:7), mais une consécration pour
entendre « sa voix » (4:7). Ça signifie faire l’expérience du repos du salut de
Dieu, pas par les « oeuvres » mais
par la « foi » (4:2, 3, 11), pas par faisant mais par étant sauvé par la foi.
Le Sabbat, comme Jean Calvin l’a si bien exprimé, les croyants doivent « cesser
leurs travaux pour permettre à Dieu de travailler en eux ».[120]
Le repos du Sabbat qui
reste pour le peuple de Dieu (Hé 4:9) n’est pas un simple jour d’inactivité,
pour l’auteur des Hébreux, mais plutôt une opportunité renouvelée chaque
semaine pour entrer dans le repos de Dieu,
c’est à dire, de se libérer des soucis du travail afin de faire librement
l’expérience par la foi du repos de Dieu de sa création et Rédemption.
L’expérience du Sabbat,
des bénédictions du salut, n’est pas épuisée dans le présent, puisque l’auteur
encourage ses lecteurs à s’efforcer « d'entrer dans ce repos » (4:11). Cette
dimension future du repos du Sabbat, montre que l’observation du Sabbat dans
Hébreux exprime la tension entre le « déjà » et le « pas encore »; entre
l’expérience présente du salut et son but eschatologique dans le Canaan
céleste.
Cette interprétation
développée de l’observation du Sabbat à la lumière de l’événement du Christ,
était apparemment conçu pour éloigner les Chrétiens d’une compréhension trop
matérialiste de son observation. Pour atteindre ce but, l’auteur, d’un côté
rassure ses lecteurs de la permanence des bénédictions envisagées par le repos
du Sabbat, et de l’autre côté, explique que la nature de ces bénédictions
consiste dans l’expérience d’un présent repos du salut, et d’un repos futur de
restauration que Dieu offre à ceux qui ont « cru » (4:3).
Conclusion
Dans ce chapitre, nous
avons trouvé que Luc, Matthieu, Jean et Hébreux partagent une compréhension
commune du sens rédempteur du Sabbat, à la lumière de la mission du Christ.
L’arrivée du Christ est vue comme l’actualisation et la réalisation de la
typologie rédemptrice du Sabbat. Par sa mission rédemptrice, le Christ offre
aux croyants la « liberté » (Lc 4:18) et le « repos » (Mt 11:28) sabbatiques
qu’ils attendaient.
À la lumière de la croix,
le « repos de sabbat réservé au peuple de Dieu » (Hé 4:9) n’est pas seulement
une cessation physique du travail, pour commémorer la création parfaite de
Dieu, mais est aussi une entrée spirituelle dans le repos de Dieu (Hé 4:10)
rendue possible par la Redemption complète du Christ. L’acte physique du repos
devient le véhicule par lequel chacun fait l’expérience du repos spirituel.
Nous cessons notre travail journalier pour permettre à Dieu de travailler en
nous, plus librement et plus complètement.
Le Nouveau Testament
reconnaît aussi la dimension eschatologique du Sabbat. L’assurance du Christ,
que Lui et Son Père « travaille jusqu’à présent » (Jn 5:17) pour réaliser le
repos final du Sabbat, est reflétée dans l’exhortation d’Hébreux à s’efforcer «
d'entrer dans ce repos » (4:11). Ainsi le Sabbat est vu comme un temps pour
faire l’expérience des bénédictions actuelles du salut, qui cependant, seront
pleinement réalisées dans ce dernier Sabbat, quand, comme l’exprime éloquemment
Augustin, « nous nous reposerons et verrons, verrons et aimerons, aimerons et
glorifirons ».[121]
Les sens créatifs et
rédempteurs, que nous avons trouvé exprimés dans le Nouveau Testament, nous
mènent à considérer la pratique actuelle de l’observation du Sabbat au temps du
Nouveau Testament. Comment les croyants observaient-ils le Sabbat en ce temps?
Nous dirigerons notre attention sur cette question dans le chapitre suivant.
L’observation du Sabbat dans le Nouveau Testament
Ma quatrième
raison pour croire dans la permanence du principe et de la pratique de
l’observation du Sabbat, se trouve dans les allusions du Nouveau Testament au
fait et à la manière de son observation.
Ce chapitre examine
brièvement les indications implicites et explicites de la pratique de
l’observation du Sabbat au temps du Nouveau Testament. Il sera montré,
peut-être à la surprise de certains qui croient autrement, que les croyants du
Nouveau Testament observaient le Sabbat, mais avec une nouvelle signification
et d’une nouvelle manière.
1. Le fait de l’observation du Sabbat
Indications implicites. Le Nouveau Testament fournit des
indications implicites et explicites de l’existence de l’observation du Sabbat,
dans les communautés Chrétiennes. Implicitement, il est suggéré par l’exceptionnel
champ d’application donné par les évangélistes du ministère sabbatique de
Jésus.
Il est généralement
reconnu aujourd’hui que les Evangiles furent composés, pas comme de simples
biographies de la vie u Christ, mais comme des guides théologiques, pour
promouvoir la foi Chrétienne. La sélection que les évangélistes choisirent de
ce que Jésus dit et fit, était déterminée par les anxiétés prédominantes de
leurs temps.
Le fait que les
évangélistes ne rapportent pas moins de sept épisodes de guérison, le Sabbat,
en plus des controverses subséquentes,[122] indique la grande
importance attachée à l’observation du Sabbat, dans leurs communautés
respectives, au temps où ils écrivirent leurs Evangiles. L’exemple, et
l’enseignement de Jésus, le Sabbat, reçoivent d’abondants champs
d’applications, parce qu’ils fournissent pour ces jeunes communautés
chrétiennes la norme pour déterminer la nouvelle signification et manière d'observer
le Sabbat.
Indications
explicites. Plusieurs indications explicites de l’observation du Sabbat peuvent être
vues dans les Evangiles. Matthieu, par exemple, explique que les « disciples
eurent faim » (12:1) le Sabbat, quand ils arrachèrent des épis de blé. Le souci
de l’évangéliste d’expliquer que les disciples ne violèrent pas le Sabbat négligemment,
suggère, comme Gerhard Barth l’écrit, que « dans la congrégation de Matthieu,
le Sabbat était encore observé, mais pas dans le sens stricte du rabbinat.»[123]
L’avertissement
du Christ concernant le Sabbat. Une autre indication de l’observation du Sabbat se trouve
dans l’avertissement unique du Christ concernant la destruction de Jérusalem: «
Priez pour que votre fuite n'arrive pas en hiver, ni un jour de sabbat » (Mt
24:20). Le fait que le Sabbat soit mentionné ici, pas pour faire la polémique,
mais en passant, comme un facteur défavorable pour la fuite des Chrétiens de
Jérusalem, implique, d’un coté, que le Christ ne prévoyait pas sa substitution
par un autre jour d’adoration, et de l’autre coté, comme le dit A.W. Argyle, «
le Sabbat était encore observé par les Chrétiens Juifs quand Matthieu écrivit.»[124]
L’exemple
des femmes. Luc fournit une indication importante de l’observation du Sabbat dans son
récit de la Passion. Il décrit comment les femmes suivirent leur Seigneur à la
croix, aux risques de leurs vies. Après avoir vu leur Seigneur couché dans la
tombe, elles se hâtèrent vers leurs maisons pour préparer « des aromates et des
parfums » (Lc 23:56) parce que « le sabbat allait commencer » (v.54).
C’est digne d’attention
que, malgré leur dévotion à leur Maître, les femmes avaient conscience qu’elles
ne pouvaient pas procéder à embaumer Son corps, parce que ceci aurait signifié
la profanation du Sabbat. Ainsi « elles se reposèrent le jour du sabbat, selon
la loi » (Lc 23:56) et très tôt, le premier jour de la semaine, elles allèrent
au tombeau pour continuer leur travail. Le fait que Luc prend la peine de
rapporter que les femmes avaient conscience qu’elles ne pouvaient violer le
Sabbat, même pour rendre honneur à leur Maître mort, est indicatif du haut
respect dans lequel le Sabbat était tenu au moment de son écrit.
L’exemple de Paul. Luc, à plusieurs reprises, mentionne la coutume
à Paul d’enseigner et d’adorer, dans la synagogue, le Sabbat. Après le martyre
d’Étienne, Paul alla à Damas, cherchant les Chrétiens dans les synagogues (Ac
9:2; 22:19), ce qui impliquerait qu’ils fréquentaient encore les services du
Sabbat.
Plus tard dans son
ministère, Paul « selon sa coutume » (Ac 17:2) se rencontre régulièrement le
Sabbat dans les synagogues, ou en plein air, pas seulement avec les Juifs (Ac
13:14; 17:2; 18:4) mais aussi avec les Gentils (Ac 13:44; 16:13; 18:4). Ceci
indique qu’aucune séparation radicale chrétienne ne s’était produite jusqu’ici
avec le calendrier et le lieu de culte Juif.
En plus des indications implicites suggérées par
l’exceptionnel champ d’applications, le Nouveau Testament contient des
indications explicites d’actions et de manière d’observer du Sabbat. Que le
lecteur se rapporte au chapitre 5 où ces indications sont présentées.
La malédiction des Chrétiens. Il est impossible de déterminer
combien de temps les Chrétiens continuèrent à fréquenter les services du Sabbat
dans la synagogue. Nous savons que certains d’eux fréquentaient encore les
services à la synagogue vers la fin du premier siècle, parce que à ce moment
là, les autorités rabbiniques introduisirent un test pour détecter leur
présence dans la synagogue.[125]
Ce test consistait en une
malédiction incorporée dans la prière journalière— Shemoneh Esreh— et devait être prononcée contre les Chrétiens, par
n’importe quel participant dans le service de la synagogue. Le but de la
malédiction était d’interdire la présence des Chrétiens, et/ou leur
participation dans les services de la synagogue. L’implication évidente est que
certains Chrétiens fréquentaient encore les services du Sabbat à la synagogue.
Les Nazaréens. Une évidence significative de la pratique de
l’observation du Sabbat parmi les Palestiniens-Chrétiens primitifs, est fournie
par le témoignage d’Épiphane, Evêque de Salamis (315-403), concernant la secte
des Juifs Chrétiens, des Nazaréens. L’évêque, un natif de la Palestine,
explique que les Nazaréens furent les descendants directs de la communauté
Chrétienne de Jérusalem, lesquels émigrèrent à Pella, avant la destruction de
Jérusalem en l’an 70 de notre ère.[126]
Malgré l’effort d’Épiphane
de traiter les Nazaréens d’« hérétiques » parce qu’« ils pratiquent les coutumes et les doctrines
prescrites par la loi Juive, » rien d’hérétique à leur sujet n'apparaît dans
l’exposé assez considérable qu’il donne de leurs croyances. La différence
fondamentale entre les Nazaréens et les « vrais Chrétiens » est, selon
Épiphane, le fait que les premiers « accomplissent jusqu’à présent, de tels
rites Juifs, comme la circoncision et le Sabbat.»[127] Les dernières pratiques
peuvent à peine qualifier les Nazaréens d’« hérétiques » puisqu' elles étaient
observées par l’église primitive de Jérusalem.
Le fait que les Nazaréens,
qui représentent les descendants directs de l’Eglise de Jérusalem, maintiennent
l’observation du Sabbat, comme une de leurs caractéristiques distinctives,
jusqu’au moins le quatrième siècle, montre d’une manière persuasive que
l’Eglise de Jérusalem observait le Sabbat durant l’âge apostolique. Ce fait
discrédit toute tentative de faire de l’Eglise de Jérusalem le pionnier de
l’observation du Dimanche.
Conclusion. Les indications déjà citées établissent d’une façon
abondamment claire que les croyants du Nouveau Testament continuaient la
pratique la pratique de l’observation du Sabbat. La nécessité de changer le
jour d’adoration du Samedi au Dimanche commença après la fin de l’âge
apostolique, dans la première partie du second siècle. Les facteurs politiques,
sociaux, païens, et religieux qui ont contribué à ce changement, sont examinés
longuement dans mon livre Du Sabbat au
Dimanche.
2. La manière d’observer le Sabbat
Nouvelles places d’adoration. Comment les croyants du Nouveau
Testament observaient-ils le Sabbat? Au commencement, la plupart des Chrétiens
allaient aux services du Sabbat à la synagogue Juive (Ac 13:14, 43, 44; 17:2;
18:4). Peu à peu, cependant, les Chrétiens établirent leurs propres places
d’adoration.
Matthieu suggère que le
processus de séparation eût déjà commencé au temps de ses écrits, parce qu’il
parle du Christ qui « se rendit dans leur
synagogue » (Mt 12:9).[128] Le pronom « leur » suggère que la communauté de
Matthieu dans son ensemble ne participât pas plus aux services du Sabbat à la
synagogue Juive, au temps ou fut écrit l’Evangile. Ils avaient vraisemblablement
organisé leur propre lieu de réunion d’adoration à ce moment là.
La distinction dans
l’observation du Sabbat entre les communautés chrétiennes et Juives, devint
bientôt, pas seulement topologique, mais aussi théologique. Les histoires
variées, concernant le Sabbat, rapportés dans les Evangiles, reflétaient
l’existence d’une controverse en progression entre les assemblées Chrétiennes
et les synagogues Juives, qui, dans certains cas, peuvent avoir eu lieu chaque
coté de la rue.
La controverse se centrait
principalement sur la manière d’observer le Sabbat. Ce jour, devait-il être
avant tout observé comme « sacrifice », c’est à dire, comme un accomplissement
superficiel de la loi du Sabbat? Ou, ce jour, devait-il être observé comme «
miséricorde », c’est à dire, comme une occasion de montrer de la compassion et
de faire le bien à ceux dans le besoin? (Mt 12:7)
Un jour pour faire le bien. Pour défendre la compréhension
chrétienne de l’observation du Sabbat, comme un jour pour célébrer la
Rédemption messianique en faisant preuve de « miséricorde » et en faisant le «
bien » à ceux dans le besoin, les évangélistes font appel à l’exemple et à
l’enseignement de Jésus. Par exemple, dans la guérison de la femme paralysée,
Luc met en contraste deux concepts différents, d’observation du Sabbat: Celui
du Chef de la synagogue contre celui du Christ. Pour le Chef, le Sabbat se
compose de règles à obéir, plutôt que d’aimer le peuple (Lc 13:14). Pour le
Christ, le Sabbat était un jour pour apporter la libération physique et
spirituelle à un peuple nécessiteux (Lc 13:12, 16).
Le Christ remet en
question l’idée fausse du Chef, en faisant appel aux coutumes admises
d’abreuver les animaux, le Sabbat. Si les besoins journaliers d'animaux
pouvaient être satisfaits le Sabbat, bien plus alors, les besoins d’« une fille
d'Abraham et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans »! Ne fallu pas « la
détacher de ce lien le jour du sabbat?» (Lc 13:16)
Un jour pour sauver. Cette compréhension humanitaire du Sabbat est
exprimée aussi dans l’épisode de la guérison de l’homme à la main sèche,
rapporté par les trois synoptiques (Mc 3:1-6; Mt 12:9-14; Lc 6:6-11). Dans
cette circonstance, Jésus répond à la question posée par une députation de
scribes et de Pharisiens, concernant la légitimité de guérir le Sabbat, en
posant une question de principe: « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire
du bien ou de faire du mal, de sauver une personne ou de la tuer?» (Mc 3:4; Lc
6:9)
Il est remarquable que
dans les deux, Marc et Luc, le Christ substitue pour le verbe « guérir » (therapeuein), employé dan la question,
les verbes « faire du bien » (agathopoiein)
et « sauver » (sozein). La raison
pour ce changement est le souci du Christ, d’englober, pas une sorte, mais
toutes sortes d’activités bienveillantes dans les limites de l’intention de la
loi du Sabbat. Une telle interprétation large de la fonction du Sabbat, ne
trouve aucun parallèle dans les concessions rabbiniques.
Un jour de service bienveillant. Selon Matthieu, le Christ expliqua
le principe de l’observation du Sabbat comme un temps de service bienveillant,
en ajoutant une seconde question contenant un exemple concret: « Lequel d'entre
vous, s'il n'a qu'une brebis et qu'elle tombe dans une fosse le jour du sabbat,
ne la saisira pour l'en retirer? Combien un homme ne vaut-il pas plus qu'une brebis!»[129] (Mt 12:11-12) Par les
deux, la question de principe et par son illustration, le Christ révèle la valeur primordiale du Sabbat, comme un
jour qui fait honneur à Dieu en montrant de l’intérêt et de la compassion pour
les autres.
Malheureusement, avec
l’accumulation de restrictions (Mc 7:9), l’observation de ce jour fut réduite à
une religiosité légaliste, plutôt que l’opportunité d’offrir un service
affectueux au Rédempteur-Créateur, en servant ceux qui sont dans le besoin. Le
croyant qui éprouve la bénédiction du salut, le Sabbat, automatiquement, sera
incité « pour sauver », et pas « pour tuer » les autres.
Les accusateurs du Christ,
en ne montrant pas d’intérêt pour le bien-être physique et spirituel des
autres, le Sabbat, révélaient leur manque de compréhension et d’expérience du
Jour Saint de Dieu. Plutôt que de célébrer la bonté de Dieu, le Sabbat, en
s’engageant dans un ministère de délivrance, ils s’engageaient dans des efforts
destructeurs, cherchant des défauts et
concevant des méthodes pour tuer le
Christ (Mc 3:2-6).
Compréhension ou malentendu. La nouvelle valeur humanitaire que le
Christ plaçait sur le Sabbat, est exprimée dans Matthieu, avec une assurance
absolue: « Il est donc permis de faire du bien les jours de sabbat » (Mt
12:12). Incapable d’accepter une telle interprétation positive du Sabbat, Willy
Rordorf accuse Matthieu de « commencer le malentendu moraliste de l’attitude de
Jésus envers le Sabbat.»[130]
Est-il juste pour un érudit
moderne d’imputer à un écrivain évangéliste, de malentendu concernant l’enseignement de Jésus envers le Sabbat?
Même si l’exactitude du rapport de Matthieu, aurrait pu être discréditée, son
interprétation ne représente-t-elle pas encore la vue d’un apôtre et de sa
communauté?
La compréhension de
Matthieu du Sabbat comme un jour pour « faire le bien » (Mt 12:12) et pour
témoigner la « miséricorde » plutôt que de la religiosité (Mt 12:7), n’est-elle
pas pleinement partagée par les trois autres évangélistes? Dans Marc et Luc, le
Christ est cité, disant la même chose par le moyen de question rhétorique;
précisément que durant le Sabbat il est permis « de faire le bien » et « de
sauver » (Mc 3:4; Lc 6:9).
Dans Luc, on rapporte que
le Christ dit que le Sabbat est le jour pour libérer le genre humain des liens
physiques et spirituels (Lc 13:12,16). Dans Jean, le Christ invite Ses
disciples à participer à l’activité divine rédemptrice du Sabbat (Jn 9:4; 5:17;
7:22-23). Donc, la vue unanime des Evangiles est que le Christ présente le
Sabbat en tant que temps pour servir Dieu, surtout en rendant des services qui
démontrent de l'affection envers l’être humain dans le besoin.
Une nouvelle compréhension chrétienne. La nouvelle compréhension du
Sabbat, comme un temps, pas de désoeuvrement passif, mais de service affectueux
et actif, pour les âmes nécessiteuses, représente une déviation radicale de
l’observation contemporaine Juive du Sabbat. Ceci est aussi attesté dan un
document primitif connu comme l’Epître à
Diognète (entre 130-200 de notre ère) où les Juifs sont accusés d’avoir «
parlé faussement de Dieu », parce qu’ils prétendent qu’« Il (Dieu) nous
interdit de faire ce qui est bon les jours de Sabbat— comment n’est-il pas
impie?»[131]
La compréhension
humanitaire positive de l’observation du Sabbat, est enracinée dans
l’accomplissement du Christ de la typologie rédemptrice du Sabbat, que nous
trouvons mise en évidence de plusieurs façons dans les Evangiles. Envisageant
le repos et la Rédemption typifiés par le Sabbat de l’Ancien Testament, comme
réalisés par la mission rédemptrice du Christ, les croyants du Nouveau
Testament considéraient l’observation du Sabbat comme un jour pour célébrer et
faire l’expérience de la rédemption-repos messianique, en témoignant de la «
miséricorde » et en faisant « le bien » à ceux dans le besoin. Ce que ceci
signifie pour nous Chrétiens d’aujourd’hui, c’est que sur le Sabbat et pendant
le Sabbat, nous célébrons les accomplissements créateurs et rédempteurs du
Christ, en accomplissant des fonctions rédemptrices envers les autres.
3. Conclusion
Dans les quatre derniers
chapitres, j’ai présenté des indications pour la permanence du principe et de
la pratique de l’observation du Sabbat dans le Nouveau Testament. La première
raison, expliquée dans le chapitre 2, est que l’observation du Sabbat est
impliquée dans le Nouveau Testament par la forte perception de continuité avec
l’héritage religieux de l’Ancien Testament.
La seconde raison,
présentés dans le chapitre 3, est que le Nouveau Testament, ne regarde pas le
Sabbat comme une cérémonie mosaïque pour les Juifs, mais en tant qu’institution
de la création, pour le genre humain. La troisième raison, soumise dans le
chapitre 4, est que le Nouveau Testament voit l’arrivée du Christ, pas comme la
terminaison, mais comme l’actualisation, la réalisation de la typologie
rédemptrice du Sabbat. A la lumière de la croix, le Sabbat commémore, pas
seulement les accomplissements de la création de Dieu, mais aussi Ses
accomplissements rédempteurs pour le genre humain.
La quatrième raison,
discutée dans le chapitre 5, est que le Nouveau testament offre des indications
implicites et explicites, concernant le fait et la manière d’observer le
Sabbat. Ma conclusion alors, est que le Nouveau Testament voit le principe et
la pratique de l’observation du Sabbat, pas comme étant abrogés ou transférés
au Dimanche, mais comme ayant une validité et valeur permanente pour les
Chrétiens. Le Sabbat n’est pas annulé,
mais éclairci par le ministère de
salut et l’enseignement du Christ.
Paul et la loi
Dans la discussion du
Sabbat-Dimanche, il fut de coutume d’appeler à Paul dans la défense de la vue
de l’abrogation de la loi de l’Ancien Testament, en général, et du Sabbat, en
particulier. Etant donné l’immense importance attribuée aux commentaires de
Paul concernant la loi et le Sabbat, dans ce chapitre, nous considérerons
l’attitude de Paul envers la loi en général. Cette étude fournira la base pour
examiner, dans le chapitre suivant, la vue de Paul du Sabbat en particulier.
La procédure. Pour déterminer la vue de Paul sur la loi, nous
procéderons en examinant, premièrement la tension apparente entre les énoncés
négatifs et positifs de Paul au sujet de la loi. Secondement, nous nous
efforcerons de trouver une solution à cette tension, en faisant une distinction
dans les écrits de Paul, entre les fonctions morales et de sotériologie de la
loi, et en reconnaissant que sa critique de la loi est dirigée, pas vers les
Juifs Chrétiens, mais vers les Gentils judaïsants.
Les usages du terme « loi »
Significations variées. Paul emploie ce terme « loi—nomos » au moins 110 fois dans ses
épîtres, mais pas d’une façon uniforme. Le même terme « loi » est employé par
Paul se référant à de telles choses comme la loi mosaïque (Ga 4:21; Rm 7:22,25;
1 Co 9:9), tout l’Ancien Testament (1 Co 14:21; Rm 3:19,21); la volonté de Dieu
écrite dans le coeur des Gentils (Rm 2:14-15); le principe gouvernant la
conduite (oeuvres ou foi— Rm 3:27); les mauvaises inclinations (Rm 7:21) et la
direction de l’Esprit (Rm 8:2).
Quelquefois le terme « loi
» est employé par Paul d’une façon personnelle, comme si elle était Dieu
Lui-même: « Tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi »
(Rm 3:19). Ici le mot « loi » pourrait être remplacé avec le mot « Dieu » (cf.
Rm 4:15; 1 Co 9:8).
Notre intérêt immédiat
n’est pas de constater les usages variés Paulinien du terme « loi », mais
plutôt d’établir le point de vue de l’apôtre envers la loi de l’Ancien
Testament, en général. Paul, enseigna-t-il que le Christ abrogea la loi
mosaïque en particulier et/ou la loi de l’Ancien Testament en général, et que,
par conséquent, les Chrétiens ne sont pas obligés de les observer? Cette vue a
prédominé dans la plupart de l’histoire chrétienne, et est encore obstinément
défendue par de nombreuses églises antinomiennes.
Un double concept de la loi
Une
tension apparente. Plusieurs études récentes ont relevé cette interprétation traditionnelle.
Il est signalé par exemple que Paul a un « double concept » de la loi, « disant
parfois qu’elle est bonne et a été accomplie en Christ, et parfois qu’elle est
mauvaise et a été abolie en Christ.»[132]
Dans Éphésiens 2:15, Paul
parle de la loi comme ayant été « aboli »
la loi (Ep 2:15TOB) par le Christ, tandis que dans Romains 3:31, il
explique que la justification par la foi en Jésus-Christ ne renverse pas la
loi, mais la « confirme ». Dans
Romains 7:6, il déclare que maintenant nous sommes « dégagés de la loi » (Rm
7:6), tandis que quelques verset après, il écrit que « la loi est sainte, et le
commandement saint, juste et bon » (Rm 7:12).
Dans Romains 10:4, Paul
écrit que le « Christ est la fin de la loi », tandis que dans le chapitre
8:3-4, il explique que le Christ vint « dans une chair semblable à celle du péché…
et cela, pour que la justice prescrite par la loi soit accomplie en nous ».
Dans Romains 3:28, il maintient que « l'homme est justifié par la foi, sans les
oeuvres de la loi », cependant dans 1 Corinthiens 7:19, il déclare que « la
circoncision n’est rien, et l’incirconcision n’est rien, mais c’est
l’observation des commandements de Dieu (qui compte) ». Dans 2 Corinthiens 3:7,
Paul désigne la loi comme « le ministère de la mort », tandis que dans Romains
3:2, il la voit comme une part des « oracles de Dieu » confiés aux Juifs.
Une résolution de la tension. Est-il possible de réconcilier les
énoncés de Paul apparemment contradictoires concernant la loi? Comment Paul
peut-il voir la loi comme « abolie » (Ep 2:15) et en même temps « confirmée »
(Rm 3:31); inutile (Rm 3:28) et nécessaire (1 Co 7:19; Ep 6:2,3; 1 Tm 1:8-10)?
Une explication populaire
dit que les énoncés négatifs de Paul, se rapportent à la loi cérémonielle de
Moïse, tandis que les énoncés positifs, se rapportent à la loi morale des dix
commandements. Cependant, une telle explication, est basée sur une distinction
arbitraire entre les lois morales et cérémonielles, laquelle ne peut pas être
trouvée dans les écrits de Paul.
L’explication correcte se
trouve dans les contextes différents dans lesquels Paul parle de la loi. Quand
il parle de la loi, dans le contexte de salut (justification— déclarer juste
devant Dieu) il affirme clairement que l’observation de la loi, est sans effet
(Rm 3:20).
De l’autre côté, quand
Paul parle de la loi dans le contexte de la conduite chrétienne
(sanctification— vivant juste devant Dieu), alors il maintien la validité et la
valeur de la loi de Dieu (Rm 7:12; 13:8-10; 1 Co 7:19). Par exemple, quand Paul
parle des formes variées de la perversité humaine, dans 1 Tm 1:8-10; il affirme
explicitement « nous savons bien que la loi est bonne » (v.8).
La croix du Christ. La croix du Christ est centrale à la
compréhension de Paul envers la loi. De cette perspective, il annule ou affirme
la loi. Négativement, l’apôtre répudie la loi comme base de la justification: «
Si la justice (s'obtient) par la loi, Christ est donc mort pour rien » (Ga
2:21).
Positivement, Paul
enseigne que la loi est « spirituelle, bonne, sainte et juste » (Rm 7:12, 14,
16; 1 Tm 1:8) parce qu’elles expose le péché et révèle les standards moraux de
Dieu. Ainsi il déclare que le Christ vint « pour que la justice prescrite par
la loi soit accomplie en nous » par le pouvoir dynamique de on Esprit (Rm 8:4).
Trois
fois Paul affirme que « la circoncision
n’est rien, et l’incirconcision n’est rien » et chaque fois il conclue cette
déclaration avec une expression différente: « mais c’est l’observation des
commandements de Dieu (qui compte) » (1 Co 7:19); « mais la foi qui est
agissante par l’amour » (Ga 5:6); « c’est d’être une nouvelle créature » (Ga
6:15). Le parallélisme suggère que Paul met en équation l’observation des
commandements de Dieu, avec une foi agissante et une nouvelle vie en Christ. Le
chrétien, alors, n’est pas sous la loi, comme moyen de salut, mais est sous la
loi, comme une révélation de Dieu des critères moraux pour sa vie. Paul rejette
la loi en tant que moyen de salut, mais
il l’établit comme critère, pour la
conduite chrétienne.
3. La loi et les Gentils
Pour voir la critique de Paul
de la loi, en perspective, il est important de réaliser que les lettres de Paul
furent écrites à des assemblées composées d’une manière prédominante de Gentils
convertis, la plupart d’entre eux étaient auparavant des « craignants de Dieu »
(1 Th 1:9; 1 Co 12:2; Ga 4:8; Rm 11:13; Col 1:21; Ep 2:11). Un problème crucial
pour les Gentils Chrétiens étaient leur droit, en tant que Gentils, de jouir
pleinement de citoyenneté dans le peuple de Dieu, sans devenir membres de la
communauté de l’alliance par la circoncision.
Un problème Juif. Ceci n’était pas uniquement un problème Chrétien.
W.D. Davies a récemment signalé que la relation d’Israël avec le monde des
Gentils, était le principal problème théologique du Judaïsme dans le premier
siècle.[133]
A la base, le problème pour les Juifs consistait à déterminer quels
commandements les Gentils devaient observer afin qu’ils puissent avoir une part
dans le monde à venir.
Une réponse nette à cette
question n’existait pas au temps de Paul. Certaine Juifs étaient d’avis que les
Gentils devaient observer seulement un nombre limité de commandements (les lois
de Noé). D’autres Juifs, cependant, tel que, la Famille de Shammai, insistaient
que les Gentils devaient observer toute la loi, y comprenant la circoncision.
En d’autres termes, ils devaient devenir membres à part entière (prosélytes) de
la communauté de l’alliance, pour avoir part aux bénédictions du monde à venir.[134]
Le légalisme Gentil. Lloyd Gaston note perceptiblement que « ce fut
à cause de ce manque de clarté que le légalisme— accomplir certains travaux
pour gagner la faveur de Dieu et être compté juste— devint un problème Gentil,
et pas du tout Juif ».[135] Le salut était pour tous
les membres de la communauté de l’alliance, mais puisque les craignants de Dieu
n’étaient pas sous l’alliance, ils devaient établir leur propre droiture pour
obtenir une telle assurance de salut.
Marcus Barth a montré que l’expression «
oeuvres de la loi » ne se trouve pas dans les textes Juifs et désigne
l’adoption de pratiques Juives sélectionnées par les Gentils pour garantir leur
salut au sein du peuple de l’alliance de Dieu.[136] La reconnaissance de
cette attitude légaliste des Gentils est importante pour notre compréhension du
contexte des remarques critiques de Paul, concernant la loi.
Un problème Chrétien. Le problème Juif de savoir si les Gentils
seraient sauvés sous ou sans l’alliance, devint bientôt aussi un problème
Chrétien. Avant sa conversion et sa commission divine aux Gentils, Paul,
apparemment crut que les Gentils devaient se conformer à toute la loi mosaïque,
y inclus la circoncision, afin qu’ils soient sauvés. Ceci est suggéré par
l’expression: « Si je prêche encore la circoncision » Ga 5:11), ce qui implique
qu’à un moment, il prêcha la circoncision en tant que base de salut.
Après sa conversion et sa
commission divine de prêcher l’Evangile aux Gentils, Paul comprit que les
Gentils participaient aux bénédictions du salut sans avoir besoin de devenir
partie de la communauté de l’alliance par la circoncision. Pour défendre sa
conviction, Paul, dans Romains 4 et Galates 3, fait appel à l’exemple d’Abraham
qui devint le père de tous ceux qui croient par la foi, avant d’avoir été
circoncis.
En proclamant son Evangile
sans circoncision, Paul affronte un double défi. D’un coté, il affronte
l’opposition des Juifs et des Juifs Chrétiens, parce qu’ils manquèrent de
comprendre (« Israël n'aurait-il pas compris? »— (Rm 10:19TOB) que par le
Christ, Dieu avait accompli Ses promesses à Abraham concernant les Gentils. De
l’autre coté, Paul avait à faire avec les efforts malencontreux des Gentils qui
furent tentés d’adopter la circoncision et d’autres pratiques, pour assurer
leur salut en devenant membres de la communauté de l’alliance (Ga 5:2-4).
4. La critique de la loi par Paul
La
loi en tant que document d’élection. Pour contrebalancer les deux défis des Juifs et Gentils
Chrétiens, Paul fut forcé de critiquer la loi, en tant que document d’élection.
Plusieurs érudits ont montré récemment que l’idée générale de l’alliance— si
centrale dans l’Ancien Testament— est devenu de plus en plus exprimée par le
terme « loi » (torah— nomos).[137] Son statut devant Dieu
devint a être déterminé par son attitude envers la loi (torah— nomos) en tant que document d’élection, et pas par
l’obéissance à des commandements particuliers.[138]
La loi vint à signifier
une révélation de la volonté élective de Dieu manifestée dans son alliance avec
Israël. Evidemment, ce point de vue créa un problème pour les Gentils
incirconcis, parce qu’ils se sentaient exclus de l’assurance du salut pourvu
par l’alliance.
Naturellement, cette
insécurité poussa les Gentils à vouloir « être sous la loi » (Ga 4:21), c’est à
dire, à devenir à part entière, membres de l’alliance, en recevant la
circoncision (Ga 5:2). Paul se sentit obligé de réagir énergiquement contre
cette tendance, parce qu’elle renverse l’universalité de l’Evangile.
Pour réprimer le désir des
Gentils d’être « sous la loi », Paul fait appel à la loi (Pentateuque),
particulièrement à Abraham, pour démontrer que la mère de ses deux enfants,
Ismaël et Isaac, signifiât deux alliances: la première offrant « l’esclavage »,
et la seconde, donnant la « liberté ». La première, Agar qui « enfante pour l'esclavage » est identifiée à
l’alliance du Mont Sinaï (Ga 4:24).
L’alliance du Mont Sinaï. Pourquoi Paul attaque-t-il si sévèrement
l’alliance du Mont Sinaï, qui, après tout, fut établie par le même Dieu qui fit
alliance avec Abraham? En outre, l’alliance du Sinaï, ne renfermait-elle pas
des dispositions de grâce et de pardon (par exemple le tabernacle— Ex 25-30; en
plus des principes de conduite (Ex 20-23)? La réponse à ces questions se trouve
dans le souci de Paul d’établir la légitimité du salut des Gentils en tant que
Gentils.
Pour atteindre ce but,
Paul attaque l'interprétation de la loi (alliance) en tant que document
exclusif d’élection. Ceci ne signifie pas qu’il nie la possibilité de salut aux
Juifs qui acceptèrent le Christ, comme l’accomplissement de l’alliance du
Sinaï. Au contraire, il reconnaît explicitement, que comme il fut « confié »
avec l’Evangile aux incirconcis, alors Pierre avait été confié avec l’Evangile
» pour les circoncis » (Ga 2:7).
Deux Evangiles. Paul n’explique pas quelle fut la différence
fondamentale entre les deux Evangiles. Nous pouvons présumer que puisque la
circoncision était devenue assimilée avec l’alliance, l’Evangile aux circoncis
accentuait que le Christ fut l’accomplissement de l’alliance du Sinaï. Ceci
rendait possible pour les Juifs d’être sauvés en tant que Juifs, c’est à dire,
tout en gardant leur identité comme peuple de l’alliance. Le Christ serait vu,
comme celui que par Son sang, ratifia l’alliance, en la rendant opératoire (Mt
26:28).
Notez que Paul ne nie pas
la valeur de la circoncision pour les Juifs. Au contraire, il affirme: « La
circoncision est utile, si tu pratiques la loi; mais si tu transgresses la loi,
ta circoncision devient incirconcision » (Rm 2:25). Encore, dans Romains 9 à
11, Paul ne blâme pas les Juifs d’être « juifs » dans leurs mode de vie (11:1),
mais plutôt pour n’avoir pas compris que les Gentils qui sont dans le Christ,
ont le même accès au Royaume, en tant que Gentils.
L’absence du terme « pardon.» Afin de défendre son Evangile pour
les incirconcis, Paul souligne que la justification (déclarer juste devant
Dieu) est « par la foi, sans les oeuvres de la loi » (Rm 3:28; Ga 3:8)
Il est remarquable que
tandis que le terme « justification » et les mots qui y sont apparentés, se
trouve dans les écrits de Paul plus de 80 fois, les termes « pardon » et «
repentance » sont absents d’une façon spectaculaire.[139] On se demande pourquoi?
Une raison est proposée par le fait que la « repentance » impliquerait revenir
au Dieu de l’alliance, mais Paul lançait un appel aux Gentils de venir à Dieu
pour la première fois.
Une seconde raison est que
le « pardon »— une idée générale prédominante dans la plupart de l’Ecriture— a
à faire avec la dimension personnelle du salut. Il fait ceci en enseignant la
justification « par la foi, sans les oeuvres de la loi » (Rm 3:28). Cette doctrine
permet à Paul de justifier le salut universel pour les Juifs et les Gentils,
comme l’indique même les versets suivants: « Ou bien, Dieu est-il seulement le
Dieu des Juifs? Ne l'est-il pas aussi des païens? Oui, il l'est aussi des
païens » (Rm 3:29; cf. 1:16-17).
Conclusion
La conclusion qui apparaît
dans ces considérations précédentes, est que Paul n’attaque pas la validité et
la valeur de la loi, comme guide moral de la conduite chrétienne. Au contraire,
il affirme énergiquement que le Christ vint spécialement « pour que la justice
prescrite par la loi soit accomplie en nous » (Rm 8:4). Ce que Paul critique,
ce n’est pas l'interprétation morale de la loi, mais c’est l'interprétation de
la sotériologie de la loi, c’est à dire, la loi vue en tant que document
d’élection qui inclus les Juifs et exclus les Gentils.
La pression croissante des
judaïsants qui insistaient sur la circoncision aux Gentils, rendait nécessaire
pour Paul d’attaquer l’exclusive concept de l’alliance de la loi. « Mais »,
comme George Howard fait remarquer, « sous d’autres circonstances, Paul pouvait
avoir insister sur l’importance pour Israël, de conserver son caractère
distinctif. »[140]
L'erreur de distinguer
dans les écrits de Paul, entre les usages moraux et de la sotériologie de la
loi, et l'erreur de reconnaître que sa critique de la loi est dirigée pas vers
les Chrétiens Juifs, mais vers les judaïsants Gentils, en a conduit plusieurs à
conclure faussement que Paul est un antinomien, qui rejetait la valeur et la
validité de la loi, dans son ensemble. Une telle vue est totalement
injustifiée, parce que, comme nous l’avons vu, Paul rejette la loi en tant que méthode de salut, mais la soutient
comme la critère morale de conduite chrétienne.
Paul et le Sabbat
Paul, enseignait-il à ses
convertis, qu’ils n’étaient plus sous aucune obligation d’observer le Sabbat du
septième jour? Historiquement, la plupart des Chrétiens ont maintenu, et
maintiennent encore cette vue. Ils ont généralement cru que Paul enseignait
qu’à la croix, fut la terminaison de la loi de l’Ancien Testament, en général,
et de l’observation du Sabbat, en particulier.
Dans le chapitre
précédent, nous avons examiné l’attitude de Paul, à l’égard de la loi en
général. Nous avons démontré que Paul rejeta la loi en tant que méthode de
salut, mais la soutint en tant que critère moral de conduite chrétienne. Dans
ce chapitre, nous considérons le point de vue de Paul sur le Sabbat en
particulier. Nous nous efforcerons d’établir si Paul préconise l’abrogation ou
la permanence du principe et de la pratique de l’observation du Sabbat.
Une seule référence explicite. Il faut noter au début, bien que
Paul se réfère constamment à la loi dans ses écrits, il mentionne le Sabbat
explicitement, seulement une fois, dans Colossiens 2:16; où le terme apparaît
dans la forme plurielle (en Grec: « Sabbats— sabbaton »). Deux autre passages de Paul ont été cités
traditionnellement, c’est à dire, Galates 4:8-10 et Romains 14:5-6, comme
faisant allusion au Sabbat.
Sur la base de ces textes,
le consensus historique prédominant était que Paul regardait le Sabbat de
l’Ancien Testament comme étant plus obligatoire, surtout pour les Chrétiens
Gentils.[141]
Paul K. Jewett démontre bien l’interprétation historique, quand il écrit: «
L’énoncé de Paul (Col 2:16) semble démontrer, comme rien d’autre ne le pouvait,
qu’il enseigne à ses convertis qu’ils n’avaient aucune obligation d’observer le
Sabbat du septième jour, de l’Ancien Testament. »[142]
De ces trois références,
la plus grande importance a été donnée à Colossiens 2:14-17, étant donné que le
passage parle explicitement du Christ clouant quelque chose à la croix (2:14)
et conseille contre faire attention aux règlements concernant plusieurs choses,
y comprenant « un Sabbat » (2:16).
Procédé. Cette
investigation dans l’attitude de Paul envers le Sabbat, sera dirigée en
examinant avant tout Colossiens 2:14-17, et secondement, l’information fournie
par Galates 4:8-11 et Romains 14:5-6.
1. L’hérésie des Colossiens
La référence de Paul pour
l’observation des « sabbats » dans Colossiens 2:16, est seulement un aspect de
« l’hérésie des Colossiens » réfutée par Paul. Il est nécessaire, par
conséquent, de s’informer avant tout, de la nature globale de ces faux
enseignements qui menacent de « frustrer de la victoire » (Col 2:18TOB) les
croyants Colossiens. Ces enseignements, sont-ils des ordonnances mosaïques, et
peuvent-ils être identifiés avec le « le document écrit— cheirographon » que Dieu par le Christ « a annulé… a fait
disparaître… a cloué à la croix » (Col 2:14)?
La plupart des
commentateurs définissent l’hérésie des Colossiens comme des enseignements
syncrétistes, lesquels unissent des éléments hellénistiques et Juifs, ensemble.
Un tel faux enseignement avait deux aspects,
soit théologique et pratique.[143]
Aspect théologique. Théologiquement, la « philosophie » Colossienne
(2:8) faisait concurrence avec le Christ pour l’allégeance de l’homme. Sa
source d’autorité, selon Paul était une « tradition » humaine et son but était
de donner la vraie « sagesse » (2:3, 23), la « connaissance » (2:2-3; 3:10) et
d’assurer l’accès à et la participation à la « plénitude de la divinité »
(2:9-10; 1:19).
Pour atteindre la
plénitude divine, les Chrétiens furent exhortés à rendre hommage aux
principautés cosmiques (2:10, 15); aux « principes élémentaires du monde »
(2:8, 20) et aux puissances angéliques (2:15, 18) et en faisant des pratiques
ascétiques ritualistes (2:11-14; 16, 17, 21, 22). Essentiellement alors,
l’erreur théologique consistait d'interposer des médiateurs inférieurs à la
place de la Tête, Elle-même, Jésus-Christ (2:9-10, 18-19).
Aspect pratique. La conséquence pratique des spéculations
théologiques des hérésies des Colossiens, était l'insistance sur un strict
ascétisme et ritualisme. Ceux-ci se consistaient dans le dépouillement « du
corps charnel » (2:11— signifiant apparemment un retrait du monde); un
traitement rigoureux du corps (2:23), une interdiction, soit de goûter ou de
toucher certaines sortes d’aliments et de boissons (2:16, 21) et l’observation
attentive des jours saints et des saisons— fêtes, nouvelle lune et Sabbat
(2:16).
Les Chrétiens furent
amenés probablement à croire qu’en se soumettant à ces pratiques ascétiques,
ils n’abandonnaient pas leur foi en Christ, mais plutôt qu’ils recevraient
encore plus de protection et s’assureraient d’un plein accès à la plénitude
divine. Ce bref résumé suffit à démontrer que le Sabbat n’est pas mentionné
dans un contexte d’une discussion directe sur la nature de la loi, mais plutôt
dans un contexte de croyances et de pratiques syncrétiques préconisées par les
« philosophes » Colossiens.
2. Le document écrit, cloué à la croix
Pour combattre les faux
enseignements ci-dessus, Paul choisit d’exalter la centralisation et la
supériorité du Christ qui possède « toute la plénitude de la divinité » (2:9)
et fournit une pleine rédemption et un pardon complet des péchés (2:11-14).
Pour souligner la certitude et la plénitude du pardon du Christ, Paul utilise
trois métaphores: la circoncision, le baptême, et le « document écrit »
(2:11-14). Du dernier, il dit que Dieu, par le Christ, a « annulé… fait
disparaître… cloué à la croix… le document accusateur— cheirographon » (2:14).
La loi mosaïque? Quel est ce « document écrit— cheirographon »? Traditionnellement, il fut interprété comme étant
la loi mosaïque avec toutes ses ordonnances, y comprenant le Sabbat, que Dieu
avait rejeté et clouée à la croix. Cette interprétation populaire est
injustifiée, pour au moins deux raisons. D’abord, parce que, comme E. Lohse le
fait remarquer, « dans l’ensemble de l’Epître, le mot loi (nomos) n’est pas utilisé. Mais de plus, l’idée même de loi, qui
semble si centrale à Paul lorsqu’il présente son évangile, est complètement
absente ».[144]
Deuxièmement, cette
interprétation diminue l’argument immédiat (v.13) conçu à prouver la plénitude
du pardon de Dieu. L’effacement de la loi morale et/ou cérémonielle,
procurerait à peine aux Chrétiens l’assurance divine du pardon. La culpabilité
n’est pas effacée en détruisant les codes de la loi. Les derniers laisseraient
seulement le genre humain sans principes moraux.
Livre enregistrant le péché. Des études récentes ont éclairé la
signification de « cheirographon »,
qui se trouve seulement une fois dans l’Ecriture (Col 2:14). Son usage dans la
littérature apocalyptique indique que le cheirographon
est employé pour désigner le « livre enregistrant le péché » ou le «
certificat d’endettement du péché », mais pas la loi morale ou cérémonielle.[145] Ce point de vue est
supporté aussi par la proposition « et ceci, il l’a enlevé du milieu » (2:14).
Le « milieu » était la place occupée au centre de la cour, ou l’assemblée, par
les témoins accusateurs. Dans le contexte des Colossiens, le témoin accusateur
est le « livre enregistrant le péché » que Dieu, par le Christ, a effacé et a
enlevé hors de la cour.
Par cette audacieuse
métaphore, Paul affirme la plénitude du pardon de Dieu. Par le Christ, Dieu a «
annulé », a « rejeté », a « cloué à la croix » « le livre enregistrant nos
péchés, lequel, à cause des règlements, était contre nous ». La base légale de
ce livre enregistrant de péchés, était « les statuts obligatoires, les
règlements » (tois dogmasin), mais ce
que Dieu détruisit sur la croix n’était pas la base légale (la loi) pour notre implication dans le péché, mais le livre enregistrant nos péchés.
En détruisant l’évidence
de nos péchés, Dieu a aussi « dépouillé les principautés et les pouvoirs »
(2:15), parce que, il n’est plus possible pour eux d’accuser ceux qui ont été
pardonnés. Par conséquent, il n’y a pas de raison pour que les Chrétiens se
sentent incomplets et pour qu’ils cherchent l’aide de médiateurs inférieurs,
puisque le Christ a fourni le plein pardon et une Rédemption complète.
Nous concluons alors que
le document cloué à la croix, n’est pas la loi en général, ou le Sabbat en
particulier, mais plutôt le livre enregistrant nos péchés. Toute tentative de
lire en lui une référence au Sabbat ou à toute autre règlement de l’Ancien
Testament est une fantaisie injustifiée et gratuite.
3. Approbation ou condamnation de l’observation du Sabbat
Le Sabbat: Une ombre passée? Ayant démontré la fausseté des
spéculations théologiques des faux enseignants Colossiens, en réaffirmant la
suprématie du Christ et la plénitude de Sa rédemption (2:8-15), Paul se tourne
vers quelques aspects pratiques de leurs habitudes religieuses, disant: « Ainsi
donc, que personne ne vous juge à propos de ce que vous mangez et buvez, ou
pour une question de fête, de nouvelle lune, ou de sabbats: Tout cela n'est que
l'ombre de ce qui devait venir, mais la réalité relève du Christ » (Col
2:16-17).
Historiquement, ce
passage fut interprété, comme le dit Luther, qu’ici « Paul abolit le Sabbat par
nom et l’appelle l’ombre passée, parce que le corps, lequel est le Christ lui-même,
est venu. »[146]
Pour tester la
validité de cette interprétation traditionnelle, nous considérerons les
questions suivantes: (1) Est ce que Paul met en garde les Colossiens contre les
pratiques « de manger, de boire, des fêtes, des nouvelles lunes, ou des sabbats
» en tant que telles, ou met-il en garde contre ces faux enseignants qui
imposaient des « règlements » sur la manière d’observer ces pratiques? (2)
Qu’elle est la nature de ces « règlements »? Sont-ils tirés des prescriptions
mosaïques ou de l’idéologie syncrétiste?
Mise en garde contre les faux enseignants. La déclaration « ainsi
donc, que personne ne vous juge… » (Col 2:16) a été traditionnellement
interprétée comme une mise en garde de Paul contre les cinq pratiques
mentionnées. Cette interprétation est totalement fausse, car dans ce passage,
Paul met en garde les Colossiens, pas contre l’observation de ces pratiques,
comme telles, mais contre « personne » (tis)
qui passe jugement sur la façon de manger, de boire, et d’observer les
temps sacrés.
On doit prendre note du
fait que le juge qui prononce le
jugement, n’est pas Paul, mais les enseignants faux Colossiens qui imposent
des « règlements » (2:20) sur la façon d’observer ces pratiques, afin
d’acquérir un « culte volontaire, humilité et rigueur pour le corps » (2:23).
D.R. De Lacey, écrivant
dans le tout récent symposium From
Sabbath to Lord’s Day, commente correctement: « Le juge est probablement un
homme de tendances ascétiques, qui désapprouve le manger et le boire des
Colossiens. La façon la plus naturelle de prendre le reste du passage, ce n’est
pas qu’il impose un rite des jours de
fête, mais plutôt qu’il désapprouve certains
éléments d’une telle observation.»[147] Probablement le « juge »
désirait que la communauté observe ces pratiques d’une façon ascétique («
rigueur pour le corps » 2:23,21), pour l’énoncer plus crûment, il désirait que
les croyants Colossiens fassent moins de festins, et plus de jeûne.
Approbation implicite. En avertissant contre le droit de ces faux
enseignants de passer jugement sur la façon d’observer les fêtes, Paul ne met
pas en doute la validité des fêtes, comme tels, mais l’autorité de ces faux
enseignants de légiférer sur la manière de leur observance. L’évidente
implication alors, est que Paul, dans ce texte, n'exprime pas une condamnation, mais une approbation de ces pratiques
mentionnées, lesquelles inclus l’observation du Sabbat.
Il est remarquable que
même De Lacey atteint cette conclusion, en dépit de sa conviction que Paul ne
s'attendait pas à ce que les Gentils convertis observent le Sabbat. Il écrit: «
Ici encore (Col 2:16) alors, il semble
que Paul pouvait heureusement approuver l’observation du Sabbat… Quoi qu’il
en soit, nous interprétons que la situation, la déclaration de Paul « que
personne ne passe jugement sur vous », indique qu'aucun règlement rigoureux est
stipulé sur l’usage du festival ».[148] À la lumière de ces
observations, nous concluons que dans Col 2:16, Paul n'exprime pas une
condamnation, mais une approbation implicite des pratiques, tel que
l’observation du Sabbat.
4. La nature des « règlements ».
Pratiques
syncrétistes. Quelle est la nature des « règlements » donnés par ces faux enseignants
concernant la façon de manger, de boire, et d’observer le Sabbat?
Malheureusement, Paul nous donne seulement quelques indices. Il mentionne
qu’ils consistaient « d'humilité et d'un culte des anges », « l’humilité et
rigueur pour le corps » (2:18, 23), et qu’ils enseignaient: « Ne prends pas! ne
goûte pas! ne touche pas! » (v.21).
Ces expressions, indiquent
que les règlements ne tiraient leur origine de la loi Lévitique, puisque nulle
part elle envisage un tel programme ascétique. Bien que la nomenclature des
fêtes soit Juive, la motivation et la manière de leur observation sont le
résultat d’une idéologie syncrétiste.
Eduard Lohse note d’une
façon perceptive que « dans le contexte Colossiens, l’ordre d’observer les
fêtes, la nouvelle lune, et le Sabbat, n’est pas fondé sur la Torah, selon
laquelle Israël reçut le Sabbat comme signe de son élection du milieu des
nations. Plutôt, les jours sacrés doivent être observés dans l’intérêt « des
éléments de l’univers », qui dirigent la route des étoiles et aussi prescrivent
minutieusement l’ordre du calendrier… La « philosophie » fit usage de termes
lesquels sont le résultat de la tradition juive, mais qui ont été transformés
dans le creuset du syncrétisme pour être assujettis au service « des éléments
de l’univers ».[149]
Condamnation de déformation. Dans l’ancien monde, il y avait une
croyance universelle que l’ascétisme et le jeûne, rendaient une personne
capable de venir plus près d’un dieu et de recevoir une révélation divine.[150] Dans le cas de la «
philosophie » des Colossiens, le régime proscrit et l’observation des temps
sacrés, furent manifestement regardés comme une expression de soumission à, et
d’adoration aux pouvoirs (éléments) cosmiques de l’univers.
L’avertissement de Paul
contre les « règlements » de ces faux enseignants, peut à peine être interprété
comme une condamnation des lois mosaïques concernant la nourriture et les
fêtes, puisque ce que l’apôtre condamne, ne sont pas les enseignements de
Moïse, mais leur usage déformé par les faux enseignants Colossiens. Un précepte n’est pas annulé par la
condamnation de sa perversion.
L’ombre de la réalité. Paul continue son argument dans le verset
suivant, disant: « Tout cela n'est que l'ombre de ce qui devait venir, mais la
réalité relève du Christ » (Col 2:17). À quoi le pronom relatif « cela » (ha dans le Grec) se rapportait-il? Se
rapportait-il aux cinq pratiques mentionnées dans le verset précédent, ou aux «
règlements » concernant ces pratiques promues par les faux enseignants?
Dans une étude préalable,
je plaidai pour la première, suggérant que Paul place les pratiques de régimes
et l’observation des jours « dans leur juste perspective Christologique, en
opposant « ombre » et « corps ».»[151] Après beaucoup de
réflexion, j’ai ensuite changé d'idée et je suis devenu en accord avec E.
Lohse, que le pronom relatif « cela » se rapporte, pas aux cinq pratiques
mentionnées comme telles, mais plutôt aux « règlements » concernant de telles
pratiques promulguées par les faux enseignants.[152]
Une référence aux « règlements ». Cette conclusion est soutenue par
deux considérations. D’abord, dans le verset 16, Paul ne met pas en garde
contre les mérites ou démérites de la loi mosaïque, concernant la nourriture et
les fêtes, mais contre les « règlements » concernant ces pratiques préconisés
par les faux enseignants. Ainsi, il est plus plausible de prendre les « règlements
» plutôt que les pratiques actuelles comme antécédent de « cela ».
Deuxièmement, dans les
versets qui suivent immédiatement, Paul continue son avertissement contre les
enseignements décevants, disant, par exemple, « Ne vous laissez pas condamner
par des gens qui prennent plaisir à des pratiques extérieures d'humilité »
(2:18S); « pourquoi vous pliez à des règles… Ne prends pas! ne goûte pas! ne
touche pas!» (2:20-21)?
Puisque ce qui précède et
ce qui suit ce pronom relatif « cela » traite des « règlements » de la «
philosophie » des Colossiens, nous concluons que ce sont les « règlements » que
Paul décrit comme « l'ombre de ce qui devait venir » (2:17).
Vraisemblablement, les
partisans de la « philosophie » des Colossiens, maintenaient que leurs « règlements
» représentaient une copie, laquelle rendait les croyants capables d’avoir
accès à la réalité (« plénitude »). Dans un tel cas, Paul tourne leur argument
contre eux, en disant que leurs règlements ne sont « que l'ombre de ce qui
devait venir, mais la réalité relève du Christ » (2:17). En appuyant sur le
fait que le Christ est le « corps » et la « tête » (2:17, 19), Paul montre que
toute « ombre » projetée par les règlements n’a pas de valeur significative.
À la lumière des
indications ci-dessus, nous concluons que ce que Paul appelle une « ombre
d’autrefois » n’est pas le Sabbat, mais les enseignements décevants de la «
philosophie » des Colossiens, qui encourage les pratiques de régime diététique
et l’observation des temps sacrés comme aide auxiliaire au salut.
5. Le Sabbat dans Colossiens 2:16
Les Sabbats annuels? Les « règlements » préconisés par la «
philosophie » Colossienne avaient à faire, pas seulement avec de la «
nourriture ou de boisson », mais aussi avec les temps sacrés dénotés en tant «
d’une fête, d'une nouvelle lune ou de sabbats » (2:16). Les commentateurs sont
d’accord que ces trois mots représentent une suite logique et progressive
(annuelle, mensuelle et hebdomadaire), de même qu’une énumération exhaustive
des temps sacrés. Cette interprétation est confirmée par l’occurrence de ces
termes, en ordre semblable ou inverse, cinq fois dans la Septante, et plusieurs
autres fois dans d’autres littératures.[153]
Certains voient les «
Sabbats—sabbaton », en tant que
référence aux Sabbats de cérémonies annuelles, plutôt que le Sabbat
hebdomadaire (Lv 23:6-8, 21, 24-25, 27-28, 37-38). Un tel point de vue,
cependant, rompt l’ordre logique et progressif et ignore le fait que dans la
Septante, les Sabbats de cérémonies annuelles ne sont jamais désignés tout
simplement comme « Sabbat » (sabbaton),
mais toujours avec l’expression composée « Sabbat des Sabbats » (sabbata sabbaton). Des indications
telles que celles-ci, montrent irrésistiblement que le mot « sabbaton » employé dans Colossiens 2:16,
ne peut pas se rattacher à aucun des Sabbats de cérémonies annuelles.
Jours de la semaine. Est-ce que la forme plurielle « Sabbats— sabbaton » se rapporte exclusivement au
Sabbat du septième jour? Le fait que le pluriel est employé dans l’Ecriture,
pas seulement pour désigner le Sabbat du septième jour, mais aussi à la semaine
dans son entier (Septante Ps 23:1; 47:1; 93:1; Mc 16:2; Lc 24:1; Ac 20:7),
suggère la possibilité que le terme peut se référer aux jours de la semaine.[154] Cette dernière vue
s’harmonise mieux avec l’ordre de l’énumération, qui suggère des fêtes
annuelles, mensuelles et hebdomadaires.
Un ordre semblable, mais
inversé, est donné par Paul dans Galates 4:10, où il oppose un enseignement
remarquablement semblable, lequel incluait l’observation de « jours, les mois,
les temps et les années! » Le fait que la liste des Galates commence avec les «
jours » (hemeras, pluriel) suggère la
possibilité que les « Sabbats » dans Colossiens, peuvent aussi se référer aux
jours de la semaine en général, plutôt qu’au Sabbat du septième jour, en
particulier.
Observation superstitieuse. Pour les besoins de l’enquête,
admettons que les « Sabbats » dans Colossiens se rapportent à ou renferment le
jour du Sabbat, la question qui doit être considérée est: Quelle sorte
d’observation du Sabbat, les faux enseignants, préconisaient-ils? Les données
fournies par Colossiens sont peu nombreuses pour répondre à cette question
d’une manière concluante. Cependant la nature de l’hérésie nous permet de tirer
quelques conclusions de base.
L’austère accentuation sur
l’observation des règles de régime, sans aucun doute, fut reportée sur
l’observation du Sabbat. La vénération des « éléments de l’univers » aurait
aussi affecté l’observation du Sabbat et des temps sacrés, puisqu’on croyait
d’une façon générale, que les pouvoirs astraux, qui dirigent les étoiles,
dirigent aussi le calendrier et les vies humaines.[155]
Nous savons que dans le
monde païen, le Samedi était considéré comme un jour néfaste, à cause de son
association avec la planète Saturne.[156] En raison des
superstitions astrales dominantes, associées avec les jours de la semaine,
toute observation du Sabbat, encouragée par les enseignants ascétiques
Colossiens— connus pour leur adoration des éléments du monde— pouvait seulement
être d’un genre rigoureux et superstitieux. Une mise en garde par Paul, contre
un tel genre superstitieux de l’observation du Sabbat, n'était pas seulement
appropriée, mais aussi désirable. Dans ce cas, Paul pouvait attaquer, non le
principe de l’observation du Sabbat, mais sa perversion.
6. Le Sabbat dans Romains
Deux
types de croyants. Le Sabbat n’est pas explicitement mentionné dans l’épître de Paul aux
Romains. Cependant, dans le chapitre 14, l’apôtre fait une distinction entre
deux types de croyants: Le « fort » qui « croit pouvoir manger de tout » et le
« faible » qui mange seulement « des légumes » et ne boit pas de vin (Rm 14:2,
21). La différence s’étend aussi à l’observation des jours, même s’il ne soit
pas clair, lequel des deux estimait « un jour supérieur à un autre » et lequel
estimait tous les jours « égaux » (Rm 14:5).
Plusieurs ont prétendu que
le Sabbat hebdomadaire tombe sous le cadre de cette distinction relative aux
jours. Ils présument que les croyants « faibles » estimaient le Sabbat
supérieur aux autres jours, alors que les « forts » considéraient le Sabbat
comme les autres jours de la semaine.
Pas de références à la loi mosaïque. Le Sabbat, peut-il être
légitimement lu dans ce passage? À mon avis, ceci est impossible, pour au moins
trois raisons. D’abord, la controverse entre les croyants « faibles » et les
croyants « forts », concernant le régime et les jours peut à peine remonter
jusqu’à la loi de Moïse, parce que nulle part, la loi mosaïque prescrit un
strict végétarisme, une abstinence totale de vin, ou une préférence de jours
vraisemblablement pour le jeûne.
Que la loi mosaïque ne
soit pas mise en jeu dans Rm 14, est aussi indiqué par le terme « koinos— commun », lequel est employé
pour désigner un aliment « impur » (14:14). Ce terme est radicalement différent
du mot « akathartos— impur » employé
dans Lv 11 (Septante) pour désigner des aliments illégaux.
Apparemment le débat sur
la viande que d'elle-même, était permise d’être mangée, mais à cause de son
association avec l’adoration idolâtre (cf. 1 Co 8:1-13) elle était regardée par
certains comme « koinos— commun »,
c’est à dire, ce qui est impropre à la consommation humaine.
Toute la discussion dans
Romains 14, n’est pas à propos de la liberté d’observer la loi, contre la
liberté de pas l’observer, mais concerne les scrupules de conscience, « peu
importants », dictés, non par les commandements divins, mais par des
conventions et superstitions humaines. Puisque ces différentes convictions et
pratiques n’ébranlent pas l’essentiel de l’Evangile, Paul conseille un respect
et une tolérance mutuelle dans cette affaire.
Pas
d’endossement de tous les jours « égaux ». Deuxièmement, Paul applique le principe
de base « Celui qui attribue de l’importance à un jour particulier le fait pour
honorer le Seigneur » (Rm 14:6FC), seulement
dans le cas de la personne qui observe le jour. Jamais dit-il l’opposé, c’est à
dire l’homme qui estime tous les jours pareils, les estimes « pour honorer le
Seigneur ».
En d’autres termes,
concernant le régime, il enseigne qu’une personne peut honorer le Seigneur en
mangeant ou en s’abstenant (14:6) mais pour ce qui concerne les jours, il ne
concède même pas que la personne qui regarde tous les jours pareils fait ainsi
pour le Seigneur. Donc, Paul donne à peine son endossement à ceux qui estiment
tous les jours pareils.
L’observation du Sabbat: Pour les croyants « faibles »? Troisièmement,
si, comme cela était généralement présumé, c’était le croyant « faible » qui
observait le Sabbat, Paul se classerait lui-même avec les faibles, puisqu’il
observait le Sabbat et d’autres fêtes juives (Ac 18:4, 19; 17:1, 10, 17;
20:16). Paul, pourtant se voyait lui-même comme « fort » (« nous qui sommes
fort » 15:1), ainsi, il pouvait à peine avoir pensé à l’observation du Sabbat,
quand il parle d’une préférence sur les jours.
Le support pour cette
conclusion est fourni aussi par le conseil de Paul: « Que chacun soit
pleinement convaincu dans sa propre pensée » (14:5). Il est difficile de voir
comment Paul pouvait réduire l’observation des jours saints, tel que le Sabbat,
la Pâque, et la Pentecôte, à une affaire de conviction personnelle, sans jamais
expliquer la raison pour cela. Ceci est de plus surprenant, puisqu’il travaille
longuement à expliquer pourquoi la circoncision n’était plus obligatoire pour
les Gentils.
Si Paul avait enseigné à
ses convertis Gentils de voir l’observation du Sabbat, comme une affaire de
conviction personnelle, les Chrétiens Juifs l’auraient immédiatement accusé de
témérité en annulant la loi du Sabbat, comme ils firent pour ce qui concerne la
circoncision (Ac 21:21). Le fait qu’il n’y a pas d’indication d‘une telle
controverse dans le Nouveau Testament, indique que Paul n’a jamais découragé
l’observation du Sabbat, ou encouragé l’observation du Dimanche à sa place.[157]
Jours de jeûne. Probablement que la préférence sur les jours, dans
les Romains, avait à faire aux jours de jeûne, plutôt qu’aux jours de fêtes,
puisque le contexte s’occupe d’abstinence de viande et de vin (Rm 14:2, 6, 21).
Un soutien pour ce point de vue est fourni par la Didache (ch. 8) laquelle
enjoint de jeûner le mercredi et le vendredi, plutôt que le lundi et jeudi,
comme les Juifs.
Paul refuse de délibérer
sur ces affaires privées, tel que le jeûne, parce qu’il reconnaît que les
exercices spirituels peuvent être accomplis de différentes façons, par
différentes personnes. La chose importante pour Paul est de rechercher « ce qui
contribue à la paix et à l'édification mutuelle » (14:19).
Pas d’insinuation de conflit. S'il y avait un conflit dans l’Eglise
de Rome, concernant l’observation des jours saints, le problème aurait été
encore plus manifeste que celui sur le régime. Après tout, les habitudes de
manger sont une affaire privée; mais l’observation du Sabbat est un exercice
religieux public de toute la communauté. La moindre discordance sur le dernier,
aurait été non seulement digne de remarques, mais aussi incendiaire.
Le fait que Paul accorde
27 versets à la discussion des aliments et moins de 2 versets (14:5-6) à celle
des jours, suggère que la dernière fût un problème très limité pour l’église
Romaine, probablement parce qu’il avait à faire à une conviction personnelle
sur le pour ou le contre de certains jours pour accomplir certains exercices
spirituels, tel que jeûner.
Dans le monde Romain, il y
avait une croyance superstitieuse, que certains jours étaient plus favorables
que d’autres pour entreprendre certains projets déterminés. Fréquemment, les
Pères blâmaient les Chrétiens pour avoir une telle mentalité superstitieuse.[158] Il est possible que Paul
fait allusion à cette sorte de problème, qui, cependant, dans son temps, était
encore trop petit pour mériter beaucoup d’attention. À la lumière de la
considération ci-dessus, nous concluons qu’il est à peine probable que le
Sabbat soit inclus dans les « jours » de Romains 14:5.
7. Le Sabbat dans Galates.
Similarités et différences. Dans Galates comme dans Romains, le
Sabbat n’est pas explicitement mentionné. Paul fait mention, cependant, que
quelques Galates Chrétiens étaient eux-mêmes circoncisés (Ga 6:12; 5:2) et
avaient commencé à observer « les jours, les mois, les temps et les années »
(Ga 4:10).
À bien des égards, la
polémique dans Galates 4:8-11 est remarquablement similaire à celle de
Colossiens 2:8-23. Dans les deux endroits, l’observation superstitieuse des
temps sacrés est décrite comme l’esclavage à des « éléments.» Dans Galates,
cependant, la dénonciation des « faux enseignants » est plus forte. Ils sont
regardés comme « maudits/ anathèmes » (Ga 1:8-9) parce qu’ils enseignaient « un
évangile différent ». Leur enseignement, que l’observation des jours et des
saisons était nécessaire pour la justification et le salut, déforme le
véritable coeur de l’Evangile.
Jours de la semaine. Qu’il y ait allusion au Sabbat ou non dans
Galates, dépend de l’interprétation des « jours » (hemerai— Gal 4:10). Quelques critiques argumentent, sur la base du
passage parallèle de Colossiens 2:16, où les « Sabbats » sont explicitement mentionnés,
que « les « jours » indiquent certainement même les Sabbats. »[159]
Nous ne nions pas cette
possibilité, mais ci-dessus, nous avons montré que le pluriel « Sabbats »
employé dans Colossiens, était la désignation courante, non seulement pour le
jour du Sabbat, mais aussi pour toute la semaine entière. Ainsi, le pluriel «
jours » de Galates pourrait bien indiquer que les « Sabbats » Colossiens sont
des « jours de la semaine » et pas l’inverse. Si Paul, dans Galates 4:10,
pensait aux fêtes juives, pourquoi ne leur a-t-il pas donné leurs noms
habituels, comme il le fit dans Colossiens 2:16?
En supposant, sans
concessions, que les Sabbats font parti des « jours » observés par les Galates,
les questions qui doivent être posées sont: Qu’est ce qui motiva l’observation
du Sabbat et des festivités? De plus, Paul est-il opposé à l’observation du
Sabbat et des fêtes, ou dénonce-t-il l’usage déformé de ces pratiques
religieuses?
Motivations superstitieuses. Il est généralement entendu que
l’observation des temps sacrés par les Galates, était motivée par des croyances
superstitieuses dans les influences astrales. Ceci est suggéré par la charge de
Paul que leur adoption de ces pratiques était équivalent à un retour à leur
assujettissement païen précédent, aux esprits et démons élémentaires (Ga
4:8-9). Apparemment, à cause de leur milieu social païen, les Galates, comme W.
Rordorf déclare si bien, « pouvaient discerner dans l’attention particulière
rendue par les Juifs à certains jours et saisons, rien de plus qu’une vénération
religieuse rendue aux étoiles et aux forces naturelles.»[160]
Le souci de Paul, n’est
pas d’exposer les idées superstitieuses attachées à ces observations, mais
plutôt de contester, tout le système de salut, que les faux enseignants de
Galates, avaient inventé. En traitant la justification et l’approbation avec
Dieu, à de telles choses comme la circoncision et l’observation des jours et
des saisons, les Galates rendaient le salut dépendant d’un exploit humain. Pour
Paul, ceci est une trahison de l’Evangile: « Vous êtes séparés de Christ, vous
qui cherchez la justification dans la loi; vous êtes déchus de la grâce » (Ga
5:4).
C’est dans ce contexte,
que la dénonciation de Paul de l’observation des jours et des saisons, doit
être comprise. Si la motivation pour ces observations n’avait pas sapé le
principe vital de la justification par la foi en Jésus-Christ, Paul aurait
seulement recommandé la tolérance et le respect (comme il le fait dans Romains
14), même si quelques idées étaient étrangères à l’enseignement de l’Ancien
Testament. Cependant, les motivations pour ces pratiques adultéraient la vraie
base du salut. Ainsi, l’apôtre n’a pas de choix que de les rejetées. Alors,
dans Galates, comme dans Colossiens, ce n’est pas au principe de l’observation du
Sabbat à quoi Paul s’oppose, mais plutôt à l’usage perverti des observations du
culte, lesquelles furent désignées pour promouvoir le salut comme une
réalisation humaine, plutôt qu'un don divin de grâce.
7. Conclusion
Plusieurs conclusions
émergent de cette étude, de l’attitude de Paul vers la loi en général, et le
Sabbat en particulier.
D’abord, les trois textes
(Col 2:14-16; Rm 14:5; et Ga 4:10) généralement allégués comme preuve de la
répudiation de Paul du Sabbat, traitent, non avec la validité ou l’invalidité
du commandement du Sabbat pour les Chrétiens, mais plutôt avec des pratiques
ascétiques et cultuelles, qui sapent (surtout dans Colossiens et Galates) le
principe vital de la justification par la foi en Jésus-Christ.
Secondement, dans le passage
crucial de Colossiens 2:16, l’avertissement de Paul n’est pas contre la
validité d’observer les fêtes comme telles, mais contre l’autorité des faux
enseignants de légiférer sur la façon de leur observation. Implicitement, Paul
exprime une approbation plutôt qu’une désapprobation de leur observation. Toute
condamnation avait à faire avec une déformation,
plutôt qu’avec le précepte même.
Troisièmement, la
tolérance de Paul, avec respect, pour la nourriture et les jours (Rm 14:3-6)
indique qu’il n’aurait pas encouragé l’abandon du Sabbat et l’adoption de
l’observation du Dimanche à sa place. S’il avait agi ainsi, il aurait affronté
des disputes sans fin, avec les défenseurs du Sabbat. L’absence de toute trace
d’une telle polémique est peut-être l’évidence la plus forte du respect de Paul
pour l’institution du Sabbat.
Dans l’analyse finale,
l’attitude de Paul envers le Sabbat doit être déterminée, non sur la base de sa
dénonciation des observations hérétiques et superstitieuses, lesquelles
pouvaient avoir influencé l’observation du Sabbat, mais plutôt sur la base de
son attitude totale envers la loi.
La faute de comprendre que
Paul rejette la loi en tant que méthode de salut, mais la maintient en tant que
critère moral de conduite chrétienne, a été à la base, la cause de beaucoup de
malentendus sur l’attitude de Paul envers la loi en général, et envers le
Sabbat en particulier. C’est notre fervent espoir, que ce livre aidera à
clarifier ce malentendu et à découvrir, avec Paul, que « la loi est bonne, pourvu
qu'on en fasse un usage légitime » (1 Tm 1:8).
Questions concernant le Sabbat dans l’Ancien Testament
Introduction
Ces dernières années, j’ai
consacré d’innombrables heures pour répondre aux questions des lecteurs de mes
livres, qui m’ont écrit concernant le Sabbat. De plus, j’ai consacré une séance
du « Lord’s Day Seminar » (le séminaire du jour du Seigneur), que j’ai tenu
dans plusieurs parties du monde, pour répondre aux questions précises posées
par les participants, sur des aspects variés du Sabbat.
L’effort constant pour
répondre aux questions par lettres et en personne, sur le sujet du Sabbat, m’a
encouragé à publier mes réponses et à les rendre accessibles au grand public.
Je pense que ce livre, dans lequel je présente mes raisons pour croire dans la
permanence du principe et de la pratique de l’observation du Sabbat dans le
Nouveau Testament, serait une publication appropriée pour inclure mes réponses
aux questions qui m’ont été souvent posées concernant le Sabbat.
Pour plus de clarté, j’ai
divisé les questions selon trois catégories suivantes, chacune desquelles, est
traitée dans un chapitre séparé:
Le chapitre huit: Questions concernant le Sabbat dans l’Ancien Testament.
Le chapitre neuf: Questions concernant le Sabbat dans le Nouveau Testament.
Le chapitre dix: Questions concernant l’observation du Sabbat.
C’est mon fervent espoir
que cet effort vous fournisse une réponse claire et concise aux questions
souvent posées concernant le Sabbat, et que ça aidera plusieurs à comprendre et
à accepter la validité et la valeur de l’observation du Sabbat, pour leurs vies
personnelles.
Questions concernant le Sabbat dans
l’Ancien Testament.
Question:
Comment
l’origine du Sabbat, à la création, peut-elle être acceptée en tant que vérité historique,
quand beaucoup de personnes considèrent les premiers chapitres de Genèse en
tant que mythologie?
Réponse:
La vérité biblique n’est
pas déterminée par la majorité. Pour traiter le récit de la création dans les
deux premiers chapitres de la Genèse comme une histoire mythologique, signifie,
en fin de compte, une réduction de beaucoup de la Bible à un mythe incroyable,
parce que la preuve biblique pour la doctrine de la création, ne se trouve pas
exclusivement dans Genèse 1 et 2, mais partout, d’un bout à l’autre, de la
Bible.
Preuve biblique de la création. Il y a beaucoup de renvois
éparpillés d’un bout à l’autre de la Bible, qui se rattachent à la création, en
tant que fait historique. Certains passages soulignent la toute puissance et la
sagesse de Dieu, qui sont manifestées dans le travail de la création (És
40:12-14, 26-28; Am 4:13). Certains passages parlent de la création comme un
travail fondamental de Dieu (1 Co 11:9; Col 1:16; Es 42:5; Ap 4:11). Quelques
passages parlent du dessein de Dieu, dans la création (Es 45:18; Ro 1:25).
D’autres passages se rapportent aux détails de l’histoire de la création, tel
que l’ordre de la création d’Adam et Ève (1 Co 11:8-9) et la tentation par le
serpent (1 Tm 2:13).
Un des plus explicites
énoncés au sujet de la création de ce monde, par Dieu, est trouvé dans Néhémie
9:6: « C'est toi, Éternel, toi seul, qui a fait les cieux, les cieux des cieux
et toute leur armée, la terre et tout ce qui est sur elle, les mers et tout ce
qu'elles renferment. A tout cela, tu donnes la vie. » Des passages tels que
ceux-ci, lesquels sont dispersés d’un bout à l’autre de la Bible, montrent
clairement que l’histoire de la création de Genèse 1-2 est largement acceptée
en tant que fait, dans les Ecritures.
Question:
Comment
une personne peut-elle accepter l’origine de la création du Sabbat, quand la
science moderne enseigne que notre monde eu son existence, non pas dans six
jours, mais dans des millions d’années, et non par choix divin, mais par chance
naturelle?
Réponse:
Les
limitations de la science. Est-il réellement nécessaire d’être capable d’expliquer
la semaine de la création à la lumière des théories scientifiques modernes,
afin d’accepter le Sabbat en tant qu’ordonnance de la création? La science,
a-t-elle le savoir et les instruments, pour tester et expliquer combien de
temps il faut pour « créer » un système solaire, tel que le nôtre, avec ses
multiformes de vie?
Nous semblons oublier que
la science peut observer et mesurer seulement le processus progressif de conservation et de désagrégation. En fait, la science moderne, en supposant que ces
développements progressifs ont toujours fonctionné dans le passé,
essentiellement comme dans le présent (uniformitarisme) empêche la possibilité
d’un processus d’un décret divin (parlé-en-existence).
En fin de compte, le
problème n’est pas comment réconcilier la semaine de la création avec les
théories modernes d’origine, mais comment concilier l’enseignement biblique de
la création divine, avec la théorie
prédominante scientifique de génération
spontanée. Est-il possible d’harmoniser les deux? Evidemment non, puisque
les deux points de vue reposent sur des prémisses entièrement différentes. Le
dernier accepte seulement les causes naturelles, tandis que le précédent
reconnaît Dieu comme la cause Surnaturelle: «
C'est par la foi que nous comprenons que le monde ait été formé par la
parole de Dieu, de sorte que ce qu'on voit ne provient pas de ce qui est
visible » (Hé 11:3).
Enraciné vers le bas, ou vers le haut? Le problème avec la logique
scientifique est qu’elle refuse d’être informée par la révélation divine. Quand
une personne insiste sur la croyance seulement en ce qui peut être démontrée
dans un laboratoire, elle choisit de retracer vers le bas ses racines à des sources biologiques, plutôt que vers le haut, de l’image de Dieu. En fin
de compte, ceci conduit la personne à croire en rien d’autre qu’en elle même.
La conséquence tragique d’une telle philosophie est qu’elle vide la vie et
l’histoire humaine d’une signification fondamentale, laissant la vie et
l’histoire, avec aucun commencement ou destin divin. La vie est réduite à un
cycle biologique, qui, seulement par la chance, détermine son propre
commencement et fin.
Pour la science, la
dernière réalité n’est pas Dieu, mais la matière, qui a été vue historiquement
comme éternelle ou comme mauvaise. L’histoire de la création, avec son Sabbat
commémoratif, défie ce nihilisme, exhortant chaque génération, si chargée avec
des faits scientifiques ou avec les fantaisies mythologiques, à reconnaître que
ce monde est une création et un don de Dieu, confié à l’homme, ce qui rend sa
vie significative, parce qu’elle est enracinée en Dieu.
Une perspective divine. Si nous acceptons par la foi, que Dieu créa
ce monde, alors pourquoi ne croirions nous pas qu’Il nous a révélé le temps
qu’Il prit pour accomplir cela? Quelqu’un pourrait objecter que la notion de la
création et du repos de Dieu, en suivant les limitations de la semaine humaine
de sept jours, milite contre Sa vraie nature éternelle et omnipotente.
C’est évident que le Très
Haut Dieu n’avait pas besoin d’âges géologiques ou des jours littéraux pour
créer notre monde, mais seulement le désir de l’appeler à l’existence (Ps
33:6). Mais le fait que dans Sa révélation, Dieu nous dit qu’Il choisit un
temps humain, plutôt qu’un temps divin, pour créer notre monde, n’indique-t-il
pas une autre qualité aussi importante de Sa nature divine: l’amour? N’est ce pas le désir
d’entrer dans les limitations du temps humain, à la création, une réflexion de
Son souci de donner un exemple divin ou une perspective à la semaine de
travail-et-repos envers Ses créatures? N’est ce pas aussi une préfiguration de
la bonne volonté de Dieu, d’entrer, si le besoin se révèle, dans la chair
humaine, afin de devenir « Emmanuel », « Dieu avec nous »?
Nous concluons que de
questionner l’origine du Sabbat à la création, à cause des difficultés
d’harmoniser la semaine de la création, avec les théories modernes de genèse,
signifie de rejeter, non seulement le message de Genèse 1:1- 2:3, mais aussi
son commentaire qui se trouve dans le quatrième commandement. Ce dernier parle
de six jours littéraux de la création et d’un jour littéral de repos, sanctifié
par Dieu, quand ce monde fut créé (Ex 20:11).
Question:
L’omission
dans l’histoire de la création, du « soir et matin » en liaison avec le
septième jour, n’indique-t-elle pas que le Sabbat n’est pas un jour littéral de
24 heures, comme les six jours précédents, mais un temps symbolique
représentant le repos éternel?
Réponse:
Repos éternel. C’est un fait que les Rabbins et les écrivains
Chrétiens ont interprété l’absence d’aucune référence au « soir et matin », en
liaison avec le septième jour de la création, comme représentant le futur repos
éternel de ceux qui sont rachetés. Augustin offre l’exemple le plus approprié
de cette interprétation, dans la dernière page de ses Confessions, où il offre
cette prière exquise: « O Seigneur Dieu, accorde Ta paix sur nous… la paix du
repos, la paix du Sabbat, lequel n’a pas de soir. Car tout ce très merveilleux
ordre des choses, « très bon… va mourir car en lui, il y avait matin et soir.
Mais le septième jour est sans aucun soir, n’a aucun couchant, parce que Tu
l’as sanctifié à une éternelle durée… que nous aussi, après nos travaux…
puissions se reposer en Toi aussi, dans le Sabbat de la vie éternelle ».[161]
Cette interprétation
eschatologique spirituelle du Sabbat de la création à des mérites, parce que,
comme le chapitre quatre démontre, la vision de paix, de repos, de prospérité
du premier Sabbat, inspire la vision prophétique de paix, de joie, et de
prospérité du monde à venir. Cette interprétation se trouve aussi dans Hébreux
4:9-11 où les croyants sont exhortés de faire un effort d’entrer dans le repos
du Sabbat qui subsiste pour le peuple de Dieu (vv. 9, 11).
Jour littéral. L’interprétation symbolique du septième jour de la
création qui n’a pas de soir, ne nie pas sa durée de 24 heures littérales, pour
au moins quatre raisons:
D’abord, parce que le
septième jour est énuméré comme les six jours précédents. Notez que dans la
Bible, chaque fois que l’expression « jour— yom
» est accompagné par un nombre, ça
signifie toujours un jour de 24 heures.
Secondement, parce que le
Décalogue lui-même affirme clairement que Dieu, ayant travaillé 6 jours, se
reposa le septième jour de la semaine de la création (Ex 20:11). Si les six
premiers jours furent des jours terrestres ordinaires, nous devons comprendre
le septième de la même façon.
Troisièmement, parce que
chaque passage qui mentionne le septième jour de la création, comme la base du
Sabbat terrestre, le considère comme un jour ordinaire (Ex 20:11; 31:17; Mc
2:27; Hé 4:4).
Dernièrement, parce que le
commandement d’observer le Sabbat comme un jour commémoratif du Sabbat de la création
(Ex 20:11) implique un Sabbat original littéral de 24 heures. Dieu pouvait à
peine commander ses créatures de travailler 6 jours, et de se reposer le
septième, suivant son exemple, si le septième jour n’était pas un jour
littéral.
Question:
L’absence d’un commandement explicite
d’observer le septième jour dans Genèse 2:2-3, n’indique-t-elle pas que le
Sabbat n’est pas une ordonnance obligatoire de la création pour le genre
humain, mais une institution temporaire, introduite par Moïse pour Israël seulement?
Réponse:
L’argument rend Moïse
coupable d'une déformation de la vérité ou, au moins, d’être une victime d’un
gros malentendu. Il aurait retrouvé l’origine du Sabbat à la création, quand,
en réalité, c’était sa propre nouvelle création. Une telle charge, si vraie,
jetterait de sérieux doutes sur l’intégrité et/ou la fiabilité de n’importe
quoi d’autre, que Moïse, ou tout autre, qui ont écrit dans la Bible.
Qu’est-ce qui fait un
précepte divin moral et universel? Ne devons-nous pas considérer une loi
morale, quand elle reflète la nature de Dieu? Dieu pouvait-il donner une plus
forte révélation de la nature morale du Sabbat, que par la faire une règle de
Sa conduite divine? Est-ce qu’un principe établit par l’exemple divin, est
moins obligatoire que celui qui est exprimé par un commandement divin? N’est-il
pas le cas que les actes en disent plus long que les mots?
« La méthode d’opération
de Dieu », comme le note John Murray, « est exemplaire, sur la base de laquelle
la séquence pour l’homme est modelée. Il ne peut y avoir le moindre doute que
dans Genèse 2:3, il y a au moins une allusion aux bienfaits du septième jour
dans la semaine humaine ».[162]
Le fait que le Sabbat est
présenté dans l’histoire de la création en tant qu’exemple divin, plutôt qu’un
commandement pour le genre humain, pouvait bien refléter ce que Dieu avait
l’intention pour ce que soit le Sabbat, dans un monde sans péché, c’est à dire,
non une imposition aliénée, mais une réponse libre à un Créateur
miséricordieux. En choisissant librement de se rendre lui-même disponible à son
Créateur au jour de Sabbat, l’homme allait faire l’expérience d’un renouveau et
d’un enrichissement physique, mentale et spirituelle. Puisque ces besoins non
pas étés éliminés, mais intensifiés par la chute de l’homme, les fonctions
morales, universelles et perpétuelles du précepte du Sabbat furent répétées par
la suite sous la forme d’un commandement.
Question:
Dans
Genèse 2:2-3, il y a trois références au « septième jour, » mais aucune mention
du Sabbat. Cette omission, n’indique-t-elle pas que le Sabbat, en tant
qu’institution, tire son origine, non à la création, mais plus tard, au temps
de Moïse?
Réponse:
Forme
verbale. C’est vrai que le nom « Sabbat » ne se trouve pas dans ce passage, mais la
forme apparentée verbale shabat (cesser,
s’arrêter, se reposer) est employée, et ce terme, comme le note U. Cassuto, «
contient une allusion au nom “le jour du Sabbat” ».[163]
De plus, comme Cassuto,
avec sagacité le remarque, l’emploi du nom septième
jour plutôt que Sabbat, peut bien
refléter l’intérêt de l’écrivain de souligner l’ordre perpétuel du jour, de manière indépendante et libre
d’aucune association avec les « Sabbats » astrologiques des nations païennes.[164]
Ordre perpétuel. C’est un fait connu que le terme shabbatu, lequel est similaire au mot
Hébreu pour Sabbat (shabbat), se
trouve dans les documents de l’ancienne Mésopotamie. Le terme désignait
apparemment le quinzième jour du mois, c’est à dire, le jour de la pleine lune.
En désignant le jour par le nombre, plutôt que par le nom, la Genèse semble
accentuer que le jour du Sabbat de Dieu, n’est pas semblable à celui des
nations païennes, relié aux phases de la lune. Plutôt, ce sera le septième
jour, dans un ordre perpétuel, indépendant d’aucune association avec les cycles
des corps célestes.
En pointant à un ordre perpétuel, le septième jour
affermit le message cosmologique de l’histoire de la création, précisément que
Dieu est créateur et contrôleur constant de ce cosmos. Dans l’Exode, cependant,
où le septième n’est pas donné dans le contexte de la genèse de ce cosmos, mais
dans celle de la nation d’Israël, le jour est explicitement désigné « Sabbat »,
apparemment pour exprimer sa nouvelle fonction historique et de sotériologie.
Question:
L’absence
d’exemple d’observation du Sabbat pour toute la période des patriarches, c’est
à dire, entre Genèse 2 et l’Exode 16, n’indique-t-elle pas que le Sabbat
n’était pas connu et observé avant Moïse?
Réponse:
L’absence de références
explicites d’observation du Sabbat, entre Genèse 2 et Exode 16, ne signifie pas
nécessairement que le principe de l’observation du Sabbat était inconnu.
L’apparent silence pourrait signifier qu’entre Adam et Moïse, le Sabbat, bien
que connu, n’était pas observé. La non-observance de la fête des huttes, entre
Josué et Néhémie, une période de presque 1000 années, fournirait une situation
parallèle (Né 8:17).
Tenir pour certain. Une explication plus plausible est que la
coutume de l’observation du Sabbat n’est pas mentionnée, simplement parce qu’elle
est tenue pour certain. Un nombre de raisons supporte cette explication.
D’abord, nous avons un
exemple similaire de silence concernant le Sabbat entre les livres de
Deutéronome et 2 Rois. Un tel silence peut à peine être interprété comme une
non-observance du Sabbat, puisque quand la première référence accidentelle se
trouve dans 2 Rois 4:23, elle décrit la
coutume de visiter un prophète le Sabbat.
Deuxièmement, la Genèse ne
contient pas des lois semblable à l’Exode, mais elle est plutôt un bref exposé
des origines. Puisqu’elle ne fait mention d’aucun autre commandement, le
silence concernant le Sabbat n’est pas exceptionnel.
Troisièmement, il y a
partout dans le livre de la Genèse et dans les premiers chapitres de l’Exode,
des circonstances évidentes de l’emploie de la semaine de sept jours, qui
d'elle-même impliquerait l’existence du Sabbat. La période de sept jours est
mentionnée quatre fois dans le récit du Déluge (Gn 7:4, 10; 8:10, 12).
La « semaine » est aussi
apparemment employée dans un sens technique pour décrire la durée des
festivités nuptiales de Jacob (Gn 29:27) de même que la durée du deuil à sa
mort (Gn 50:10). Une période semblable fut observée par les amis de Job, pour
exprimer leurs condoléances au patriarche (Jb 2:13). Probablement, toutes les
cérémonies mentionnées étaient terminées par l’arrivé du Sabbat.
Présupposé. Enfin, le Sabbat est présenté dans l’Exode 16 et 20,
comme une institution qui existait déjà. Les instructions pour ramasser une
double portion de manne le sixième jour, présupposent une connaissance de la
signification du Sabbat: « Le sixième jour, lorsqu'ils prépareront ce qu'ils
auront apporté, il y en aura deux fois plus que ce qu'ils récoltent chaque jour
» (Ex 16:5). L’omission d’une explication pour ramasser une double portion le
sixième jour, serait inexplicable, si les Israélites n’avaient pas une
connaissance antérieure du Sabbat.
De même, dans l’Exode 20,
le Sabbat est présupposé comme quelque chose de déjà connu. Le commandement ne
dit pas: « Connais le jour du Sabbat », mais « Souviens-toi du jour du Sabbat »
(Ex 20:8); ceci implique qu’il était déjà connu. De plus, le commandement,
présentant le Sabbat comme enraciné dans la création (Ex 20:11), peut à peine
permettre une introduction tardive de la fête, au temps de l’Exode.
Spéculer sur comment les
patriarches observaient le Sabbat, serait une tentative vaine, puisqu’elle se
reposerait plus sur l’imagination que sur les informations disponibles.
Considérant, cependant, que l’essence de l’observation du Sabbat ne consiste pas à se rendre pour
accomplir des rites, mais plutôt un temps
spécifique pour être avec Dieu,
nous-mêmes, et d’autres, il semble entièrement possible que les patriarches
consacrèrent les heures saintes du Sabbat chez eux, engagés dans quelques actes
d’adorations, décrits dans la Genèse, tel que la prière (Gn 12:8; 26:25), le
sacrifice (Gn 12:8; 13:18; 26:25; 33:20) et l’enseignement (Gn 18:19).
Question:
Les
Rabbins et les Pères de l’Église, n’ont-ils pas enseignés que le Sabbat est une
institution Mosaïque, établie par Moïse pour Israël seul? Ce point de vue
historique, n’annule-t-elle pas l’origine du Sabbat à la création et sa
validité universelle?
Réponse:
Une
institution mosaïque. Quelques Rabbins Palestiniens et quelques Pères au début
de l’ère de l’Église, réduisirent le Sabbat d’un décret pour le genre humain, à
une institution Mosaïque, pour les Juifs. Cependant, leurs enseignements
n’annulent pas la validité du point de vue biblique de l’origine du Sabbat à la
création et son application universelle, parce que les enseignements des
Ecritures ne peuvent « être l'objet d'interprétation particulière » (2 P 1:20).[165]
L’identité Juive. De plus, on doit prendre note des facteurs qui
contribuaient à l’adoption de l’origine Mosaïque du Sabbat. Ce fut le grand
désir de préserver l’identité Juive, au temps ou les forces hellénistiques
firent pression pour l'abandon de la religion Juive; ceci conduisit apparemment
les Rabbins Palestiniens à réduire le Sabbat d’un décret qui provient de la
création, établi pour le genre humain, à un décret Mosaïque donné exclusivement
à l’Israël.
Ainsi, un tel
développement se produisit en réponse aux efforts déterminés du roi Syrien
Antiochos Épiphane, pour rendre effectif un programme d’hellénisation radicale
des Juifs, par la prohibition de sacrifices et de l’observation du Sabbat (175
av. J.-C.). Le résultat fut que beaucoup de Juifs apostasièrent, ils «
sacrifièrent aux idoles, et violèrent le Sabbat » (1 Maccabées 1:43MH).
Les Juifs pieux, résistèrent
avec passion, aux efforts d’hellénisation d’Antiochos Épiphanes, préférant être
massacrés, plutôt que de violer le Sabbat (1 Mac 2:32-38). Le besoin de
préserver l’identité Juive, à ce temps critique, inspira une vue
exclusivistique et nationalistique du Sabbat.
La notion fut introduite à
ce temps par quelques Rabbins, que le privilège d’observer le Sabbat fut privé
aux Gentils, et réservé exclusivement à Israël. Comme l’indique le livre des
Jubilees, « Il [Dieu] ne permit pas à d’autres peuples ou peuple d’observer le
Sabbat sur ce jour même, excepté Israël seulement; à lui seul, il permet de
manger et de boire et d’observer le Sabbat, ce jour même (2:31). Si les
patriarches sont parfois mentionnés comme observant le Sabbat, ceci est vu
comme une exception « avant qu’il [le Sabbat] fût donné » à Israël.[166]
Un développement secondaire. La notion du Sabbat comme une
institution exclusivement Juive, établie non à la création pour toute
l’humanité, mais par Moïse, pour Israël seul, rend Dieu coupable, le moins
qu’on puisse dire, de favoritisme et de pratiques discriminatoires.
Il doit être dit,
cependant, que la notion de l’origine mosaïque du Sabbat, représente un tard
développement secondaire, plutôt qu’une tradition originel. Ceci est soutenu
par le fait que dans le Judaïsme hellénistique, le Sabbat fut vu comme une
ordonnance de la création pour le genre humain. De plus, même dans la
littérature Palestinienne (apocalyptique et rabbinique) la mention est souvent
faite de Dieu, d’Adam, de Seth, d’Abraham, de Jacob et de Joseph, en tant
qu’observateurs scrupuleux du Sabbat.[167]
Besoin apologétique. Les Pères, au début de l’ère de l’Église,
adoptèrent la notion de l’origine mosaïque et de la nature exclusive Juive du
Sabbat, pour défier ces Chrétiens qui défendaient les obligations exigées du
commandement du Sabbat dans le régime Chrétien. L’argument normal et fréquent
est que les patriarches et les hommes vertueux, avant Moïse, n’observaient pas
le Sabbat, et ainsi le jour doit être vue comme une ordonnance temporaire,
tirant son origine de Moïse et imposée exclusivement aux Juifs à cause de leur
infidélité.[168]
La réduction d’une
ordonnance de la création à un signe infamant de la désobéissance Juive, peut
exprimer le besoin d’arguments à court terme apologétiques, mais elle manque de
comprendre les valeurs permanentes et élevés que l’Écriture place sur le
Sabbat.
Question:
L’observation
du Sabbat au temps de l’Ancien Testament, n’a-t-elle pas souvent abouti dans le
ritualisme et le légalisme, ce que l’Écriture condamne? Ce facteur ne
discrédit-il pas la validité et la valeur de l’observation du Sabbat,
aujourd’hui?
Réponse:
Antidote
au légalisme. La validité d’un précepte divin n’est pas annulée par le fait que certains
l’ont perverti. Malheureusement, les légalistes tendent à oublier que par Ses actions et Ses paroles,
le Sauveur fit du Sabbat un jour de « miséricorde » plutôt que de « sacrifice »
(Mt 12:7-8), un temps pour aimer Dieu et nos semblables, plutôt que de parader
sa droiture en accomplissant des rites.
Une expérience et
compréhension correcte du Sabbat peuvent prouver à être de puissants antidotes
au légalisme. Pourquoi? Parce que le Sabbat nous enseigne, non de travailler
pour notre salut (le légalisme), mais de cesser tout notre travail, afin « de
permettre à Dieu de travailler « en nous », comme le dit si bien Calvin.[169]
Question:
Le
commandement du Sabbat, ne contient-il pas un élément cérémonial— c’est à dire,
la spécification du septième jour— et un élément moral— c’est à dire, le
principe du repos un jour sur sept? Si oui, l’observation dominicale
n’accomplit-elle pas le but du quatrième commandement?
Réponse:
L’origine
de la distinction. Le quatrième commandement ne contient pas une telle distinction
artificielle entre des éléments moraux et cérémonials. Une telle distinction
fut introduite suivant la loi du Dimanche de Constantin en 327, afin de donner
une sanction théologique à la législation impériale, exigeant le repos du
travail le Dimanche. Les chefs de l’Église appliquèrent le commandement du
Sabbat au Dimanche, en démontrant que le commandement contient un aspect
cérémonial, la spécification du septième jour— et un élément moral—le principe
du repos un jour sur sept pour adorer Dieu.[170]
Le rôle de Thomas ‘d’Aquin. Thomas d’Aquin (1225-1247) offre l’interprétation la plus
articulée de cette distinction artificielle et injustifiée, dans sa Summa Theologiae. Il argumente que « le
précepte de l’observation du Sabbat est moral… dans la mesure où il commande
l’homme de donner un certain temps aux choses de Dieu… mais il est un précepte
cérémonial, quand il spécifie le temps ».[171]
Comment le quatrième
commandement peut-il être cérémonial,
en spécifiant le septième jour, mais moral en imposant de mettre à part, un jour de repos pour adorer? Fondamentalement,
parce que pour Thomas d’Aquin, l’aspect moral du Sabbat est fondé sur la Loi
Naturelle, c’est à dire, sur le principe de déclarer un temps régulier pour
l’adoration, et le repos, ceci est en accord avec la raison naturelle. De
l’autre côté, l’aspect cérémonial du Sabbat, est déterminé par le symbolisme du
septième jour: la commémoration de la « création » et la préfiguration du «
repos de l’esprit en Dieu, soit dans la vie présente, par la grâce, ou dans la
vie future, par la gloire. »[172]
On se demande, comment le
Sabbat, peut-il être cérémonial (transitoire) pour symboliser la création
parfaite de Dieu et le repos qui se trouve en Lui dans la vie présente et
future? N’est ce pas cette réassurance qui fournit la base pour mettre de côté
n’importe quel temps pour adorer Dieu? Pour rejeter comme cérémonial le message originel du Sabbat du septième jour, c’est à
dire que Dieu est le Créateur parfait qui offre le repos, la paix, et la
communion à Ses créatures, signifie la destruction de la propre base morale pour consacrer n’importe quel
temps à l’adoration de Dieu.
L’élaboration des Réformateurs. Les Réformateurs adoptèrent et
élaborèrent la distinction d’Aquin entre l’aspect moral et cérémonial du
commandement du Sabbat. Melanchthon explique, par exemple: « Dans ce
commandement, il y deux parties: une
partie générale, qui est toujours nécessaire pour l’Église, et une partie
spécifique, qui se rattache à un jour spécial qui a rapport seulement au
gouvernement d’Israël… La [partie] générale
de ce commandement appartient à ce qui est moral, naturel, et permanent,
c’est à dire, l’observation du culte de l’Église; et la [partie] spécifique, qui désigne le septième jour, a rapport à la
cérémonie… elle ne nous est pas obligatoire; par conséquent, nous avons des
assemblés le premier jour, c’est à dire, le Dimanche.[173]
C’est difficile de
comprendre la logique derrière un tel raisonnement. Comment le principe de
mettre à part un jour ou un temps de
la semaine « pour maintenir le service de prédication et l’exercice public du
culte », peut-être considéré comme moral,
tandis que la spécification actuelle du septième
jour, est considérée comme cérémonial,
c’est à dire, ce qui a rapport « seulement au gouvernement d’Israël »?[174]
Pas de base dans la loi naturelle. Pour argumenter que le septième
jour est cérémonial, parce qu’il ne peut pas être découvert par la raison
humaine par elle-même (la loi naturelle), c’est manquer de reconnaître que la
raison humaine, par elle même, ne peut pas découvrir qu’un temps doit être mis
à part pour maintenir « le service de la prédication et l’exercice public du
culte ». Ce dernier principe, en fait, ne peut même pas être tiré explicitement
du quatrième commandement, où la mention est faite, non d’assister à une
prédication le Sabbat, mais seulement de se reposer dans le Seigneur (Ex
20:10).
La notion que le Décalogue
est basé sur, ou supporté par la Loi Naturelle, est une fabrication scolastique
(influencée par la philosophie morale classique). Dans les Ecritures, le Sabbat
et le reste des dix commandements sont enracinés, non sur une raison humaine,
mais sur une révélation spéciale divine. Le fait que la raison humaine, par
elle-même, peut découvrir quelques unes des valeurs morales du Décalogue, peut
montrer leurs rationalités, mais pas leurs origines.
Les distinctions de Calvin. Jean Calvin propose à nouveau, avec de
nouvelles qualifications, la distinction d’Aquin, entre l’aspect moral et
cérémonial du Sabbat. Il enseigna qu’à la création, le Sabbat fut donné comme
un décret perpétuel, mais « plus tard, dans la loi, un nouveau précepte
concernant le Sabbat fut donné, lequel serait particulier aux Juifs, et
seulement pour une saison. »[175]
Quelle est la distinction
entre le Sabbat Juif (Mosaïque) et le Sabbat Chrétien (de la création)? La
différence n’est pas facile à découvrir, particulièrement pour quelqu’un qui
n’est pas instruit à distinguer les nuances théologiques. Calvin décrit le
Sabbat Juif comme étant « typologique » (symbolique), c’est à dire, « une
cérémonie légale ombrageant d’avance un repos spirituel, don’t la véracité fut
manifestée en Christ. »[176] De l’autre côté, le
Sabbat Chrétien (le Dimanche) est « sans symbole. »[177] Par ceci, il signifie
apparemment, que c’est une institution plus pragmatique, désignée pour accomplir
trois objectifs de base: D’abord, pour permettre à Dieu de travailler en nous;
secondement, pour fournir le temps pour la méditation et les services d’église;
et troisièmement, pour protéger les travailleurs dépendants.
Une contradiction pas résolue. La tentative de Calvin de résoudre
la tension entre le Sabbat en tant qu’ordonnance « perpétuelle de la création »
et comme « une loi cérémonielle temporaire, » peut à peine être considéré comme
ayant eu du succès. Le Sabbat, n’accomplissait-il pas les mêmes fonctions
pragmatiques pour les Juifs, comme il le fait pour les Chrétiens? De plus, en
enseignant que pour les Chrétiens, le Sabbat représente « le renoncement de soi
» et le « vrai repos » de l’Évangile, Calvin n’attribue-t-il pas non plus à ce
jour une signification « typologique-symbolique », de même que la typologie
qu’il assigna au Sabbat Juif?
Pour soutenir que la
spécification du septième jour est un
élément cérémonial du Sabbat, parce qu’il fut désigné pour aider les Juifs dans
la commémoration de la création et dans l’expérience spirituelle du repos,
signifie un aveuglement au fait que les Chrétiens ont besoin d‘un tel aide, autant que les Juifs;
ça signifie qu'on laisse les Chrétiens confus concernant les raisons pour
consacrer un jour à l’adoration de Dieu. R. J. Bauckham reconnaît justement
l’existence d‘une telle confusion, quand il note que beaucoup de « Protestants
au milieu du seizième siècle avaient autant d'idées imprécises concernant la
base de l’observance du Dimanche, que la plupart de Chrétiens avaient eu, la
plupart du temps. »[178]
Un défi direct. Un défi plus direct à la notion d’un jour-sur-sept
est fourni par l’absence, dans l’Ancien Testament, d’un jour libre assuré pour
ces prêtres qui devaient travailler le Sabbat. Donald Carson reconnaît sagement
ce fait, quand il écrit: « Si le principe de l’Ancien Testament était
réellement ‘un jour-sur-sept pour l’adoration et le repos, ’ nous pourrions
avoir espéré à une législation dans l’Ancien Testament afin de prescrire un
autre jour de congé pour les prêtres. Le fait qu’aucune telle législation
existe, confirme l’importance de la considération du septième jour dans
l’Ancien Testament, plutôt que le simple principe d’un jour-sur-sept, qui est
si grandement adopté par ceux qui désirent voir dans le Dimanche l’équivalent
précis du Nouveau Testament, du Sabbat de l’Ancien Testament. »[179]
Question: