Le Vin dans la Bible:Une Étude Biblique de l’usage de boissons alcooliques
par Samuele Bacchiocchi
Traduit et abrégé par Yvon Caza avec l’aide de A.-M. Tallé
Copyright 1990 par Samuele Bacchiocchi.
Tous droits réservés.
On citera dans ce livre différentes versions de la Bible dont voici les sigles et leurs explications:
D = Version J. N. Darby.
FC = Bible en Français Courant.
Jér = Version de Jérusalem.
MH = Version Maredsous-Hautecombe.
S = Version Louis Segond de 1910.
TOB = Traduction Oecuménique de la Bible.
Lorsqu’une référence biblique ne comporte aucun sigle, il s’agit de la version Louis Segond révisée 1978, la Bible à la Colombe [SR].
Dans les références les titres des livres Bibliques sont abrégés d’après les abréviations de la version Louis Segond révisée 1978, la Bible à la Colombe [SR].
Note du Traducteur
On trouvera ici une traduction abrégée du texte de l’auteur. Les Notes et Références ont été adaptés en fonction du public francophone. Pour les cas où il n’a pas été possible de citer en note un auteur dans sa traduction française, je donne la référence à l’édition telle qu’elle est fournie par l’auteur.
Table des matières
3. L’approbation et la désapprobation biblique du «vin»
4. La préservation du jus de raisin
6. Le vin dans l’église apostolique
7. Quelques textes mal compris
8. Ellen White et les boissons alcooliques
L’usage de boissons alcoolisées est devenu le plus grand ennemi public en Amérique, coûtant au delà de $117 billions chaque année et sacrifiant au moins 100.000 vies américaines, 25 fois le nombre total des victimes consommatrices de drogues illégales.1 Le vrai coût humain d’alcool dépasse toute estimation de statistique de mortalités, d’infirmités, et de coût. D’après un sondage effectué en 1987, une famille sur quatre est touchée par le problème de l’alcool.2 Plus de 61 millions d’Américains sont affectés directement ou indirectement par ce fléau: enfants retardés, divorces, violence à domicile, différents types de crime, maladie, et mortalité.
Les églises chrétiennes ont pour leur part une grande responsabilité dans cette épidémie d’alcool en Amérique aujourd’hui, Elles sont capables d’influencer, plus que n’importe-quelle autre institution, les valeurs et pratiques morales de la société. Ce que les pasteurs prêchent du haut de leur chaire au sujet des boissons alcoolisées détermine dans une large mesure la position que les chrétiens prennent à ce sujet. La majorité des 100 millions de buveurs de boissons alcoolisées en Amérique sont des membres d’église à qui on a enseigné que la Bible sanctionne un usage modéré de boisson alcoolisée. La prise modérée de boissons alcoolisées a conduit plus de 18 millions d’Américains à devenir des buveurs immodérés, parce que l’alcool est un narcotique qui affaiblit les facultés et affecte la maîtrise de soi.
L’abandon de l’abstinence. Depuis l’abrogation de la loi sur la prohibition (1933) aux Etats Unis, la plupart des églises évangéliques ont graduellement abandonné leur prise de position sur l’abstinence totale pour en adopter une de modération envers l’usage d’alcool. Un facteur majeur ayant contribué à cette prise de position a été l’affaiblissement de la conviction que l’abstinence totale est un précepte biblique et moral qui doit être respecté comme tout autre précepte divin. Billy Graham a soutenu cette opinion quand il a déclaré: «Je ne crois pas que la Bible enseigne l’antialcoolisme... Jésus a bu du vin. Jésus a changé l’eau en vin à une noce. Ce n’était pas du jus de raisin comme plusieurs essaient de le soutenir.»3 N’ayant plus de conviction contraignante biblique et morale pour rester ou devenir abstinent, les chrétiens cèdent de plus en plus à la pression sociale pour justifier leur consommation de boissons alcoolisées.
Je me suis rendu compte de l’étendue du problème de la consommation d’alcool au cours des conférences que j’ai eu l’occasion de donner récemment en Amérique du Nord et outre-mer. Plusieurs pasteurs et membres d’église m’ont souvent demandé d’expliquer certains textes de la Bible utilisés par leurs membres pour justifier leur usage modéré de boissons alcoolisées. Devant répondre à plusieurs appels d’aide, je n’ai pu continuer, en toute conscience, d’ignorer le problème. Aussi, j’ai décidé de prendre le temps (outre mon enseignement à l’Université d’Andrews [E.-U.] pour faire une étude approfondie sur ce que la Bible nous apprend concernant l’usage des boissons alcoolisées. A la suite de cette étude, j’ai publié mes résultats dans un livre intitulé «Wine in the Bible: A Biblical Study on the employé of Alcoholic Beverages» (300 pages, 1989) Le livre a déjà été favorablement passé en revue par plus de 100 savants et dirigeants d’églises de diverses dénominations. Ce livre-ci est un résumé des traits saillants de cette recherche. Cependant les lecteurs désirant en savoir d’avantage sont encouragés à lire la version originale anglaise qui est beaucoup plus détaillée.
Une contradiction apparente. Quand j’ai commencé à lire ce que les Saintes Ecritures enseignent au sujet du vin, je me suis aperçu que la Bible semble en parler d’une façon contradictoire. D’une part, la Bible désapprouve totalement l’usage du vin (Lv 10.8-11; Jg 13.3,4; Pr 31.4,5; 23.31; 20.1; Ha 2.5; Ep 5.18; 1 Tm 3.2,3), d’autre part, elle l’approuve entièrement, le considérant comme une bénédiction divine pour bénéficier le peuple. (Gn 27.28; 49.10-12; Ps 104.14,15; Es 55.1; Am 9.13; Jn 2.10,11).
Les partisans de la modération essaient de résoudre cette contradiction apparente soutenant que les Ecritures condamnent l’usage immodéré de boissons alcoolisées mais qu’elles recommandent l’usage modéré. Cette croyance est fondée sur une hypothèse selon laquelle la Bible ne parle que du vin fermenté et qu’elle considère comme une grâce divine si on s’en sert modérément. Par conséquent, la condamnation de la consommation du vin dans la Bible ne se réfère pas à la sorte de vin (alcoolisé), mais à la quantité absorbée.
Le paradoxe suivant démontre une faiblesse de cet argument: Les Ecritures approuvent et désapprouvent à la fois l’usage du vin, sans égard à la quantité utilisée. Le vin est dénoncé comme étant «traître» (Ha 2.5) et « moqueur» (Pr 20.1) qui «finit par mordre comme un serpent et par piquer comme un aspic» (Pr 23.32). Pour éviter l’embarras et la souffrance causé par la consommation de vin fermenté, la Bible nous commande non d’en faire un usage modéré mais elle préconise l’abstinence totale: «Ne regarde pas le vin» (Pr 23.31). La raison de cette prohibition absolue est sans doute liée au fait que lorsque le regard se fixe sur une chose attrayante, il en subit l’attraction et il n’y a qu’un pas à faire pour s’en obtenir.
D’autres essaient de résoudre cette contradiction apparente entre l’approbation et la désapprobation biblique du vin en discutant que les références positives représentent une concession divine envers la faiblesse humaine, plutôt qu’une approbation divine. Le problème principal posé par cette interprétation est que certains textes nous parlent du «vin», non pas comme étant une concession divine mais comme étant une grâce de Dieu pour enjouer le peuple. Par exemple, le psalmiste dit que Dieu donne «le vin qui réjouit le coeur de l’homme, et fait plus que l’huile resplendir son visage, et le pain qui soutient le coeur de l’homme» (104.14,15). Ici le «vin» est joint avec l’huile et le pain comme grâces divines fondamentales qui jouissent de l’approbation de Dieu.
L’apparente contradiction entre l’approbation et la désapprobation biblique du vin est dictée par la supposition que les mots hébreux et grecs traduits par le mot vin en français (yayine et oinos) signifient toujours du «vin fermenté». Est-ce que cette supposition est correcte? Pour pouvoir répondre à cette question, il faut rechercher l’usage historique et biblique du terme «vin», en commençant avec le mot français «vin», suivit par le mot latin «vinum», le grec «oinos», et finalement l’hébreu «yayine». Le résultat de cette recherche est sans doute très clair: c’est quatre mots relatifs ont été employés historiquement se référant au jus de raisin, soit fermenté ou non fermenté.1
L’acception du mot français «vin». tout les dictionnaires consultés définissent le mot «vin» comme jus de raisin fermenté. Par contre, on trouve que le mot vin peut aussi signifié du jus de raisin non fermenté. Par exemple, le Larousse de la Langue Française Lexis [1985 et 1989]; (voir aussi Emile Littré: Dictionnaire de la Langue Française 1958.), sous l’article du mot «doux,» ont cette définition suivante: «vin doux: jus de raisin non fermenté.»
Le Petit Larousse en Couleurs 1972 [et 1959] définit «moût» comme «vin doux qui n’a pas encore fermenté.» (voir aussi le Nouveau Dictionnaire Universel Illustré par G. Bovier-Lapierre, Autorisées par l’Académie Française en 1901 et 1905, édition canadienne de 1922).
Dans l’Encyclopédie, ou Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, par une société de gens de lettres, A Neufchastel (1751-1765) on lit: «Mouft: vin au fortir de la grappe, qui n’a point encore fermenté.» p. 825, tome dixième. De la même encyclopédie, p. 300 du tome dix-septième, on lit: «vin muet: vin fait avec du moût, dont on empêche la fermentation au moyen du foufre.»
Du Grand Dictionnaire Universel du XIXe Siècle de P. Larousse (1865-1890), la définition du mot moût se trouve comme ceci: «Moût: du latin mustum, vin nouveau- On appelle quelquefois vin doux le moût qui coule du pressoir...» Le même dictionnaire définit le «vin de goutte» comme «vin qui coule des grappes bien mûres, avant qu’on les ait mises au pressoir.» Dans cette dernière définition on remarque que le mot vin sans qualificatif peut désigner le jus de raisin non fermenté.
Donc, d’après ces définitions, on s’aperçoit que le mot français «vin» peut clairement signifier du jus de raisin non fermenté.
L’acception du mot grec «oinos». Des exemples du double usage d’oinos abondent dans le grec séculier. Dans son livre «Météréologiques», Aristote (384-322 av. J.-C.) parle de jus de raisin non fermenté (glukus) en disant: «Ce n’est du vin [oinos] que de nom; ce n’en est pas en réalité. Car il n’a pas le suc de vin, et c’est pourquoi il ne grise pas, ce que fait le premier vin venu.»2 Dans ce texte, Aristote nous informe explicitement que le jus de raisin non fermenté était appelé «oinos - vin», même s’il ne goûtait pas et n’enivrait pas comme du vin ordinaire.3
Dans la Septante, une traduction Grecque de l’Ancien Testament du troisième ou deuxième siècle av. J.-C., «le mot hébreu pour du jus de raisin - tirôche est traduit au moins 33 fois par le mot grec oinos - vin, et l’adjectif "nouveau" n’est pas présent. Donc, Oinos sans détermination, peut facilement signifier le vin non fermenté dans le Nouveau Testament.»4
On trouve un usage possible d’oinos dans le Nouveau Testament pour dénoter du vin non fermenté dans Matthieu 9.17 où Jésus nous dit qu’on «met le vin nouveau dans des outres neuves.» En vue du fait qu’aucune outre neuve peut résister à la pression causée par la fermentation du vin nouveau, il est raisonnable de supposer que le «vin nouveau» mentionné par Jésus était un vin fraîchement pressé qui a été passé au filtre et probablement bouillit et placé immédiatement dans des outres neuves pour assurer l’absence des substances qui causent la fermentation. Plusieurs auteurs attestent cette pratique.
L’acception du mot hébreu «yayine». Comme dans le grec, le terme hébreu «yayine» traduit par le mot vin en français, était employé se référant soit à du vin fermenté ou non fermenté. La «Jewish Encyclopedia» nous dit que «le vin frais avant la fermentation était appelé "yayine mi-gat" (vin de la cuve; Sanh 70a).»5 L’Halakot Gedalot, qui est le compendium primitif juif du Talmud, indique: «On peut pressé une grappe de raisin et prononcé le Qiddûsh sur le jus, car le jus de raisin est considéré comme étant du vin [yayine] d’après les lois du naziréen.»6
L’usage de yayine dans l’Ancien Testament pour désigner le jus de raisin non fermenté ne saute pas aux yeux, pour la simple raison qu’il n’est pas condamné comme le yayine fermenté. Cependant, dans plusieurs textes le contexte indique clairement que le mot désigne du jus de raisin non fermenté (Jr 40.10,12; Né 13.15; Lm 2.12; Gn 49.11; Ct 1.2,4; 4.10).7 Par exemple, Esaïe 16.10 nous parle du jugement de Dieu pour Moab qui se manifesta dans l’enlèvement de la grâce divine envers la vigne et le jus de raisin: «La joie et l’allégresse ont disparu du verger; dans les vignes, plus de chants, plus de réjouissances! Le vendangeur ne foule plus le vin dans les cuves; j’ai fait cesser les cris de joie.» Le «vin» (yayine) que les vendangeurs foulent dans les cuves, est sans doute du jus de raisin non fermenté car la fermentation est un procès à temps réglementé.
Un autre exemple clair où le mot yayine se réfère à du jus de raisin non fermenté est Jérémie 40.10,12. Dans le verset 10, Guedalia, le gouverneur de la Babylone, indique aux juifs qui n’étaient pas captifs: «faites la récolte du vin [yayine], des fruits d’été et de l’huile, mettez-les dans vos récipients, et restez dans vos villes, celles dont vous vous êtes saisis.» Cette commande encouragea ces juifs qui s’étaient enfuis aux pays voisins de retourner aux pays de Juda «et ils firent une très abondante récolte de vin [yayine] et de fruits d’été.» (v.12) Dans ces deux versets le terme yayine se réfère à du fruit de la vigne. Un tel usage nullifie la supposition que yayine se réfère seulement à du vin fermenté.
Dans Néhémie 13.15 se trouve un autre exemple où yayine signifie du jus de raisin fraîchement pressé. A cette époque, je vis en Juda des hommes fouler au pressoir pendant le sabbat, rentrer des gerbes, les charger sur des ânes, de même que du vin [yayine], des raisins, des figues et toutes sortes de fardeaux, et les amener à Jérusalem le jour du sabbat; et je leur donnai des avertissements le jour où ils vendaient leurs denrées.» Ici yayine est tout probablement du jus de raisin fraîchement pressé puisque il est mentionné avec le foulage au pressoir pendant le sabbat. On vendait le jus frais de même que des raisins et d’autres fruits.
Les prélèvements ci-dessus de témoignages bibliques et historiques nous suffisent pour démontrer que la Bible connaît deux sortes de vin, une qui est fermentée dont elle désapprouve, et l’autre qui n’est pas fermentée, qu’elle approuve. Cette conclusion devient plus claire quand on examine les raisons pour la désapprobation biblique du vin fermenté et pour l’approbation du jus de raisin non fermenté.
3. L’approbation et la désapprobation biblique du «vin»
L’approbation biblique du vin non fermenté. La vigne, avec ses produits de raisin et de vin, était vitale pour l’économie et la théologie biblique. Un seul regard dans une concordance nous suffit pour reconnaître ce fait. On trouve le mot «vin - yayine» 141 fois dans l’Ancien Testament, et le mot «vin - oinos» 30 fois dans le Nouveau Testament.
Dans plusieurs exemples le contexte nous indique que les références positives du «vin» désignent le jus de raisin non fermenté qui n’enivre pas. A cause de ses vertus naturelles et nutritives, le jus de raisin était employé pour représenter la grâce divine de prospérité matérielle (Gn 27.28; 49.10,11; Dt 33.28), la grâce divine de l’âge messianique (Jl 2.18,19; Jr 31.10-12; Am 9.13,14), l’offre gratuite de grâce qui nous sauve (Es 55.1), la joie saine que Dieu offre à son peuple (Ps 104.14-15; 4.7), et la reconnaissance à Dieu par l’usage du jus de raisin pour la dîme, les offrandes et libations (Nb 18.12; Dt 14.23; Ex 29.40; Lv 23.13).
Le»vin» comme jus de raisin non fermenté est approuvé dans les Ecritures parce que cela nous pourvoit de boisson saine et délicieuse pour réjouir notre coeur sans être sous l’euphorie du vin fermenté. Cette idée est exprimée dans Psaumes 104.14-15: «Il fait germer l’herbe pour le bétail, et les plantes pour le service des humains, pour tirer le pain de la terre, le vin [yayine] qui réjouit le coeur de l’homme, et fait plus que l’huile resplendir son visage, et le pain qui soutient le coeur de l’homme.»1
Dans ce cantique d’action de grâce le psalmiste énumère les provisions généreuses de Dieu pour les besoins de ses créatures. Il se réfère au plantes qui nous fournissent la nourriture et au «vin», le jus de raisin qui réjouit le coeur par son agrément. Les idées qui sont mises en contraste sont la subsistance et la douceur. Dieu nous fournit la nourriture nécessaire à notre subsistance et une boisson douce et délicieuse - du jus de raisin.
L’habilité du jus de raisin pour réjouir le coeur est attestée dans Psaumes 4.8 où on lit: «Tu mets dans mon coeur plus de joie qu’au temps où abondent leur froment et leur vin nouveau [tirôche]» (comparez Jg 9.13). Ici, le mot traduit «vin nouveau» est tirôche, un terme qui est explicitement employé dans plusieurs textes de l’Ancien Testament se référant au jus de raisin. Ce que le psalmiste dit dans ce texte est que, tandis que les irréligieux dérivent leur plus grandes joies de l’abondance de leur froment et jus de raisin, le croyant éprouve encore une plus grande joie quand il est le bénéficiaire de la lumière de la face de Dieu. La vérité exprimée dans ce texte est différente de celle dans Psaumes 104.14-15, néanmoins les deux textes nous démontrent que le froment et le jus de raisin étaient ordinairement aperçus comme sources de joies. Ceci nous donne raison de croire que le «vin» (yayine) mentionné dans Psaumes 104.15 est le même que le «vin» non fermenté (tirôche= jus de raisin) du Psaume 4.7, puisque les deux textes nous parlent d’une boisson de raisin qui réjouit les coeurs humains.
Il est important de se rappeler que les anciens aimaient des boissons sucrées (douces). Tandis qu’aujourd’hui beaucoup de gens pensent que le lait et le jus de raisin sont des boissons pour les enfants et que le café et le vin fermenté sont pour les adultes; durant les temps de la Bible, le lait et le jus de raisin étaient désirables pour les vieux de même que les jeunes. Pline nous dit que quelquefois les gens ajoutaient une quantité considérable de miel au jus de raisin pour le rendre encore plus sucré.2 Plus la boisson était douce, plus désirable qu’elle était. Il est bon de se souvenir que le pays de Canaan était connu comme «un pays où coulent le lait et le miel» (Lv 20.24), deux produits connus pour leurs subsistances et leurs douceurs.
La désapprobation biblique du vin fermenté. Les références négatives du «vin» désignent le vin fermenté qui enivre. Les Ecritures s’en servent pour représenter l’immoralité, l’apostasie et le courroux divin (Es 19.14; Ap 14.10; 16.19; 17.2; 18.3). La condamnation biblique de l’usage du vin qui enivre est exprimée de diverses façons.
Quelques textes condamnent complètement l’usage du vin (Pr 23.29-35; 20.1; Ha 2.5; Ep 5.18). Salomon, par exemple, nous exhorte catégoriquement de s’abstenir et même de regarder le vin dans le but d’éviter la honte et la souffrance causées par cette boisson (Pr 23.31). Dans la crainte qu’une personne soit séduite par l’ attrait du vin fermenté, Salomon continue à décrire sa nature mortelle en comparant le vin à la morsure d’un serpent et la piqûre d’un aspic (Pr 23.32).
D’autres textes décrivent les conséquences morales et physiques de l’usage de boissons alcoolisées. Voici quelques conséquences mentionnées: elles déforment la faculté perceptive de la réalité (Es 28.7; Pr 23.33); elles affaiblissent l’habilité de prendre des décisions responsables (Lv 10.9-11); elles affaiblissent les sensibilités et inhibitions morales (Gn 9.21; 19.32; Ha 2.15; Es 5.11-12); elles provoquent des maladies physiques (Pr 23.20-21; Os 7.5; Es 19.14; Ps 60.5); et elles disqualifient pour le service civil et religieux (Pr 31.4,5; Lv 10.9-11; Ez 44.21,23; 1 Tm 3.2,3; Tt 1.7-8).3
Un des plus clairs préceptes bibliques est que l’alcool disqualifie une personne du service civil ou religieux. Le sage Salomon dit clairement que les rois et chefs doivent s’abstenir du vin: «Ce n’est pas aux rois, Lemouel, ce n’est pas aux rois de boire du vin (yayine), ni au princes de rechercher des boissons fortes» (Pr 31.4). La raison pour cette injonction explicite suit: «de peur qu’en buvant ils n’oublient ce qui a été prescrit et ne dénaturent la cause de tout les malheureux» (Pr 31.5).
Ce texte est un jugement de valeur du vin alcoolique lui-même, plutôt que sur la quantité bue. Le texte ne dit pas, «ce n’est pas aux rois de boire beaucoup de vin,» mais nous dit, «ce n’est pas aux rois de boire de vin.» Ce qui est défendu ici, comme ailleurs dans les Ecritures, n’est pas, comme plusieurs essaient de soutenir, l’abus mais l’usage actuel de boissons alcoolisées.
L’abstinence de boissons qui enivrent est exigée dans la Bible, non seulement pour les fonctionnaires tel que les rois et princes, mais aussi pour les chefs religieux, tel que les sacrificateurs dans l’Ancien Testament et les évêques/anciens/diacres dans le Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament il était explicitement exigé des sacrificateurs de s’abstenir de boissons alcoolisées: «Tu ne boiras ni vin, ni liqueur, toi et tes fils avec toi, lorsque vous entrerez dans la tente de la Rencontre; ainsi vous ne mourrez pas» (Lv 10.9). La raison pour cette instruction est que les boissons alcoolisées altéreraient leur habilité pour discerner et enseigner les saints préceptes de Dieu: «afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur; et enseigner aux israélites toutes les prescriptions que l’Eternel leur a données par l’intermédiaire de Moïse (Lv 10.10-11; voir Ez 44.21,23). Plus tard, nous verrons que les même exigences d’abstinence de boissons alcoolisées s’appliqueront aux chefs d’églises dans le Nouveau Testament (1 Tm 3.2-3; Tt 1.7-8).
Le fait que les sacrificateurs devaient s’abstenir de boissons alcoolisées pour préserver la sainteté du sanctuaire implique que les Ecritures voient l’alcool comme profane et impur. La raison pour ceci est trouvée dans la nature intrinsèque de l’alcool, c’est à dire, son pouvoir d’enivrer (Pr 23.29-30; 20.1; Ha 2.5); et dans ses effets, c’est à dire, dans sa capacité d’altérer l’habilité de distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, et ce qui est juste de ce qui est faux (Lv 10.11; Ez 44.23). Du fait que nous les chrétiens soyons un «sacerdoce royal» (1 P 2.9) appelés à être «sensés et sobres» (1 P 4.7) dans un monde insensé et intempérant, l’ injonction de s’abstenir de boissons alcoolisées pour préserver notre discernement moral est particulièrement pertinent pour nous aujourd’hui.
Les considérations précédentes indiquent que l’approbation et la désapprobation du «vin» sont déterminées non par la quantité de vin consommée mais par la nature du «vin» lui-même. Les références positives du «vin» concernant le jus de raisin non fermenté. En contraste, toutes les inculpations du «vin» concernant le vin alcoolisé. Ce dernier est condamné indépendamment de la quantité consommée.
4. La préservation du jus de raisin
Une objection principale contre le fait que les Ecritures approuvent l’usage du jus de raisin non fermenté est l’allégation que dans les temps de la Bible c’était impossible de le préserver de la fermentation. Pour vérifier la validité de cette supposition populaire j’ai recherché ce que les anciens écrivains ont dit concernant l’art de préservation de fruits et de vins en général, et du jus de raisin en particulier.1 Je fus surpris de découvrir que les anciens étaient beaucoup plus savants dans l’art de préservation de fruits et de vins qu’on ne le croie généralement.
Le vin fermenté. Au contraire de l’opinion populaire, les anciens avaient d’aussi gros problèmes, sinon de plus gros problèmes, à préserver le vin fermenté en comparaison du jus de raisin non fermenté. Pour empêcher le vin fermenté de devenir trop acide, moisi, ou fétide, les négociants en vins se servaient de plusieurs préservatifs tel que du sel, de l’eau de mer, du poix liquide ou solide, du moût condensé, de la poussière de marbre, de la chaux, de la fumée de soufre, ou de l’iris écrasé.
Caton (Marcus Porcius Cato 234-149 av. J.-C), qui est considéré le père de la prose latine et de la littérature sur l’agriculture, réfère à l’usage de certains de ces préservatifs, en disant: «Répartissez dans les jarres, en quantités égales, le jus extrait proprement tout les jours; si besoin est, mettez dans le moût du defrutum obtenu en cuisant un vin de goutte, ajoutez un quarantième de defrutum ou une livre et demie de sel par culleus; si vous mettez du marbre, mettez une livre par culleus; mettez-le dans une cruche, mélangez avec du moût, versez le mélange dans la jarre. Si vous mettez de la résine, pour un culleus de moût, broyez-en convenablement trois livres, mettez dans une faisselle, et suspendez-la dans la jarre de moût; secouez-la fréquemment, pour que la résine fonde entièrement. Que vous ayez mis defrutum, marbre ou résine, brassez fréquemment pendant 20 jours; raclez le fond chaque jour; ajoutez le moût de seconde serre, de taille, en le répartissant également dans chaque jarre.»2
Le jus de raisin non fermenté. En comparaison, la préservation du jus de raisin non fermenté était un procédé plus simple. Les sources anciennes nous informent qu’ils se servaient de quatre méthodes principales pour cette préservation: (1) en réduisant le jus à un sirop, (2) en filtrant le jus de raisin pour séparer la pulpe qui cause la fermentation, (3) en plaçant le jus fraîchement pressé dans des pots scellés qui sont immédiatement immergés dans une mare d’eau froide, et (4) en fumant les pots de vin avec du soufre avant de les sceller.3
1. Réduire le jus à un sirop. En bouillant, l’eau du jus de raisin évapore, les levures et moisissures sont détruites, et le contenu de sucre augmente, ce qui empêche donc la levure de s’accroître. Cette méthode de préservation était employée avec grand succès à travers l’ancien monde. Columelle, l’agronome renommé du premier siècle A.D., discute en grand détail les différentes méthodes employées pour préserver le jus de raisin de la fermentation. En discutant la méthode de préservation en faisant bouillir le jus, il nous dit: «Certains font réduire d’un quart le moût dans des vases de plomb, d’autres d’un tiers.»4 Il continue en nous expliquant qu’après le «refroidissement [du moût], on [le] versera dans des vases qu’on couvrira et qu’on luttera; ainsi "le vin" durera plus longtemps et ne souffrira aucun dommage.»5 La coutume de préserver le jus de raisin par cette méthode a survécu à travers les siècles dans le Moyen-Orient et les pays de la Méditerranée. Cette boisson est connue comme vino cotto en italien, nardenk en syriaque, et dibs en arabique.
Il y a des indications que les juifs anciens préservaient leurs vins en les bouillants. La Cyclopedia of Biblical Literature de John Kitto nous dit: «La Mishnah dit que les juifs avaient l’habitude des vins cuits. Ils ne bouillaient pas le vin de l’offrande prélevée, parce que cela le condensait, et par conséquent l’épaississait, ainsi pour le boire, il faut le mélanger avec de l’eau; mais il est immédiatement ajouté, "rabbin Yehudah permet ceci parce que cela l’améliore." (Teroomoth Perek 100, 11).»6
2. Filtrer le jus. Une autre méthode par laquelle on peut empêcher la fermentation du jus de raisin, c’est en séparant l’albumen (qui est localisé dans le doublage de l’enveloppe extérieure et dans l’enveloppe des graines de raisin) des autres éléments. L’albumen contient les agents de fermentation, la levure. Par un procédé soigneux de filtrage le jus de raisin peut être séparé de la pulpe qui cause la fermentation. Les anciens se servaient d’un sac, qu’ils appelaient sacco, dans lequel ils y plaçaient les raisin. Un vase était placé en dessous pour recevoir le jus qui tombait.
Pline nous dit: «Le meilleur [des «vins...les plus sains»] pour tout est un vin dépouillé de sa force par le filtrage [sacco]. Souvenons-nous que le vin est le jus [d’un fruit] qui, d’abord à l’état de moût, a pris de la force par la fermentation.»7 Dans cette déclaration Pline explique clairement que le but du filtre (sacco) était d’enlever les substances qui causent la fermentation.
C’est certain que le jus de raisin était filtré pour le priver de sa force causé par la fermentation. Plutarque, le biographe et moraliste grec du premier siècle, après nous avoir parlé du procédé de filtrage en se servant de mots similaire à Pline, nous dit: «Le vin est rendu vieux, ou de force faible, quand il est fréquemment filtré. Sa force étant donc exclue, le vin n’enflamme pas le cerveau ni n’infeste l’esprit et les passions, et il est beaucoup plus agréable à boire.»8 C’est remarquable que Plutarque dénote que le vin filtré non alcoolique était «plus agréable à boire» que le vin fermenté.
3. Sceller et refroidir le jus. Caton (234-149 av. J.-C) mentionne une autre façon de préserver le jus de raisin: «Si vous voulez avoir du vin doux toute l’année, mettez le moût dans une amphore, scellez le liège avec de la poix; plongez dans un bassin. Retirez au bout de trente jours; ce vin restera doux toute l’année.»9 Columelle ajoute qu’aussi «longtemps qu’il [le jus] sera bien frais, il se maintiendra.» De plus, il nous dit: «Avant de placer le marc sous la presse, prenez à la cuve et mettez dans une amphore neuve le tout dernier moût écoulé, bouchez-la et poissez soigneusement, de sorte qu’il ne puisse s’y introduire d’eau; plongez alors entièrement l’amphore dans une citerne d’eau douce froide, de façon que rien n’en émerge; ensuite, au bout de quarante jours, retirez-la. Le moût se maintiendra ainsi doux toute une année.»10 De cette façon, le jus ne fermente pas quand il est gardé en dessous de 4 degrés Celsius. D’après les excavations de James B. Pritchard aux fouilles de Gabaon,11 il nous semble raisonnable de présumer que les juifs connaissaient et se servaient de cette méthode romaine pour préserver le jus de raisin.
4. Enfumer les pots. L’usage de fumée de l’anhydride sulfureux était une autre méthode que les anciens se servaient pour empêcher la fermentation. La Cyclopedia of Biblical Literature de John Kitto dit: «Quand la Mishnah défend de se servir de vins fumés pour offrande (Manachoth, viii. 6, et commentaire), cela se réfère à la pratique romaine de fumigation des vins avec du soufre. La vapeur qui absorbait l’oxygène empêchait la fermentation. Les juifs évitaient soigneusement les vins et vinaigres des Gentils.»12
Le fait que l’Anciens et le Nouveau Testament ne discutent pas l’art de préservation du jus de raisin n’indique pas que ces méthodes y étaient inconnues. Les juifs n’étaient pas moins savants en ce qui concerne l’art de préservation que leurs voisins. Flavius Josèphe nous dit que les romains étaient étonnés de trouver dans la forteresse de Massada, du vin, de l’huile, des fruits et des céréales préservés à frais, bien que cela était emmagasiné pour plusieurs années.13 De plus, des sources rabbiniques mentionnent spécifiquement l’usage de vins cuits.14
La raison du silence envers les méthodes de préservation du jus de raisin dans les Ecritures se trouve dans le fait de la nature de la Bible-même, un livre qui traite essentiellement ces aspects de vies qui sont reliés à l’histoire du salut. Dans la Bible on ne trouve pas un traité d’agronome, comme dans les écritures classiques. La raison n’est pas un manque d’intérêt ou de connaissance de l’agriculture, mais une répugnance à traiter des sujets qui ne sont pas reliés à la vie religieuse du peuple de Dieu. Nous avons raison de croire que les Juifs connaissaient quelques méthodes de préservation reconnues et employées à travers le monde de ce temps. Cette conclusion sera invétérée par les prochains chapitres qui traitent de l’enseignement de Jésus et de l’église apostolique concernant les boissons alcoolisées.
L’exemple et les préceptes du Christ sont la norme pour les pratiques et croyances chrétiennes. Si, (comme beaucoup de chrétiens bien intentionnés croient,) Jésus a fait du vin fermenté au noces de Cana; qu’Il le recommanda dans ses paraboles d’outres de vin nouveau et de vin vieux; qu’Il admit d’en boire dans sa description de son mode de vie («mangeant et buvant» Mt 11.19); et qu’Il commanda d’ici à la fin du monde, son usage à l’institution du repas du Seigneur; alors, cela ne peut pas être intrinsèquement faux de boire modérément des boissons alcoolisées. En d’autres mots, «Si le vin était bon pour Jésus, c’est bon pour moi!»
En vue de l’importance fondamentale des préceptes du Christ et leurs conséquences de grande envergure, nous allons examiner brièvement ce que Jésus dit au sujet du vin.
Les noces de Cana
Beaucoup de chrétiens bien intentionnés croient que le «bon vin» que Jésus créa à Cana (Jn 2.10) était bon parce qu’il avait un taux élevé d’alcool. Cette croyance est basée sur 3 suppositions majeures. D’abord, on supposait que les juifs ne pouvaient pas empêcher la fermentation du jus de raisin, et du fait que les noces eurent lieu juste avant la Pâque du printemps (Jn 2.13), c’est à dire, 6 mois après la récolte de raisin, cela donnait beaucoup de temps au vin pour fermenter. Deuxièmement, on supposait que la description de «bon vin» (2.10) donnée par l’organisateur du repas en ce qui concerne le vin fournit par le Christ désignait un vin alcoolique de haute qualité. Troisièmement, on supposait que l’expression «bu copieusement (Jn 2.10 MH)» employée par le maître du banquet indiquait que les invités étaient enivrés parce qu’ils buvaient du vin fermenté. Par conséquent, le vin que Jésus créa devait être fermenté. En vue de l’importance que ces suppositions ont pour déterminer la nature du vin fourni par le Christ, nous allons examiner chacune d’elles.
La première supposition est discréditée par les nombreux témoignages romains du temps du Nouveau Testament., qui décrivent diverses façons pour préserver le jus de raisin de la fermentation. Dans le chapitre précédent, on s’est aperçu que la préservation du jus de raisin non fermenté était de plusieurs façons, un procédé plus simple que la préservation du vin fermenté. Donc, la possibilité existait d’avoir du jus de raisin non fermenté au noces de Cana, (au printemps) car de telles boissons étaient préservées durant toute l’année.
«Le bon vin.» La deuxième hypothèse, que le vin était déclaré «bon» parce qu’il était dune haute qualité d’alcool (Jn 2.10), est basée sur le goût des buveurs du vingtième siècle qui définissent la bonté d’un vin par sa force alcoolique. Mais durant les temps du Nouveau Testament, dans le monde romain, les meilleurs vins étaient ceux dont la force alcoolique avait été enlevée par l’ébullition ou la filtration. Pline, par exemple, dit que «Le meilleur [des «vins...les plus sains»] pour tout est un vin dépouillé de sa force par le filtrage [sacco].»1 De même, Plutarque indique que le vin est «beaucoup plus agréable à boire» quand il «n’enflamme pas le cerveau ni n’infeste l’esprit et les passions»2 parce que sa puissance a été enlevée par de fréquents filtrages.
Le Talmud indique que boire des boissons alcoolisées avec l’accompagnement de la musique instrumentale dans des festivités comme des noces étaient défendu.3 Ceci est invétéré par le témoignage subséquent de rabbins. Par exemple, rabbin S.M. Isaac, un rabbin éminent du dix-neuvième siècle qui était éditeur du journal The Jewish Messenger, dit: «Dans les fêtes sacrées, même les noces, les juifs ne se servent pas de boisson fermentées. Dans leurs oblations et libations, soit publiques ou privées, ils se servent du fruit de la vigne - c’est à dire, de raisin frais - du jus de raisin non fermenté, et des raisin, comme symbole de bénédiction. La fermentation pour eux est toujours un symbole de corruption.»4 Quoique la déclaration de rabbin Isaac ne soit pas tout à fait précise, puisque des sources juives ne sont pas unanimes sur la sorte de vin employée durant les fêtes sacrées, cependant elle nous indique que quelques juifs se servaient de vin non fermenté durant des fêtes nuptiales.
«Bu copieusement.» La troisième conjecture est que l’expression «lorsqu’on a bu copieusement» (Jn 2.10 MH) signifie que les invités étaient enivrés et que le «bon vin» fourni par Jésus était fermenté de-même. Cette supposition est une fausse interprétation qui fait un mauvais usage du commentaire du maître de banquet, et qui néglige l’usage du verbe employé dans son sens large. Le commentaire en question n’était pas fait en référence de cette réception de noces, mais à la pratique générale de ceux qui sont en charge des fêtes: «L’usage est de servir d’abord le bon vin, puis, lorsqu’on a bu copieusement, le moins bon...» MH («Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré.») (Jn 2.10). Cette remarque fait partie du métier d’un maître de banquet, plutôt qu’une description actuelle de l’état d’intoxication d’une réception en particulier.
Une autre considération importante est le fait que le verbe grec methusko, traduit ici par «est enivré (S,TOB)», peut aussi signifier «bu copieusement» (MH), «beaucoup bu» (FC), et «bien bu» (D), sans aucune implication d’intoxication. Herbert Preisker, dans son article sur ce verbe dans le Theological Dictionary of the New Testament nous dit: «’Methuskomai’ est employé sans aucun jugement religieux ou moral dans Jean 2.10 en connexion avec la règle que le vin le moins bon est servit seulement lorsque les gens ont bu librement.»5
L’implication morale. Le verbe methusko dans Jean 2.10 est employé dans le sens de satiété. Il réfère simplement à la grande quantité de vin généralement consommée durant la fête, sans aucune référence d’effets d’intoxication. Ceux qui veulent insister sur le fait que le vin de la fête était alcoolique et que Jésus créa du vin alcoolique de meilleur qualité, sont amenés à la conclusion que Jésus a fourni une grande quantité additionnelle de vin fermenté pour que les invités continuent leur indulgence téméraire. Une telle conclusion détruit l’intégrité morale du caractère du Christ.
La logique morale exige que le Christ n’aurait pas pu produire miraculeusement 500 à 750 litres de vin fermenté pour l’usage des hommes, femmes et enfants qui étaient réunis aux noces de Cana, sans qu’Il devienne moralement responsable pour leur intoxication. La logique morale et des Ecritures exige que le «bon vin» produit par le Christ était le jus de raisin frais, non fermenté. Cette conclusion est supportée par l’adjectif qui décrit le vin: kalos qui signifie ce qui est moralement excellent.6 L’adjectif n’est pas agathos qui signifie «bon» seulement.
Le vin nouveau dans des outres neuves
Le commentaire du Christ qu’il «faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves» (Lc 5.38; Mt 9.17; Mc 2.22) est compris par les partisans de modération comme une indication que Jésus recommanda l’usage modéré de boissons alcoolisées. Cette vue est basée sur l’hypothèse que l’expression «vin nouveau» désigne du vin fraîchement pressé qui est déjà dans un procédé de fermentation. C’est donc cette sorte de vin qui est mis dans des outres neuves parce que les outres vieilles éclateraient sous la pression.
Vin nouveau qui fermente? Cette interprétation est très imaginative mais n’est pas en accord avec les faits. Quiconque est familier avec la pression causée par les gaz de la fermentation sait qu’aucune bouteille, soit de peau ou de verre, peut résister à la pression du vin nouveau qui fermente. Comme le dit Alexander B. Bruce, «Jésus ne parlait pas de vin fermenté qui enivre, mais de "moût", une boisson qui n’enivre pas, qui pouvait être préservée sans dommage dans des outres neuves, et non dans des outres vieilles qui antérieurement avaient contenu du vin ordinaire. Ces dernières, à cause des particules de matière d’albumen qui avaient adhéré à l’intérieur, auraient causé la fermentation et auraient développé une pression énorme de gaz.7
Le seul «vin nouveau» qui aurait pu être conservé sans dommage dans des outres neuves était du moût non fermenté qui avait été filtré ou cuit. Columelle, l’agronome romain renommé, qui était contemporain des apôtres, atteste que «l’amphore neuve» était employée pour préserver le moût frais non fermenté: «Avant de placer le marc sous la presse, prenez à la cuve et mettez dans une amphore neuve [amphoram novam] le tout dernier moût écoulé, bouchez-la et poissez soigneusement, de sorte qu’il ne puisse s’y introduire d’eau.»8
Le sens symbolique. Cette interprétation est invétérée par le sens symbolique des mots de Jésus. Le langage figuratif du vin nouveau dans des outres neuves sert d’exemple de régénération. Ernest Gordon nous explique convenablement que «Les outres vieilles, avec leur lies alcoolisées, représentent la nature corrompue des Pharisiens. Dans elles, on ne pouvait pas mettre du vin nouveau de l’Evangile parce que, elles le fermenteraient. "Je suis venu [dit Jésus] non pour appeler les pharisaïques mais les pécheurs repentants" Ces derniers par leur conversion deviennent des vaisseaux nouveaux capables de retenir le vin nouveau sans le gâter (Mc 2.15-17,22). Alors, en faisant cette comparaison de vin fermenté avec le pharisaïsme, le Christ indique clairement son opinion sur le vin fermenté.»9
«Il est bon de tenir compte,» nous dit Ernest Gordon, «que par cette illustration casuelle, Il [Jésus] identifie complètement le vin avec du vin non fermenté. Le vin fermenté n’est pas reconnu. Celui-ci [vin fermenté] aurait pus être mis dans n’importe quelle sorte d’outre, peut importe sa qualité, soit pauvre ou corrompue. Mais le vin nouveau est comme un vêtement neuf qui est trop bon d’être déchiré pour mettre une pièce à de vieux chiffons. C’est une chose [vin nouveau] propre et saine, qui exige un récipient propre. La façon naturelle dont Jésus s’est servi de cette illustration suggère au moins une entente pratique couramment employé chez son auditoire juif: que le vrai fruit de la vigne, le bon vin, n’était pas fermenté.»10
Le vieux est meilleur
Dans l’évangile selon Saint Luc, les mots du Christ du «vin nouveau dans des outres neuves» sont suivis par une autre déclaration: «Et personne, après avoir bu du vin vieux, n’en veut du nouveau, car il dit: Le vieux est bon (meilleur - D,FC,MH).» (Lc 5.39) Plusieurs croient que Jésus ici recommande le vin alcoolique.
Sans doute, le «vin vieux» est un vin fermenté. Tout d’abord, «le vieux est meilleur» n’est pas l’opinion de Jésus mais celle de ceux qui sont accoutumés au goût du vin vieux. Il disait tout simplement que ceux-ci ne veulent pas du nouveau. Ceci est sans doute le cas aujourd’hui. Ceux qui boivent des boissons alcoolisées préfèrent des stimulants et non des jus non fermentés.11
Quel est le but de l’illustration? Heinrich Seeseman nous dit: «c’est un avertissement contre la surestimation du vieux.»12 Le but de l’illustration n’est pas de louer la supériorité du vin vieux mais de les avertir contre la surestimation de vieilles formes de bigoterie encouragées par les Pharisiens. Ces bigoteries consistaient dans l’accomplissement de pratiques ascétiques externes tel que le jeûne et la prière publique (verset 33). Pour justifier le fait que ses disciples n’observaient pas ces formes externes de bigoterie, Jésus s’est servi de quatre illustrations: les amis de l’époux ne jeûnent pas en sa présence (v.34-34); un morceau de vêtement neuf n’est pas déchiré pour mettre une pièce à un vieux vêtement (v.36); le vin nouveau n’est pas mis dans des outres vieilles (v. 37-38); et le vin nouveau ne plaît pas à ceux qui sont accoutumés à boire le vieux (v.39).
Le but de ces quatre illustrations c’est d’aider les gens (qui ne connaissent pas la nouvelle forme de vie religieuse enseignée par le Christ) qui sont accoutumés aux anciennes formes de religion de reconnaître que celles-ci semblent être bonnes aussi longtemps qu’ils ne sont pas accoutumés à la nouvelle vie supérieure en Christ.13
Est-ce que Jésus était un ivrogne et un glouton?
Au delà de 19 siècles, Jésus fut accusé d’être «un glouton et un ivrogne» (Lc 7.33-34; Mt 11.19 TOB) parce qu’il est venu mangeant et buvant. Les partisans de la modération croient que sa propre description de son mode de vie, «mangeant et buvant» prouve qu’Il admit ouvertement d’avoir bu du vin alcoolique. De plus, ils disent, que Jésus a dû boire du vin fermenté parce que ses critiqueurs l’accusaient d’être un «ivrogne» (TOB).
Le mode de vie sociale. Cette interprétation feint d’ignorer plusieurs considérations importantes. L’expression «mangeant et buvant» est employée de façon idiomatique pour décrire la différence entre le mode de vie sociale de Jésus et celui de Jean Baptiste. Jean est venu «ne mangeait [mangeant] pas de pain et ne buvait [buvant] pas de vin» (Lc 7.33), c’est à dire, il vécut une vie sociale complètement isolée; par contre, le Christ est venu «mangeant et buvant,» c’est à dire, Il vécut une vie sociale libre.
Le manque du mot vin. Un point significatif souvent négligé, est que Jésus ne mentionne pas le «vin» en décrivant sa propre manière de vivre. Tandis que Jésus nous dit que Jean Baptiste est venu «ne mangeait [mangeant] pas de pain et ne buvait [buvant] pas de vin,» Jésus nous dit tout simplement à propos de lui-même: «Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant.» Si Jésus avait voulu faire savoir que, contrairement à Jean Baptiste, Il était un buveur de vin, Il aurait pu répéter le mot «vin» pour plus de clarté.
En refusant de spécifier quelle sorte de nourriture et de boisson Il consommait, le Christ voulait probablement priver ses critiqueurs de toute base pour leur charge de gloutonnerie et d’ivrognerie. L’omission du «pain» et du «vin» dans la deuxième déclaration (Matthieu les omet dans les deux locutions) pouvait vouloir exposer la stupidité de la charge. En d’autres mots, il semble que Jésus a dit: «Mes critiqueurs m’accusent d’être un glouton et un ivrogne parce que je ne mange pas seul mais je suis souvent avec d’autres personnes. Je mange socialement. Mais, mes critiqueurs ne savent pas ce que je mange.»
Même si ses critiqueurs avaient réellement vu Jésus boire quelque chose, ils l’auraient accusé immédiatement d’être un ivrogne, même s’Il ne buvait que du jus de raisin, ou de l’eau. Au jour de la Pentecôte les critiqueurs ont accusé les apôtres d’être soûls en buvant du jus de raisin (gleukos - Ac 2.13). Ceci nous montre que peu importe ce que Jésus aurait bu, ses critiqueurs peu scrupuleux l’auraient calomnié comme ivrogne.
De déduire que Jésus a du boire du vin parce que ses critiqueurs l’accusaient d’être un «ivrogne» signifie qu’on accepte comme vérité le mot des ennemis du Christ. En deux autres occasions, les critiqueurs accusaient Jésus en disant: «Tu as un démon.» (Jn 7.20; 8.48) Si on croit que Jésus a du boire du vin alcoolique parce que ses critiqueurs l’accusaient d’être un ivrogne, alors on doit aussi croire qu’il avait un esprit mauvais parce que ses critiqueurs l’accusaient d’avoir un démon. L’absurdité d’un tel raisonnement prouve que de se servir des accusations des critiqueurs n’est pas une bonne méthode pour définir des préceptes bibliques.
Jésus a répondu cette accusation sans base de ses critiqueurs en disant: «Mais la sagesse a été justifiée par tout ses enfants.» (Lc 7.35) L’évidence textuelle de ce texte est divisée entre «enfants» et «travaux,» mais le sens de cette déclaration est toujours le même, c’est-à-dire, que la sagesse doit être jugée par ses résultats. La sagesse de Dieu est justifiée par les travaux de bonté qu’elle produit. Ainsi, de déduire d’après les bases des calomnies de ses critiqueurs que Jésus buvait du vin, démontre un manque complet de sagesse. Les résultats de sa vie frugale parlent d’eux-mêmes.
Le vin de la communion
Une importance fondamentale est attachée au «vin» de la sainte cène parce que le Christ s’en servit et parce qu’Il exigea ses fidèles à s’en servir jusqu’à la fin du monde, en mémoire de son sang qui fut répandu pour le pardon des péchés (Mt 26.28-29; Mc 14.24-25). On croit généralement que le vin de la sainte cène était alcoolique, pour 2 raisons principales: (1) la locution «fruit de la vigne» était prétendue être l’équivalent fonctionnel du vin fermenté, et (2) les juifs par supposition se servaient seulement du vin fermenté durant la Pâque. Cette croyance est discréditée par plusieurs considérations importantes.
«Le fruit de la vigne.» Le langage de la sainte cène est significatif. Dans tout les Evangiles synoptiques Jésus appelle le contenu de la coupe le «fruit de la vigne» (Mt 26.29; Mc 14.25; Lc 22.18). Le substantif «fruit» (gennema) désigne ce qui est produit dans un état naturel, tel qu’il est récolté. Le vin fermenté n’est pas le «fruit de la vigne» naturel mais le fruit affecté par la fermentation et la décadence. L’historien juif Josèphe, qui était un contemporain des apôtres, appelle explicitement les trois grappes de raisin fraîchement pressées dans la coupe par l’échanson du Pharaon, «le fruit de la vigne.»14 Ceci établit nettement le fait que cette expression était employée pour désigner le jus de raisin doux non fermenté.
«Buvez-en tous.» Si le contenu de la coupe avait été du vin fermenté, le Christ n’aurait pas dit: «Buvez-en tous» (Mt 26.27; Mc 14.23; Lc 22.17), surtout parce que la coupe typique de la Pâque contenait non seulement un petit peu de vin, mais à peu près 2/5 d’un litre.15 Le Christ n’aurait pas commandé à «tous» ses disciples de boire de la coupe, si le contenu avait été du vin alcoolique. Il y en a certains qui ne peuvent pas prendre de l’alcool sans être indisposés. Les jeunes enfants qui participent à la cène ne devraient certainement pas toucher le vin fermenté. Il y en a certains dont le simple goût ou l’odeur de l’alcool éveille un désir ardent assoupi ou conquérant pour l’alcool. Le Christ, qui nous a enseigné à prier «Ne nous laisse pas entrer dans la tentation» (Mt 6.13), pouvait-Il avoir fait de sa communion commémorative un endroit de tentation irrésistible pour certains et de danger pour tous? Le vin de la sainte cène ne pouvait pas être bu librement et festoiement aussi longtemps qu’il était alcoolique.
La loi d’exclusion d’articles fermentés. Un appui complémentaire pour la nature non fermentée du vin de la communion, est pourvu par la loi de Moïse qui exige l’exclusion de tout articles fermentés durant la fête de la Pâque (Ex 12.15; 13.6,7 (voir surtout MH,TOB). Jésus comprit le sens de la lettre et l’esprit de la loi de Moïse en ce qui concerne les choses fermentées (le levain), comme nous l’indique son avertissement contre le «levain des Pharisiens et des Sadducéens» (Mt 16.6). Le «levain» pour le Christ représente une nature corrompue et des préceptes malhonnêtes, comme les disciples l’ont compris ensuite (Mt 16.12). La consistance et la beauté du symbole du sang ne peuvent pas être convenablement représentées par le vin fermenté qui correspond à la dépravation humaine et à l’indignation divine.
On ne peut pas concevoir que le Christ bénisse par la prière d’action de grâce une coupe qui contient du vin alcoolique que les Ecritures nous avertissent de ne pas le regarder (Pr 23.31). Une coupe qui enivre est une coupe de malédiction et non une «coupe de bénédiction» (1 Co 10.16); c’est «la coupe des démons» et non «la coupe du Seigneur» (1 Co 10.21); c’est une coupe qui ne peut pas convenablement symbolisé «le sang précieux de Christ» qui ne peut être corruptible (1 P 1.18-19 D). Ceci renforce notre croyance que la coupe qu’Il a «bénie» et donnée à ses disciples ne contenait pas de choses fermentées (levain) défendues dans les Ecritures.
Des témoignages historiques. Des témoignages historiques juifs et chrétiens corroborent l’usage du vin non fermenté à la Pâque et à la sainte cène. Louis Ginzberg (1873-1941), un savant distingué du Talmud qui était président du département des études rabbiniques et Talmudiques au Séminaire Juif de l’Amérique (Jewish Theological Seminary of America), fournit ce qui est peut-être l’analyse la plus complète de références concernant l’usage du vin dans les cérémonies religieuses juives. Il conclut son investigation en disant: «On a donc prouvé sur la base de textes principaux du Talmud de Babylone et celui de Jérusalem que le vin non fermenté peut être employé lekatehillah [facultativement] pour le Qiddûsh [la consécration d’une fête en se servant d’une coupe de vin] et les autres cérémonies religieuses hors du temple.»16
Les conclusions de Ginzberg sont invétérées par la Jewish Encyclopedia. Commentant sur le temps de la sainte cène, elle dit: «D’après les évangiles synoptiques, il semble que le dernier jeudi de sa vie, Jésus avec ses disciples entrèrent dans Jérusalem pour manger la Pâque avec eux dans la sainte ville; s’il en est ainsi, l’hostie et le vin de la messe ou du service de la communion qui était alors institué par lui comme commémoratif serait le pain sans levain et le vin non fermenté du culte de Seder.»17
La coutume de se servir du vin non fermenté à la Pâque a survécu à travers les siècles non seulement parmi certains juifs, mais aussi entre quelques groupes et églises chrétiennes. Par exemple, dans le traité apocryphe de «Les Actes et le Martyre de l’Apôtre Saint Matthieu,» qui circulait au troisième siècle, une voix du ciel instruisit l’évêque de la région, Platon, en disant: «Lit l’Evangile et amène pour offrande le pain sacré; et après avoir pressé 3 grappes de raisin dans une coupe, communie avec moi, comme Jésus nous l’a démontré quand Il est ressuscité des morts au troisième jour.»18 Ceci est un témoignage clair de l’usage de jus de raisin fraîchement pressé pour la célébration de la sainte Cène.
La pratique de presser le raisin préservé directement dans la coupe de communion est attestée par des conciles, des papes et théologiens, y compris Thomas d’Aquin (A.D. 1225-1274).19 L’usage du vin non fermenté est bien documenté spécialement parmi quelques églises d’Orient tel que l’Eglise d’Abyssinie, l’Eglise Nestorienne de l’Asie occidentale, et parmi les chrétiens de Saint Thomas de l’Inde, les monastères Coptes en Egypte, et les chrétiens de Saint Jean en Perse, chacun desquels célébraient la sainte cène avec du vin non fermenté fait avec des raisins frais ou secs.20
Par suite des considérations précédentes on conclue que le «fruit de la vigne» que recommanda Jésus comme commémoratif de la rédemption par son sang, n’était pas fermenté, car le vin fermenté signifie dans les Ecritures la corruption humaine et l’indignation divine. Au contraire, c’était le jus pur de raisin non fermenté, un emblème convenable du sang non corrompu que le Christ a versé pour pardonner nos péchés.
L’affirmation que le Christ s’est servi et qu’il a sanctionné l’usage de boissons alcoolisées se trouve être non confirmée. L’étude du langage de la sainte Cène, de la loi pascale contre la fermentation, de la logique du symbole, et de la survivance de l’usage de jus de raisin non fermenté à la cène; tout indiquent que Jésus s’abstenait de toutes boissons fermentées et qu’il n’autorisait pas ses disciples à s’en servir.
6. Le vin dans l’église apostolique
L’importance de l’église apostolique comme modèle de pratiques et de croyances chrétiennes inclut son enseignement de l’usage de boissons alcoolisées. La façon dont les apôtres ont compris, prêché et pratiqué les doctrines de Jésus et de l’Ancien Testament en ce qui concerne les boissons alcoolisées, est fondamentale pour déterminer si nous, comme chrétiens aujourd’hui, devrions se ranger du côté de la modération ou de l’abstinence.
En dehors des quatre Evangiles, Il y a treize1 références spécifiques dans le Nouveau Testament du mot «vin» (oinos). Huit se trouvent dans l’Apocalypse où le «vin» symbolise soit la dépravation humaine ou le châtiment divin. En plus de ces textes qui mentionnent spécifiquement le «vin,» il y a dans le Nouveau Testament au delà de 20 textes qui exhortent les chrétiens d’être «sobres». Dans la plupart des cas, on va voir que ces admonitions sont reliées directement à la consommation. Tout d’abord, on va examiner quelques textes qui mentionnent le vin et en suite, ceux qui exigent l’abstinence.
Actes 2.13 «Pleins de vin doux.»
Les apôtres avaient à peine commencé leur proclamation du Messie quand ils ont été accusés d’être soûls. Au jour de la Pentecôte le premier groupe de croyants recevait le don de langues qui lui permettait de prêcher l’Evangile dans les langues diverses des gens qui étaient rassemblés pour la fête à Jérusalem. Tandis que des milliers de gens croyaient en Christ à la suite du miracle, d’autres commencèrent à se moquer des disciples, en disant: «Ils sont pleins de vin doux.» (Ac 2.13).
Quelques personnes supposent que les moqueurs n’auraient pas accusé les chrétiens d’être soûls s’ils n’avaient pas déjà vu des croyants boire du vin alcoolique auparavant. La faiblesse de ce raisonnement est qu’il suppose que l’accusation des railleurs était basée sur une observation factuelle de l’habitude de boire des chrétiens. Cependant, des moqueurs ne basent pas nécessairement leur calomnie sur des faits. De plus, si les railleurs avaient vraiment voulu charger les disciples d’ivrognerie, ils les auraient accusés d’être pleins de «vin» (oinos) et non de «jus de raisin» (gleukos).
Plusieurs savants et lexiques grecs reconnaissent que gleukos désigne exclusivement le jus de raisin non fermenté.2 Par exemple, Horace Bumstead, un auteur d’une des plus savantes défenses de la modération, nous donne cette explication claire et concluante: «Gleukos, comme dans le grec classique, correspond au latin mustum, signifiant le jus de raisin fraîchement pressé, et ainsi n’a pas un sens large tel que [l’hébreu] tirôche ou asis. On trouve ce mot seulement une fois [Ac 2.13] et je ne vois pas la nécessité d’essayer de prouver que c’était une boisson qui enivre, tel que certains ont essayer de le faire, y compris Robinson...Il me semble qu’Alford et d’autres, en argumentant sur le rôle fermenté de gleukos, comme vin doux, ont perdu de vue la distinction classique déjà citée entre gleukos=mustum, qui est doux parce qu’il est du jus de raisin non fermenté, et oinos glukus = vin doux, ainsi nommé parce que même s’il était fermenté, il était riche en sucre.»3 Auparavant, dans son article de 71 pages qui fut publié dans Bibliotheca Sacra, Bumstead explique que quand le mot gleukos a lieu par lui-même, comme on le trouve dans les Actes 2.13, cela se réfère spécifiquement à du jus de raisin non fermenté.4
L’ironie de la charge. L’ironie de la charge saute aux yeux quand on accepte le sens de gleukos comme étant du jus de raisin non fermenté. Voici ce que les moqueurs disaient: «Ces hommes qui sont trop abstinents pour toucher n’importe quoi de fermenté, se sont soûlés avec du jus de raisin.»
Le fait qu’ils se moquaient des apôtres d’être ivres de jus de raisin (leur boisson usuelle) prouve indirectement que les disciples étaient reconnus par leur mode de vie d’abstinence et par induction, celui de leur Rabbin (Jésus).
Hegesippus, qui a vécu immédiatement après les apôtres, nous fournit une confirmation historique de cette pratique est fournie par le témoignage En écrivant au sujet de «Jacques, le frère du Seigneur, [qui] a succédé au gouvernement de l’église en conjonction avec les apôtres,» Hegesippus dit: «Il était saint de la matrice de sa mère; et il ne but ni vin ni liqueur forte, et il n’a pas mangé de viande.»5 On peut supposer que la vie de stricte abstinence de Jacques, qui pour un temps exerçait les fonctions de président de l’église de Jérusalem, servit d’exemple aux chrétiens apostoliques.6
1 Corinthiens 11.21: L’un a faim, tandis que l’autre est ivre».
Les partisans de la modération se servent de ce texte pour prouver qu’on se servait de vin fermenté à la cène. Paul dit: «Donc, lorsque vous vous réunissez, ce n’est pas pour manger le repas du Seigneur; car en mangeant, avant les autres, chacun prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre.» (1 Co 11.20,21). En d’autres mots, Paul condamne les abus et non l’usage du vin fermenté à Corinthe.
On va examiner cette prétention en étudiant trois points: (1) La nature du festin; (2) L’acception du verbe Methuo; et (3) Les implications de l’admonition de Paul.
1. La nature du festin. Pour mieux apprécier les problèmes qui se sont développés à Corinthe en conjonction avec la sainte cène, on doit comprendre les coutumes sociales de ce temps. C’était la coutume pour des groupes qui appartenaient à des organisations religieuses et séculaires de se rencontrer pour manger des repas en commun. En particulier il y avait une certaine sorte de repas de camaraderie qu’on appelait eranos, dont chaque participant amenait de la nourriture mise en commun. La première église a adopté cette coutume, la transformant en «Festin d’Amour» qu’on appelait agape. Tout les membres de l’église amenaient ce qu’ils pouvaient au festin, et quand toute la nourriture était répartie, ils s’asseyaient pour manger. C’était une belle façon de faire et de nourrir une vrai camaraderie chrétienne. Beaucoup d’églises aujourd’hui ont une pratique semblable où ils partagent un repas après le culte religieux.
A Corinthe, comme on va le voir, le festin agape semblait être incorporé dans la sainte cène. Cependant, sa célébration a dégénéré en un festin égoïste. L’art de partager était perdu. Les riches ne partageaient pas leur nourriture avec les pauvres mais ils mangeaient pour eux-mêmes dans de petits groupes exclusifs. Alors, certains avaient faim tandis que d’autres étaient pleins à satiété. Les distinctions de classes, qui devaient être éliminées à la Sainte Table, étaient accentuées. Ils ne tenaient aucun compte de la décence et du bon ordre. De plus, ils avaient perdu la solennité de l’occasion.
Tout d’abord, sans hésitation et sans ménager ses efforts, Paul réprimande cet état de chose en rappelant aux Corinthiens le but de s’assembler ensemble: «pour manger le repas du Seigneur» (1 Co 11.20). Ce que Paul voulait dire pourrait être paraphrasé comme suit: «Même si vous vous assemblez ostensiblement pour participer au repas du Seigneur, vraiment, vous ne le vivez pas d’une façon qui en mérite le nom. Car, chacun de vous mangez avidement et égoïstement ses provisions, tandis que vous ignorez les pauvres qui ne pouvaient rien amener. Alors, un a faim et n’est pas satisfait, tandis que l’autre est plein jusqu’à satiété. N’avez-vous pas des maisons pour y manger et boire? Pourquoi transformez-vous l’église de Dieu qui est dédiée à l’amour fraternel, en une place pour festoyer égoïstement, pour faire honte à ceux qui n’ont rien? Je ne peux vous louer pour une telle conduite égoïste» (une paraphrase de 1 Co 11.20-23).
La déclaration de Paul, «Lorsque vous vous réunissez, ce n’est pas pour manger le repas du Seigneur» (1 Co 11.20) indique clairement qu’ils se réunissaient pour célébrer le repas du Seigneur. Ils ont transformé la sainte cène en festivité ordinaire selon les festins idolâtriques. Il y a aucune évidence dans ce texte-ci, ou ailleurs dans le Nouveau Testament, que le repas du Seigneur a été observé en connexion avec un repas de fraternité. Ceci veux dire que ce qui s’est passé à Corinthe était irrégulier, impropre, et contre les instructions que Paul avait reçues du Seigneur qu’il avait transmises (1 Co 11.23).
Alors on peut conclure: tout ce qui s’est passé à Corinthe était irrégulier et impropre. Les chrétiens avaient mal compris totalement la nature de l’ordonnance sacrée du repas du Seigneur, en le convertissant en festivité séculaire, où prévalait même l’intempérance.
En vue de ce fait, n’importe quelle «ivresse» alléguée, qui s’est passée à la Sainte Table à Corinthe, ne peut guère prouver l’existence de consommation de boissons alcoolisées dans l’église apostolique. Une perversion locale ne peut indiquer la pratique générale des chrétiens. De plus, si les Corinthiens ont dévié des instructions qui leur ont été transmises, alors leur mauvaise conduite est plus un avertissement qu’un exemple pour nous.
2. L’acception du verbe methuo. Une raison pour laquelle plusieurs croient qu’il y avait de l’ivresse à la Sainte Table de l’église de Corinthe, est la traduction courante du verbe methuei par les mots «est ivre.» Par contre, notre étude de l’usage de ce mot dans Jn 2.10 a démontré que le verbe methuo ne signifie pas toujours l’ivresse. Le contexte doit déterminer son acception propre. Dans ce cas-ci, methuei est employé contrairement au mot peina «faim» et ceci exige que le verbe soit compris dans son sens générique de «rassasié» plutôt que dans le sens étroit de «ivre.» Leon C. Field élabore clairement d’une manière concluante sur ce point, et ajoute que cette interprétation est adoptée par beaucoup de savants, tel que Chrysostome, Bengal, Grotius, Wyclif, Kuinoel, Bilroth, MacKnight, Newcome, Bloomfield, Clarke, Lightfoot, Dean Stanley, et Whedom.7 On peut mentionner aussi Clément d’Alexandrie, qui a vécu seulement un siècle et demi après Paul. Dans son traité Instructor (livre 2,1), Clément, comme nous le dit A. W. Samson, «contredit la suggestion qu’on se servait ici de vin fermenté. Il indique que Paul se réfère à la nourriture plutôt qu’à la boisson, et que Paul les réprimande pour se "saisir de délicatesses," et pour "manger au delà des besoins d’alimentation."»8
La Septante (la traduction grecque de l’Ancien Testament du troisième au deuxième siècle av. J.-C) donne beaucoup d’exemples où le mot methuo est employé dans son sens générique d’être «plein en abondance.» Par exemple, Ps 23.5 dit: «ma coupe déborde» (methuskon - plein jusqu’au bord). Ps 65.10 nous fournit un autre exemple: «Tu visites la terre et tu lui donnes l’abondance [methuson].» Jérémie 31.14 est un autre exemple: «Je rassasierai [methuso] de graisse la personne des sacrificateurs. De tels exemples suffisent pour montrer clairement que methuo est souvent employé dans les Ecritures par son sens générique pour exprimer le rassasiement et la satiété.
3. Les implications de l’admonition de Paul. La réprimande et l’admonition de Paul suggèrent que l’ivresse n’était pas le problème à la Sainte Table de l’église Corinthienne. Il dit: «N’avez-vous pas des maisons pour y manger et boire?» (v.22). Si l’ivresse avait été le problème, Paul aurait dit, «N’avez-vous pas des maisons pour manger et s’enivrer?» Le fait que Paul dans sa réprimande ne fait aucune allusion à «l’ivresse» suggère que le problème à Corinthe n’était pas l’intoxication de vin alcoolique mais plutôt une indulgence excessive dans le boire et le manger.
Auparavant dans la même épître Paul dit catégoriquement que «ni les ivrognes...n’hériteront le royaume de Dieu» et il exhorte les membres à «ne pas avoir de relations avec quelqu’un qui, tout en se nommant frère, serait...ivrogne» (1 Co 6.10; 5.11). D’après cette exhortation, il est juste de supposer que si quelques-un avaient été ivres au repas du Seigneur, Paul aurait averti les autres de ne pas s’associer avec eux. Si les membres de l’église Corinthienne étaient soûls à la Sainte Table, Paul n’aurait pas dit auparavant dans cette même lettre, que dans le passé, quelques-un d’entre eux étaient des ivrognes «mais vous avez été lavés, vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu.» (1 Co 6.11)
D’après les considérations citées ci-dessus on conclut que cette référence d’»ivresse» à la Sainte Table de l’église Corinthienne n’offre aucun appui pour un usage modéré de vin alcoolique soit au domicile ou publiquement au repas du Seigneur. D’abord, parce que ce qui c’est passé à Corinthe était une déviation des instructions qui leur ont été transmises, par conséquent, leur mauvaise conduite est plus un avertissement qu’un exemple pour nous. Deuxièmement, parce que le problème au repas du Seigneur semble être une indulgence dans le manger et non de l’intoxication de vin alcoolique.
Éphésiens 5.18: «Ne vous enivrez pas de vin».
Une puissante inculpation biblique contre le vin fermenté se trouve dans Ephésiens 5.18, où Paul réprimande les Ephésiens en disant: «Ne vous enivrez pas de vin: c’est de la débauche. Mais soyez remplis de l’Esprit.» Le texte se compose de deux déclarations majeures qui sont mises en contraste (antithèse) : «enivrer de vin» contre «remplis de l’Esprit.»
L’antithèse suggère que le contraste n’est pas entre la modération et l’excès, mais entre la plénitude de vin et la plénitude de l’Esprit. Les deux déclarations pointent à une inconciliation inhérente de la nature et du fonctionnement entre les sources de telles plénitudes, c’est-à-dire, le vin qui enivre et le Saint Esprit. Une telle inconciliation mutuelle exclut l’autorisation d’un usage modéré de vin enivrant.
Qu’est-ce que la débauche? L’admonition de Paul «Ne vous enivrez pas de vin» est suivie d’un avertissement que la version Segond Révisée 1978 rend par «c’est de la débauche.» Une traduction littérale du texte grecque se lit: «Et ne vous enivrez pas de vin, en quoi [en ho] est la débauche [asotia - littéralement, "qui ne peut sauver"].» Le fait que la SR rends «en ho - en quoi» avec «c’est de la» fait la condition d’être ivre par le vin, plutôt que le vin lui-même, le sujet de «la débauche.» Cette construction de la phrase est basée non sur la nécessité exégétique du texte, mais sur la supposition que l’usage modéré du vin fermenté était approuvé durant les temps du Nouveau Testament.
Historiquement, plusieurs traducteurs et commentateurs considéraient le «vin» plutôt que l’état d’ivresse comme cause de débauche. La raison pour ceci est la position de oinos («de vin»), qui dans le grec est placé immédiatement avant le relatif «en quoi.» De plus, d’après le The Interpreter’s Bible Commentary, les mots «’Ne vous enivrez pas de vin,’ sont cités de Proverbes 23:31 (la Septante d’après Codex [manuscrit] A),» 9 où le texte condamne l’usage du vin fermenté («Ne regarde pas le vin parce qu’il est d’un beau rouge»), et non son abus.
De les anciennes traductions qui rendent Ephésiens 5.18 comme condamnation de vin fermenté, je peux mentionner la Vulgate latine (A.D. 400), qui se lit: «et nolite inebriari vino, in quo est luxuria» («Et ne vous enivrez pas de vin, en quoi est la sensualité»). La connexion entre vino «vin» et quo «quoi» est indubitable dans cette traduction latine, car le relatif quo a le même genre neutre que vino, sur lequel il est basé.
Certaines traductions modernes. Plusieurs traductions modernes suivent la Vulgate dans sa traduction fidèle littérale. Par exemple, la Version Française Synodale dit: «Ne vous enivrez pas de vin: car le vin porte à la dissolution.» Pour enlever toute possibilité de malentendu, les traducteurs ont répété le mot «vin» dans la proposition relative. La Version de Darby dit: «Et ne vous enivrez pas de vin, en quoi il y a de la dissolution; mais soyez remplis de l’Esprit,» de plus les versions françaises de David Martin, d’Ostervald disent la même chose. La TOB se lit: «Ne vous enivrez pas de vin, il mène à la perdition, mais soyez remplis de l’Esprit.» De même, en anglais les traductions de Robert Young et de la marge de la New American Standard Bible, en allemand la Die Gute Nachricht, en italien la version protestante de Riveduta par Giovanni Luzzi, et aussi la Version Catholique Italienne produite par l’Institut Biblique Pontifical suivent la traduction de la Vulgate.
A la vue de plusieurs traductions anciennes et modernes qui rendent la proposition relative d’Ephésiens 5.18 comme condamnation non de l’ivresse mais du vin lui-même, il semble qu’en raison de leur prédilection pour le vin, plusieurs traducteurs ont choisi de «sauver la face du vin en condamnant l’ivresse,» comme nous le dit Ernest Gordon.10
1 Timothée 5.23: «Fais usage d’un peu de vin, parce de ton estomac.»
Quand on mentionne le sujet du vin dans la Bible, souvent le premier texte qui vient à l’esprit est 1 Timothée 5.23 où Paul conseille Timothée en disant: «Cesse de boire uniquement de l’eau, mais fais usage d’un peu de vin, parce de ton estomac et de tes fréquentes indispositions.» Ce texte a été employé par de nombreuses personnes durant les derniers 19 siècles pour justifier leur consommation de boissons alcoolisées. C’est donc important pour nous d’établir la nature du conseil de Paul et son application aujourd’hui.
La nature du conseil de Paul. Le conseil de Paul doit être vu d’abord comme une expression d’intérêt paternel et non comme une injonction obligatoire. L’apôtre ne commande pas son fils bien-aimé de l’Evangile de boire du vin copieusement; plutôt, il lui conseille de se servir un peu de vin «parce de ton estomac et de tes fréquentes indispositions.»
La prudente précaution du langage de l’apôtre est très significative. Il ne dit pas, «Bois du vin,» mais plutôt «fais usage d’un peu de vin avec de l’eau.»11. Il ne dit pas, «pour le plaisir physique de ton ventre,» mais plutôt, «pour les besoins médicaux de ton estomac.» Même si le «vin» avait été fermenté, ce texte ne supporte d’une aucune façon son usage régulier. Il ne disait pas à Timothée, «bois...» mais «prends...»(MH,TOB,etc); le verbe «prends» est employé par un médecin quand il prescrit le dosage d’un médicament à un patient. De même, l’adjectif «peu» implique un usage très modéré de vin. Ceci semble être plutôt une prescription pour un patient qu’un précepte général pour tout le monde.
Timothée était abstinent. Un autre fait souvent ignoré est que l’avis «Cesse de boire uniquement de l’eau « implique que Timothée, comme les sacrificateurs et les naziréens, s’était abstenu jusqu’à ce temps de vins fermentés ou non fermentés. Ceci était probablement en conformité de l’exemple de Paul et de ses instructions. Dans la même épître, Paul lui conseilla d’exiger d’un évêque/épiscopat/dirigeant ou surveillant de l’église d’être non seulement abstinent (nephalion), mais aussi de ne pas être présent où on boit de la boisson fermentée (me paroinon - 1 Tm 3.2-3). Il est raisonnable de supposer que l’apôtre n’aurait pas instruit Timothée d’exiger l’abstinence pour les chefs d’églises sans lui avoir premièrement enseigner ce précepte. Le fait que Timothée buvait uniquement de l’eau implique qu’il suivait scrupuleusement le conseil de son maître.
Il est à croire que l’abstinence d’un ministre chrétien était basé sur la législation de l’Ancien Testament qui empêchait les sacrificateurs de se servir de boissons alcoolisées (Lv 10.9-10). Le sentiment naturel était que le ministre chrétien ne devait pas être moins saint que le sacrificateur juif, surtout si la raison pour la loi mosaïque s’appliquait à eux aussi: «Afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur; et enseigner aux Israélites toutes les prescriptions que l’Eternel leur a données par l’intermédiaire de Moïse.» (Lv 10.10-11) Le précepte de l’abstinence n’était pas violé par la recommandation de Paul, parce que l’usage d’un peu de vin était recommandé non pour le plaisir du ventre mais pour le besoin médical de l’estomac.
Quelle sorte de vin? Généralement on suppose que le vin que Paul recommanda à Timothée était fermenté. Mais ceci n’est pas en aucune façon certain, pour deux raisons. D’abord, à cause du terme oinos («vin»), comme cela fut été montré, était employé de façon générique pour dénoter soit du vin fermenté ou non-fermenté. Deuxièmement, parce qu’il y a des témoignages historiques qui attestent l’usage du vin non-fermenté pour des besoins médicaux.
Aristote (384-322 av. J.-C) recommande l’usage du jus de raisin (appelé glukus dans le grec), parce qu’il dit: «Ce n’est du vin [oinos] que de nom; ce n’en est pas en réalité. Car Il n’a pas le suc du vin, et c’est pourquoi il ne grise pas, ce que fait le premier vin venu.»12 Athénée, le grammairien grec (280 A.D.), conseille spécifiquement l’usage du «vin doux» (glukon oinon) non fermenté pour les maladies d’estomac. Il dit: «Qu’il prenne avant le repas un vin doux mouillé d’eau et chaud, principalement le vin appelé protropos (prédisposant) qui est stomachique. Du reste le vin [oinos] doux n’alourdit pas la tête.»13 Ici on a un conseil très similaire à celui de Paul, mais la différence c’est qu’Athénée qualifie quelle sorte de vin qu’il recommanda, c’est-à-dire, le vin doux appelé «protropos,» parce que ce vin avait aucune force alcoolique.
Un autre conseil similaire de l’usage médical du vin est donné par Pline (79 A.D.), un contemporain de Paul et l’auteur de l’oeuvre reconnue, l’Histoire Naturelle. Il conseille de se servir de vin cuit non-fermenté appelé adynamos («le vin sans force») pour les personnes qui sont malades «pour lesquels on craint un effet nocif du vin.»14 Il recommande aussi d’éviter les effets secondaires de l’alcool par l’usage de vins filtrés de substances qui causent la fermentation: «Le meilleur [de ces «vins...les plus sains»] pour tout est un vin dépouillé de sa force par le filtrage [sacco].»15
En vue de ces témoignages, il est raisonnable de supposer que le vin recommandé par Paul à Timothée pouvait bien être non-alcoolique. Ellen White soutient cette conclusion en disant: «Paul conseille à Timothée de prendre un peu de vin pour son estomac et ses fréquentes indispositions, mais il faisait allusion au jus de raisin non-fermenté. Il n’a pas conseillé à Timothée de prendre ce que le Seigneur avait défendu.»16
Des admonitions d’abstinence - 1. Nepho.
Les admonitions apostoliques d’abstinence sont exprimées par le verbe grec nepho et l’adjectif nephalios (1 Th 5.6-8; 1 P 1.13; 4.7; 5.8; 2 Tm 3.2, 11; Tt 2.2). Il y a une unanimité remarquable parmi les lexiques grecs sur l’acception primaire du verbe nepho qui signifie «de s’abstenir de vin» et de l’adjectif nephalios qui signifie «être abstinent, sans vin.»17
Cette acception est attestée dans les écritures de Josèphe et de Philon, lesquels étaient contemporains de Paul et Pierre. Dans ses Antiquités Judaïques, Josèphe écrit des sacrificateurs: «Ceux qui portaient les vêtement sacerdotaux étaient sans tache et ils étaient éminents pour leur pureté et sobriété [nephalioi], ne leur étant pas permis de boire du vin aussi longtemps qu’ils portaient ces vêtements.»18 Semblablement, Philon explique dans ses Lois Spéciales que le sacrificateur doit officier en étant nephalios, c’est à dire, être totalement abstinent du vin, parce qu’il doit exécuter les instructions de la loi et doit être en position d’agir comme tribunal final sur la terre.19
Si Josèphe, Philon et une multitude d’autres écrivains se servaient de nepho/nephalios avec l’acception primaire «d’abstinence de vin,» on a raison de croire que Paul et Pierre se servaient aussi de ces termes dans le même sens. Cette conclusion est soutenue, comme on va le voir, par le contexte où ces termes se trouvent. Néanmoins, ces mots ont été habituellement traduits dans le sens figuré de «sobre.» Beaucoup de chrétiens sincères ont été trompés de croire par de telle traduction que la Bible enseigne la modération de l’usage de boissons alcoolisées, plutôt que l’abstinence.
1. Nepho -a) 1 Thessaloniciens 5.6-8. Dans sa lettre aux Thessaloniciens, Paul exige des croyants d’être «sobres» en vue de la venue soudaine et inattendue du Christ. Il dit: «Ne dormons donc pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres [nephomen]. Ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s’enivrent, s’enivrent la nuit. Mais nous qui sommes du jour, soyons sobres [nephomen]: revêtons la cuirasse de la foi et de l’amour, ainsi que le casque de l’espérance du salut» (1 Th 5.6-8).
Ce texte consiste en un nombre de parallèles en contraste: le jour et la nuit, veiller et dormir, être sobre et être ivre. En vue des contrastes entre les enfants du jour qui sont sobres et ceux de la nuit qui sont ivres, il est évident que l’exhortation d’être sobre signifie non seulement être vigilant mentalement mais principalement d’être abstinent physiquement.
Cette conclusion est soutenue par la connexion entre la sobriété et la vigilance: «Veillons et soyons sobres» 9v.6). Le premier verbe, gregoromen, se réfère à la vigilance mentale et le deuxième verbe , nephomen, à l’abstinence physique. Autrement, ce serait une répétition inutile (tautologie): «Veillons et soyons éveillés.» Il est évident que Paul joint la vigilance mentale avec l’abstinence physique parce que les deux vont ensemble. La vigilance mentale dans le Nouveau Testament est souvent mise en connexion, comme on va le voir, avec l’abstinence physique. Ceci deviendra plus clair lorsqu’on considéra les autres textes en questions.
L’admonition d’abstinence physique exprimée par le verbe nepho se trouve de nouveau dans la première épître de Pierre (1.13; 4.7; 5.8). C’est remarquable qu’à chaque texte, l’exhortation de Pierre d’abstinence est donnée dans le contexte d’être prêt pour le retour imminent du Christ. Ceci implique que Pierre, comme Paul, base son appel pour une vie d’abstinence et de sainteté dans la certitude et l’imminence du retour de Jésus.
1.b) 1 Pierre 1.13. Le premier usage de nepho par Pierre se trouve dans 1 P 1.13: «C’est pourquoi, affermissez votre pensée, soyez sobres [nephontes] et ayez une parfaite espérance en la grâce qui vous sera apportée, lors de la révélation de Jésus-Christ.» Ici Pierre, comme Paul, met en corrélation la vigilance mentale («affermissez votre pensée») avec l’abstinence physique («soyez sobres»).
L’admonition «d’être abstinent» prend une forme radicale dans 1 P 1.13 parce qu’elle est suivie immédiatement par l’adverbe «teleios», qui signifie «parfaitement» ou «complètement.» Ainsi, la traduction réelle devrait être, «soyez complètement ou parfaitement abstinent.» La plupart des traducteurs, possiblement à cause de leur prédilection pour les boissons alcoolisées, ont choisi de faire teleios modifier le verbe suivant- elpisate («espérez (D); ayez une espérance (SR)»), ainsi donc,le rendant «espérez parfaitement (D)» ou «ayez une parfaite espérance (SR).»
Il est remarquable que la Vulgate (la traduction latine fameuse de Jérôme qui était la Bible officielle de l’église Catholique à travers les siècles) traduit teleios comme modificateur de nephontes, ainsi donc, «sobrii perfecte» («parfaitement sobre»). D’après-moi, cette traduction de Jérôme réfléchit précisément l’intention de Pierre qui répète de nouveau son appel à l’abstinence, deux autres fois dans cet épître. Ainsi, la traduction propre devrait être: «C’est pourquoi, affermissez votre pensée, soyez complètement abstinent et espérez dans la grâce qui vous sera apportée, lors de la révélation de Jésus-Christ.»
1.c) 1 Pierre 4.7. Le deuxième usage de nepho se trouve dans 1 P 4.7: «La fin de toutes choses est proche; soyez donc sensés et sobres en vue de la prière.» Ici aussi, Pierre exhorte les chrétiens à être vigilant mentalement et physiquement abstinent. L’acception de nepho comme abstinence de vin est aussi suggérée par le contexte, où Pierre fait un contraste de l’ancienne manière de vivre de «dérèglement, les convoitises, l’ivrognerie, les orgies, les beuveries et l’idolâtrie criminelle» (1 P 4.3) avec la nouvelle manière de vivre d’abstinence et de tempérance. Le texte pourrait être paraphraser comme suit: «La fin de toutes choses est proche; soyez donc sobres en esprit et abstinent en vie pour que vous puissiez être capable de maintenir à présent une vie saine de dévotion durant ce temps critique.»
1.d) 1 Pierre 5.8. Le troisième usage de nepho se trouve dans 1 P 5.8: «Soyez sobres [nepsate]. Veillez [gregoresate]! Votre adversaire le diable , rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer.» Ici aussi, comme dans les deux cas antérieurs, Pierre associe la vigilance mentale avec l’abstinence physique., parce que les deux sont mutuellement dépendantes. Les boissons alcoolisées diminuent le pouvoir de la conscience et de la raison, ainsi affaiblissant les inhibitions pour mal-faire. Le dernier résultat est que le diable est capable de mieux «dévorer», littéralement, «avaler (katapino)» de telles personnes.
Le contraste entre nepsate (de ne piein, «ne pas boire») et katapiein (de kata piein «a avaler») a été reconnu par Adam Clarke, qui commente: «Ce n’est pas tout le monde qu’il peut avaler. Ceux qui sont sobres et vigilants sont saufs; il ne peut les avaler. Ceux qui sont ivres avec les soucis de ce monde, et qui ne veillent pas, ceux-ci il peut les avaler. Il y a une beauté frappante dans ce verset, une apposition entre le premier et le dernier mot, laquelle je crois n’a pas été observée; -Etre sobres, nepsate, de ne = non, et piein = d’avaler - de ne pas avaler - et le mot katapiein, de kata = en bas, et piein = d’avaler. Si vous avalez de la boisson forte, le diable va vous avaler. Ecoutez ceci vous les ivrognes, pochards, poivrots, soûlauds ou par n’importe quel nom que vous êtes reconnus dans la société ou envers vos compagnon-pécheurs, la boisson forte n’est pas seulement votre chemin au diable, mais sa voie en vous. Vous êtes tels que le diable peut particulièrement vous avaler.»20
Sommairement, les cinq usages de nepho, deux par Paul (1 Th 5.6,8) et trois par Pierre (1 P 1.13; 4.7; 5.8), tout démontrent une logique étonnante en exhortant à la vigilance mentale et à l’abstinence physique. C’est aussi significatif que toutes les cinq admonitions à l’abstinence se trouve dans le contexte de la préparation du retour imminent du Christ.
2.Nephalios comme abstinence physique- 1 Timothée 3.2-3,11; Tite 2.2.
L’adjectif nephalios est employé trois fois par Paul dans sa description des qualités désirées des évêques, des femmes, et des vieillards. Les deux premiers cas se trouvent dans 1 Timothée 3.2-3,11: «Il faut donc que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre [nephalion], sensé [sophrona], sociable, hospitalier, apte à l’enseignement, qu’il ne soit ni adonné au vin...Que les femmes de même soient respectables, non médisantes, sobres [nephalious], fidèles en toute chose.» Le troisième exemple se trouve dans Tite 2.2, «Dis que les vieillards doivent être sobres [nephalious], respectables, sensés [sophronas], sains dans la foi, dans l’amour, dans la patience.»
Ci-dessus, on a remarqué que l’adjectif nephalios est employé par des auteurs contemporains tel que Philon et Josèphe pour signifier l’abstinence du vin. Cette interprétation littérale est soutenue par le fait que dans 1 Timothée 3.2 et Tite 2.2 l’adjectif nephalios se trouve avec sophron, le premier pour signifier l’abstinence physique et le deuxième, la vigilance mentale.21 La connexion entre les deux exige une interprétation littérale de nephalios, comme quelqu’un qui est abstinent du vin.
«Ni adonné au vin.» Quelques-un argumentent que l’interprétation littérale de nephalios comme étant «abstinent» est contredite par me paroinos, qui est traduit par «ni adonné au vin» (SR). Leur raisonnement est que Paul n’aurait pas en premier lieu enjoint un évêque d’être abstinent et ensuite d’être «ni adonné au vin,» c’est à dire, être modéré dans l’usage du vin. Cette contradiction apparente est résolue en reconnaissant que l’acception de paroinos va au delà d’être adonné au vin»22 Paroinos signifie aussi l’idée complémentaire d’être para «proche» oinos «vin,» c’est à dire, proche d’une place où on consomme du vin. «L’ancien paroinos,» comme Lees et Burns expliquent, «était un homme accoutumé à être présent à des réceptions où on buvait de la boisson alcoolique, et par conséquence, à être associé intimement à la boisson forte.»23
Albert Barnes, un commentateur renommé du Nouveau Testament, explique l’acception de paroinos, en disant: «Le mot grec (paroinos)...signifie, proprement près [du] vin; c’est à dire, cela montre ce qui se passe près ou dans la présence du vin, comme la bacchanale, les chansons de boissons, etc. Alors, cela désigne quelqu’un qui est assis auprès du vin; c’est à dire, qui a l’habitude d’en boire...Cela veut dire qu’une personne qui a l’habitude de boire du vin, ou qui est accoutumée à s’asseoir avec ceux qui en boivent, ne doit pas avoir la permission d’entrer dans le ministère. La façon dont laquelle l’apôtre mentionne ce sujet-ci nous porte a supposer qu’il ne voulait pas recommander l’usage du vin dans aucun cas; et qu’il le considérait comme dangereux et, qu’il désirait que les ministres de religion s’en abstiennent totalement.»24
La signification de paroinos comme «près du vin,» c’est a dire proche d’une place où on consomme l’alcool, est supportée par les lexiques anciens et modernes. Le Lexicon Graeci Testamenti Alphabeticum, publié en 1660, définit paroinos dans le grec et le latin comme «para to oino, apud vinum,» qui peut être traduit»près ou en présence du vin.»25 Liddell et Scott définissent le mot relatif paroinios comme «convenable à une réception de boisson alcoolique.»26
Compris dans ce sens, me paroinos n’affaiblit pas nephalios. Au contraire, cela le renforce. Paul dit qu’un évêque doit être non seulement abstinent, mais qu’il doit aussi refuser sa présence et son approbation dans les places et les associations qui pourraient tenter son abstinence et celle des autres. Ceci est en accord avec l’admonition de Paul dans 1 Corinthiens 5.11: «Maintenant, ce que je vous ai écrit, c’est de ne pas avoir de relations avec quelqu’un qui, tout en se nommant frère, serait débauché, ou cupide, ou idolâtre, ou insulteur, ou ivrogne, ou accapareur, et même de ne pas manger avec un tel homme.»27
Enkrateia comme l’abstinence physique.
Le mot enkrateia se trouve cinq fois dans le Nouveau Testament (Ac 24.25; Ga 5.22-3; 2 P 1.6; 1 Co 9.25; Tt 1.8). Ce mot dérive son acception du thème krat qui «exprime le pouvoir ou la seigneurie qu’une personne a, soit sur soi-même ou sur quelque chose.»28 Ce pouvoir sur soi-même se manifeste spécialement dans la capacité de s’abstenir de toute sorte de mal.
Le mot est traduit avec beaucoup de variété: maîtrise de soi (SR,MH,TOB,FC), abstinence (S,SR), tempérance (S,D,MH), régime (D), continent (D), privation (MH), ascèse rigoureuse (TOB), et discipline sévère (FC).
Walter Grundmann, dans son article sur le mot enkrateia dans la Theological Dictionary of the New Testament fournit une documentation étendue historique du fait que l’acception primaire du mot enkrateia signifie l’abstinence.29
Par exemple, Aristote (384-322 av. J.-C) dit: «Le continent [enkrates], lui, sachant que les convoitises sont mauvaises, se refuse à les suivre en s’appuyant sur la règle.»30 Le livre apocryphe d’Ecclésiastique a une section intitulée «Etre maître de soi» [enkrateia] qui débute avec ces mots: «Ne te laisse pas entraîner par tes désirs, et refrène tes convoitises (18.30 TOB).» (MH - «...détourne-toi de tes désirs.») L’abstinence était extrêmement estimée parmi les esséniens. Josèphe nous dit: «Ces esséniens rejettent le plaisir comme étant mauvais, mais ils estiment l’abstinence [enkrateia], et la conquête de nos passions, comme étant une vertu.»31 Peut être la preuve la plus concluante de la connotation du mot enkrateia est l’usage du titre «encratite» pour désigner plusieurs premiers groupes de chrétiens qui s’abstenaient du vin, de la viande, et quelques-un même du mariage.32
Actes 24:25. Les auteurs du Nouveau Testament retiennent l’idée de l’abstinence dans leur usage du mot enkrateia. Tout d’abord, le mot se trouve dans les Actes des Apôtres 24.25. Ici Paul faisait un discours à Félix et Drusille: «Mais, comme Paul discourait sur la justice, la maîtrise de soi [enkrateias] et le jugement à venir, Félix, saisit de crainte, lui dit: Pour le moment, tu peux t’en aller; quand j’en trouverai le temps, je te rappellerai.» Félix était un gouverneur injuste qui vivait dans l’adultère avec Drusille et qui était adonné à une indulgence licencieuse. En vue de la cruauté notoire et du dévergondage de ce couple coupable, il est évident que quand Paul leur a parlé de enkrateia, son thème n’était pas la modération mais l’abstinence de toutes pratiques pécheresses et illégales.
Wycliffe traduit correctement enkrateia dans ce texte par «chastitie» («chasteté»). Cette acception est plus évidente dans 1 Corinthiens 7.9 où Paul se sert de la forme verbale de ce mot pour décrire la même vertu de chasteté: «Mais s’ils manquent de continence [enkrateuomai], qu’ils se marient.»
1 Corinthiens 9:25. Dans la même épître, Paul se sert du verbe une deuxième fois d’une façon qui comprend clairement l’idée d’abstinence: «Tout lutteur s’impose toute espèce d’abstinences [panta enkrateuetai]; eux, pour recevoir une couronne corruptible, nous, pour une couronne incorruptible» (1 Co 9.25, S,SR). La version de Darby rend cette expression par «de régime en toutes choses,» la MH, «toutes sortes de privations,» la TOB, «une ascèse rigoureuse,» et la Vulgate «ab omnibus se abstinet» («il s’abstint de toutes choses»). Cette acception de ce terme pour désigner l’abstinence est soutenue par l’allusion d’entraînement des athlètes pour les jeux anciens. Plusieurs commentateurs donnent de références abondantes d’anciens auteurs à ce sujet.33
Dans les prochains versets, Paul illustre cette définition en faisant une application personnelle. En continuant l’image du lutteur, il dit: «Moi donc, je cours, mais non pas à l’aventure; je donne des coups de poing, mais non pour battre l’air. Au contraire, je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur, après avoir prêché aux autres, d’être moi-même disqualifié.» (1 Co 9.26-27). Un tel langage soutient rarement la vue que cela parle de modération de consommation de boisson alcoolisées. Au contraire, cela implique une discipline sévère qui fait abnégation de soi. Cela implique que pour se qualifier pour être accepté comme citoyen du ciel, on doit subjuguer nos désirs ardents envers les boissons alcoolisées par le pouvoir de la grâce divine (Ph 4.13).
D’autres textes. L’idée d’abstinence est présente dans d’autres textes où se trouve enkrateia. Dans Galates 5.22-23 on lit ceci: «Mais le fruit de l’Esprit est: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi [enkrateia]; la loi n’est pas contre de telles choses.» Le fruit de l’Esprit , y compris le dernier nommé, est en opposition des «oeuvres de la chair» énumérées dans le verset précédent parmi lesquels l’»ivrognerie» est saillante. Ceci suggère que enkrateia est vu par Paul spécialement comme antithèse de l’ivrognerie.
Dans 2 Pierre 1.6, enkrateia se trouve être énuméré avec d’autres vertus. Il est traduit par l’expression «maîtrise de soi» ou «tempérance,» dans les traductions françaises, «abstinentia» dans la Vulgate, et «absteynence» dans la traduction de Wycliffe.
L’adjectif enkrate se trouve une fois dans Tite 1.8 ou il se conforme à nephalion («abstinent») dans 1 Timothée 3.2.
De cette enquête il est clair que les admonitions à la sobriété, la tempérance, et la maîtrise de soi dans le Nouveau Testament exigent des chrétiens de faire un usage modéré de bonnes choses et d’être totalement abstinent de tout ce qui est nuisible. En Appliquant ceci aux boissons alcoolisées, le Nouveau Testament enseigne l’abstinence totale.
La raison fondamentale donnée par Paul pour vivre une vie pieuse d’abstinence est eschatologique: «Car la grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue à tout les hommes, nous enseignant que, reniant l’impiété et les convoitises mondaines, nous vivions dans le présent siècle sobrement [sophron-sensé SR, avec retenue MH), et justement, et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité et qu’il purifiât pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes oeuvres.» Les Ecritures louent une vie saine et pieuse non seulement pour la santé et la bonté, mais surtout par égard au désir de Dieu qui veut vivre quotidiennement en nous (1 Co 3.16-17;6.13) et, par Son désir de notre camaraderie dans la vie future.
C’est cet espoir d’être prêt à recevoir le Christ, et d’être reçu par Lui au jour de l’apparition de sa gloire, qui devrait motiver tout les chrétiens à se purifier «comme Lui est pur» (1 Jn 3.3). C’est à cet espoir que Pierre fait appel quand il demande la vigilance mentale et l’abstinence physique dans ces trois textes qu’on a déjà examinés. Son admonition, «affermissez votre pensée, soyez complètement abstinent» est suivie immédiatement par l’exhortation «ayez une espérance en la grâce qui vous sera apportée, lors de la révélation de Jésus-Christ» (1 P 1.13).
Pour les chrétiens qui croient dans la certitude et l’imminence du retour du Christ, l’admonition apostolique de s’abstenir de boissons alcoolisées prend une importance additionnelle: cela représente une réponse tangible à l’invitation de Dieu de faire une préparation concrète pour la venue du Seigneur Jésus-Christ.
7. Quelques textes mal compris
La Bible est un livre de source et non un manuel de doctrine où les sujets sont systématiquement présentés en ordre séquentiel. Pour l’enseignement des Ecritures sur n’importe quel sujet, tout les textes pertinents doivent être examinés d’après leur contexte immédiat et l’enseignement biblique total.
Une des plus importante sauvegarde pour l’interprétation d’un texte biblique est le respect pour l’analogie des Ecritures. Ceci veut dire que les Ecritures doivent servir de guide pour comprendre les Ecritures. Quel que soit le texte à étudier, il ne doit pas être interprété par lui-même, mais en vue de l’enseignement total des Ecritures. L’interprétation d’un texte qui contredirait la tendance entière des Ecritures doit être rejetée comme fausse. Faire autrement signifie qu’on voit la Bible comme étant tout simplement un produit humain littéraire, harcelé d’enseignements en conflits. Une telle vue est niée par le témoin interne des Ecritures, qui soutient que son contenu n’est pas le produit d’interprétation privée, «car ce n’est nullement par une volonté humaine qu’une prophétie a jamais été présentée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu.»
Dans le chapitre qui suit, nous allons interpréter chaque texte d’après la syntaxe, c’est à dire, selon les lois grammaticales qui gouvernent le texte; ensuite de façon contextuelle, c’est à dire, selon le contexte immédiat et général; historiquement, c’est à dire, d’après les circonstances et les coutumes de ce temps; et enfin, analogiquement, c’est à dire, en respectant l’enseignement global des Ecritures.
Dans les chapitres précédents, on avait déjà étudié plusieurs textes qui avaient été mal compris, plus particulièrement l’étude des enseignements de Jésus et des apôtres concernant le vin. Cependant, quelques textes ont été intentionnellement omis afin d’éviter une longue digression du sujet principal.
Dans le chapitre qui suit, nous allons examiner les cinq textes suivants: Osée 4.11; Juges 9.13; Deutéronome 14.26; Proverbes 31.6; et 1 Timothée 3.8.
Tirôche -Osée 4.11;Juges 9.13
Dans un contexte de lamentation divine envers l’apostasie spirituelle d’Israël, Osée 4.11 dit: «La prostitution, le vin (vieux) et le vin nouveau [tirôche] entraînent le coeur.» La plupart des partisans de la modération font appel à ce texte pour défendre leur théorie selon laquelle le verset d’Osée 4.11 prouverait que le vieux vin (yayine) et le vin nouveau (tirôche) seraient des vins fermentés.
Il est donc important de répondre à deux questions: (1) Lorsqu’il est question dans ce texte de «vin nouveau» (tirôche) s’agit-il de vin fermenté? (2) Si oui, est-ce que ce texte permettrait un usage modéré de vin alcoolisé? Nous allons essayer de répondre à ces deux questions en examinant tout d’abord, l’acception générale de tirôche («vin nouveau») et ensuite, son usage en particulier dans Osée 4.11.
L’acception de tirôche. Il existe de nombreux désaccords sur la définition actuelle de tirôche. Pour quelques-uns, il s’agirait du «vin en procédé de développement et de fabrication.»1 Pour d’autres, il s’agirait de raisins dans leur forme solide et non de jus de raisin soit fermenté ou non.2 On trouve également chez d’autres, l’idée que cela «signifie uniformément du jus de raisin pur et frais.»3
Le mot tirôche se trouve cité 38 fois dans l’Ancien Testament. Selon différentes versions françaises, il est traduit par les mots tels que: dans la version Segond révisée: vin nouveau 29, vin 5, moût 2, jus 1, vin doux 1; dans la version Segond: moût 31, vin 6, jus 1; dans la version Darby: moût 37, vin nouveau 1; dans la version TOB: vin nouveau 25, vin 6, moût 5, suc 1, ivresse 1; dans la version Maredsous-Hautecombe: vin 20, moût 16, vin nouveau 1, jus 1; dans la Bible de Jérusalem: vin nouveau 17, vin 15, moût 4, vin doux 1, jus 1; dans la version du Français Courant: vin 19, vin nouveau 11, vigne 2, vendange 2, vin de l’année 1, juteuse 1, jus de raisin 1, et des raisin 1.
Dix-neuf fois, le mot vin se trouve écrit en parallèle aux mots «blé» (dagan) et «huile fraîche» (yitzhar), et habituellement, dans l’ordre suivant: blé, vin nouveau, et huile.4 Onze fois, il est en parallèle avec le mot «blé» seulement,5 et deux fois avec «huile» seulement.6 Cinq fois ce terme se trouve sans les deux mots cités plus-haut.7
Une étude du contexte où apparaissent ces trois mots «blé, vin nouveau (moût), et huile» illustre clairement que ces trois mots signifient les produits bruts qui ont été battus ou pressés. Ceci est aussi prouvé par le fait que l’Ancien Testament se sert de trois mots différents pour désigner le dernier produit prêt pour la consommation: «pain» (lehem), «vin» (soit fermenté ou non- yayine), et «huile» (shemen).8
Esaïe 65.8 nous fournit un exemple clair où tirôche signifie du jus de raisin frais: «Ainsi parle l’Eternel: Quand il se trouve du jus [tirôche] (SR,S,MH,Jér; la TOB mentionne le mot «suc;» la D - «moût»; la FC - «juteuse.») dans une grappe, on dit: Ne la détruis pas, car il y a là une bénédiction! J’agirai de même, parce de mes serviteurs, afin de ne pas détruire l’ensemble.» Il est évident que dans ce texte tirôche signifie le jus de raisin frais, car il est question du jus qui se trouve encore sur la vigne. De plus, cette traduction est soutenue par les versions françaises sus-mentionnées.
Cependant, d’autres textes suggèrent que tirôche signifie non seulement du jus de raisin mais qu’il se réfère aux raisin-mêmes sous leur forme solide. Par exemple, dans Michée 6.15, tirôche illustre le foulage des raisin: «Vous sèmerez sans pouvoir récolter. Vous presserez des olives, mais vous n’en utiliserez pas l’huile. Vous foulerez du raisin [(tirôche); traduit par le mot «moût» dans les versions suivantes:S,SR,TOB,MH,D,Jér] mais vous ne boirez pas le vin [yayine]» (FC). On trouve un autre exemple très clair dans Néhémie 10.37/38 où les gens ont promis d’amener les prémices du «fruit de tout les arbres, du moût [tirôche] et de l’huile» (S). Ici tirôche se réfère clairement au fruit de la vigne. Il semble clair que tirôche fait allusion ici de raisins et non du vin.
Les exemples mentionnés ci-dessus indiquent que tirôche signifie soit le jus de raisin fraîchement foulé ou les raisin-mêmes. Par contre, est-ce que tirôche peut aussi signifier du vin nouveau fermenté qui n’a pas fini de vieillir?
Il faut admettre que plus tard, dans l’histoire juive, tirôche désignait du vin fermenté.9 Par contre, il est impensable que ce terme fut déjà utilisé pour désigner du vin fermenté au temps d’Osée au huitième siècle av. J.-C puisque, d’un accord commun, on désignait par ce terme les raisin ou le jus de raisin fraîchement pressé. Mais supposons ici, à titre d’exemple, que tirôche signifie le vin nouveau fermenté (dans Osée 4.11); ceci ne ferait que prouver que le terme était utilisé dans un sens générique pour désigner les raisin, le jus de raisin, et le vin fermenté. Un tel usage générique ne devrait pas nous surprendre, parce qu’on a déjà remarqué que le terme yayine («vin») procédait aussi d’une acception générique.
Supposons sans y accorder cette acception, que tirôche signifie du "vin nouveau fermenté" dans Osée 4.11, quelle serait alors la signification réelle du texte? Il ne s’agit pas ici de modération mais d’abstinence. Pourquoi? Tout simplement parce que le prophète ne dit pas «trop de vin et de vin nouveau entraîne le coeur,» mais tout simplement, «le vin (vieux) et le vin nouveau entraîne le coeur.» Cet énoncé, tout comme celui dans Proverbes 23.31-32, parle du «vin vieux et [du] vin nouveau» sans tenir compte de la quantité ingurgitée.
Son contexte. Par contre, une étude du contexte immédiat et au sens plus large exclue la possibilité que tirôche signifie du vin nouveau fermenté. D’abord, parce que le verbe yiqqah (entraîne-SR; ôtent-D) n’a jamais le sens d’ivresse ou d’intoxication dans la Bible. Les significations possibles de ce verbe sont «prendre, aller chercher, ôter, enlever, emporter, occuper, séduire, captiver, etc.»10
Deuxièmement, si le prophète avait voulu donner une liste des éléments principaux causant l’ivresse et qui entraînent (font perdre-S.FC.TOB.Jér) le coeur, il n’aurait pas mentionné tout d’abord la «prostitution» parce que cela n’enivre pas littéralement. De plus, pourquoi aurait-il énuméré deux produits de la même catégorie mentionnant en dernier lieu le produit le moins fort des deux: «vin nouveau» (tirôche). Il aurait été plus logique pour le prophète de citer le produit à l’effet le plus fort en dernier, tel que le «vin» (yayine) et la «boisson forte» (chekar).
La solution au problème est de reconnaître que ce qui lie ensemble «la prostitution, le vin et le vin nouveau» n’est pas l’intoxication physique mais l’apostasie spirituelle. Dans une analyse perspicace de ce texte, Robert Teachout a démontré d’une manière convaincante qu’Osée 4.11 fait fond sur le deuxième chapitre, où, basé sur le portrait poignant et tragique de la femme infidèle d’Osée, Dieu se lamente du fait que les bonnes choses qu’Il lui a données, tel que «le blé, le vin nouveau et l’huile,» elle s’en sert pour «Baal» (Osée 2.10). Dans le quatrième chapitre, le prophète fait ressortir un argument qu’il avait déjà utilisé auparavant, c’est à dire, «que même les bonnes choses que Dieu leur a données peuvent, comme conséquence d’une théologie pervertie concevant Baal comme source de la fécondité et de la productivité du sol, être liées avec d’autres péchés plus évidents pour enlever la loyauté d’Israël envers son Dieu. Donc, la prostitution, le vin et même le jus de raisin fraîchement foulé leur fait perdre leur fidélité envers Dieu.»11 La raison pour laquelle le «jus de raisin» (tirôche) leur a fait perdre leur fidélité ou leur raison (MH), est que (comme on a déjà remarqué dans Osée 2.10) tirôche était une des bénédictions dont Israël s’était servie pour adorer Baal.
Il convient de souligner que l’idée générale et fondamentale de Teachout avait déjà été présentée en 1881 par Horace Bumstead dans ce qui est peut être la défense la plus érudite sur la sanction biblique prétendu du vin alcoolisé, publiée dans Bibliotheca Sacra (71 pages). En dépit de sa position en faveur de la modération, Bumstead avoue que dans l’Ancien Testament tirôche signifie «le produit du sol et du pressoir et le don de Dieu envers le cultivateur.»12
Cette reconnaissance mène Bumstead à faire de conclusions remarquables dont il vaut la peine d’en tirer une citation complète: «Etant utilisé constamment de cette façon, et jamais où se situe l’action de boire, à l’exception de rares cas qu’on a déjà mentionnés, tirôche serait naturellement dissocié d’évidence de force d’intoxication qu’il posséderait seulement dans son état fini. Aussi, pour cette raison, je suis très prêt à abandonner le seul texte qui prouve le caractère enivrant du mot tirôche: "La prostitution et le vin (yayine) et le vin nouveau (tirôche) entraînent le coeur." (Osée 4.11) Je donne volontiers mon accord sur l’interprétation qui fait état des abus faits par les enfants d’Israël des grâces temporelles de Dieu, lesquelles les ont entraînés à l’idolâtrie (prostitution spirituelle). Ceci était précisément le message donné en vision prophétique dans le dernier cantique de Moïse, Deutéronome 32.14,15,16. Selon le texte d’Osée, la prostitution semble être tout simplement les séductions du culte idolâtre, qui devenaient plus attrayantes par le yayine, le vin apprêté (qu’on buvait ou non en excès, cela ne fait pas de différences) et par le tirôche, dans ce cas-ci, le vin inachevé que le fermier préparait pour un usage futur, les deux étaient considérés comme grâces des dieux vers qui les Israélites idolâtres se tournaient.»13
Deux ans après la publication de l’article de Bumstead, L.C. Field présentait une interprétation semblable d’Osée 4.11 dans son livre, Oinos: A Discussion of the Bible Wine Question où il a écrit: «’entraînant le coeur,’ dans ce texte ne signifie pas une intoxication, mais, comme nous le dit l’évêque Lowth, de "priver les hommes de leur jugement et de troubler leur compréhension." Alors on dit que des cadeaux "font perdre le sens" (Ecclésiaste 7.7). Le fait que trois choses distinctes sont nommées indique qu’il y a une différence. Il n’y a aucun parallélisme dans ce texte. La prostitution n’est pas yayine, et yayine n’est pas tirôche. Sans doute le premier signifie l’idolâtrie ou le culte illicite; le deuxième [signifie] l’assouvissement sensuel, et tirôche [désigne] les choses matérielles de ce monde. Les trois ont entraîné leurs coeurs loin du Dieu qui est la «Bonté illimitée» et la «Source de joie spirituelle.» Tout ceci est un accomplissement étonnant de la dernière prophétie de Moïse dans Deutéronome 32.14-16. On peut en conclure que lorsqu’on parle de tirôche, il ne s’agit en aucun cas de vin mais du fruit naturel de la vigne, dans son état solide et duquel provient le vin.»14
De plus, il est évident que les traducteurs des versions françaises, telles que celles de Darby, Jérusalem, Maredsous-Hautecombe, et Segond, considèrent qu’ici, tirôche désigne le «moût.»
Les considérations précédentes indiquent que le texte d’Osée 4.11 n’a rien à faire avec l’intoxication physique mais qu’il se réfère à une apostasie spirituelle d’Israël. Les mots «vin et jus de raisin» sont cités comme étant des grâces accordées par Dieu aux enfants d’Israël, dont ils ont abusées et se sont servis pour leurs cultes idolâtres. Ce texte ne doit pas servir à la défense de ceux qui professent l’usage modéré des boissons fermentées parce que, d’une part, les trois mots semblent être employés plus au sens figuré qu’au sens littéral. D’autre part, quand bien même le «vin et le vin nouveau» seraient alcoolisés, leur usage en serait condamné par ce texte en raison même du résultat: ils «entraînent le coeur» (font perdre la raison [S]) nonobstant la quantité consommée.
Juges 9.13. Beaucoup croient que dans Juges 9.13 le mot tirôche signifie le «vin.» Le texte se lit comme suit: «Renoncerais-je [la vigne] à mon vin [tirôche] (ici la version Darby traduit le mot tirôche par le mot «moût») qui réjouit Dieu et les hommes.» Plusieurs pensent que seulement le vin fermenté peut réjouir l’homme et Dieu. Mais ceci n’est pas nécessairement le cas. Par exemple, Jérémie 31.12 (TOB) nous dit: «Ils arrivent, ils entonnent des chants de joie sur les hauteurs de Sion. Ils affluent vers les biens du Seigneur, vers le blé, le moût [tirôche] (S,MH,D; vin nouveau -SR,FC,Jér) et l’huile fraîche, vers le petit et le gros bétail.» Ici, les gens se réjouissent de l’abondance des biens du Seigneur qui inclus le moût. C’est non seulement ceux qui reçoivent les biens du Seigneur qui se réjouissent, mais sans doute, Dieu aussi se réjouit de pouvoir donner de telles libéralités. Il n’y a rien dans ce texte qui nous permet d’interpréter tirôche comme «vin fermenté,» par conséquent il n’y a absolument aucune raison de ne pas prendre son acception naturelle de «moût-jus de raisin.» La version Darby a donc traduit le mot tirôche par le mot «moût» parce que le produit naturel de la vigne est toujours du jus de raisin frais, non fermenté.
Chekar - Deutéronome 14.26
Deutéronome 14.22-26 contient une ordonnance unique concernant la fête annuelle de la moisson où tout l’Israël se rassemble au sanctuaire pour apporter leurs dîmes et pour célébrer la moisson abondante de Dieu. L’ordonnance se compose d’une loi générale pour ceux qui vivaient à proximité du sanctuaire et d’une stipulation spéciale pour ceux qui vivaient à une grande distance. La loi générale déclare: «Tu lèveras la dîme de tout ce que produira ta semence, de ce que rapportera ton champ chaque année. Tu mangeras devant l’Eternel, ton Dieu, dans le lieu qu’Il choisira pour y faire demeurer son nom, la dîme de ton blé, de ton vin nouveau [tirôche] et de ton huile, les premiers-nés de ton gros et de ton menu bétail, afin que tu apprennes à craindre toujours l’Eternel, ton Dieu» (Dt 14.22-23).
La stipulation spéciale dit: «Peut-être, le chemin sera-t-il trop long pour ce transport, parce de ton éloignement du lieu qu’aura choisi l’Eternel, ton Dieu, pour y faire résider son nom, parce que l’Eternel, ton Dieu, t’aura béni. Alors, tu échangeras (ta dîme) contre de l’argent, tu serreras cet argent dans ta main et tu iras au lieu que l’éternel, ton Dieu, aura choisi. Là, tu échangeras l’argent contre tout ce que tu désireras, gros et menu bétail, vin [yayine] et liqueurs [chekar], tout ce qui te fera plaisir, tu mangeras là devant l’Eternel, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta famille» (Dt 14.24-26).
Cette stipulation spéciale pour «la dîme retardée» est vue comme la locus classicus où les Ecritures sanctionnent clairement un usage modéré de boissons alcoolisées. Kenneth Gentry dit: «Le coup de ce texte est sans ambiguïté et la sanction divine est indubitable: chekar [la boisson forte alcoolisée] n’était non seulement permise au peuple de Dieu mais pouvait être bue avec jouissance "devant l’Eternel" (v.26) si elle était prise dans "la crainte de Dieu" (v.23).»15
Le problème. Il faut admettre que ce texte-ci pose un problème, puisqu’il semble donner la permission de Dieu pour ceux qui étaient situé à grande distance du sanctuaire de dépenser une partie de leur argent de dîme pour acheter non seulement de la nourriture («gros et menu bétail») mais aussi du «vin et [des] liqueurs» (v.26). Le mot «liqueur» qui est la traduction du mot hébreu chekar est un terme qu’on trouve 23 fois dans l’Ancien Testament. Avec l’exception de son usage dans Deutéronome 14.26 et probablement dans quelques autres textes,16 chekar signifie une boisson alcoolisée désapprouvée par Dieu.
Par exemple, Proverbes 20.1 condamne la «boisson forte» (chekar), la jugeant comme étant «tumultueuse.» De même, Esaïe prononce une malédiction sur «ceux qui se lèvent de bon matin pour rechercher des liqueurs fortes (chekar)» (Es 5.11). On interdit les «liqueurs» et le vin aux sacrificateurs (Lv 10.9-11) et aux naziréens (Nb 6.2-4; Jg 13.3-5). Connaissant la désapprobation accablante divine de l’usage du vin et des liqueurs, comment peut-on expliquer leur sanction apparente durant la fête annuelle de moisson décrite dans Deutéronome 14.26?
La résolution des partisans de la modération. Les partisans de la modération essaient de résoudre cette contradiction apparente en distinguant la désapprobation divine de la consommation immodérée de «vin et [de] liqueur» et l’approbation divine de son usage modéré. Par exemple, Kenneth Gentry soutient que chekar «pouvait être bue avec jouissance "devant l’Eternel" (v.26) si elle était prise dans "la crainte de Dieu" (v.23).»17
Cette résolution est inacceptable pour deux raisons. D’abord, la locution «afin que tu apprennes à craindre toujours l’Eternel, ton Dieu» (Dt 14.23), ne qualifie pas directement l’usage de «vin et [de] liqueur.» Cette locution se rapporte au rendement de la dîme au temps de la moisson et de la consommation au sanctuaire du produit moissonné de blé, de vin nouveau [tirôche - jus de raisin], de l’huile et des premiers-nés du troupeau (Dt 14.23). Deuxièmement, la consommation de boisson alcoolique (comme on a déjà remarqué dans le troisième chapitre) est condamnée dans les Ecritures, indépendamment de la quantité bue. Ceci veut dire: soit que chekar est employé ici d’une façon différente que normalement ou que les Ecritures se contredisent. Le dernier point n’est pas possible parce que cela rendrait nulle la révélation divine et l’inspiration de la Bible (2 Tm 3.16; 2 P 1.20-21).
Une concession divine? D’autres essaient de résoudre cette contradiction apparente en pensant qu’ici la permission de Dieu représente une concession divine envers la faiblesse humaine et non un assentiment divin.18 Cette résolution est contredite par deux facteurs: le contexte et le bon sens. Le contexte du texte est un appel au peuple de Dieu d’être «saint pour l’Eternel» (Dt 14.2,21) en ne mangeant rien d’impur (versets.3-21). Est-ce-que Moïse aurait pu conseiller au peuple de vivre saint en ne mangeant rien d’impur, et ensuite leur conseiller de boire librement de «vin et [de] liqueur» fermentés?
Le bon sens nous dit que Moïse n’aurait pas recommandé de se servir de l’argent de leur dîme pour acheter de la boisson alcoolique.
De plus, plusieurs textes nous parlent du «vin», non comme concession divine, mais comme grâce de Dieu qui joui de Son approbation pour enjouer le peuple (Ps 104.14-15, etc.). Donc, cette interprétation n’est pas en accord avec l’enseignement général de la Bible. Elle ignore le précepte de l’analogie des Ecritures, d’après quoi on doit interpréter un texte difficile en vue de l’enseignement total de la Bible.
Jus de raisin satisfaisant. Robert Teachout présente une résolution remarquable à la tension apparente de Deutéronome 14.26. En bref, Teachout démontre dans sa dissertation que chaque fois que yayine et chekar («vin et liqueur») se trouvent ensemble, les deux mots constituent uniformément un hendiadys, c’est à dire, ils expriment la même idée de «vin.» Dans la plupart des cas, ils signifient du vin fermenté, mais dans Deutéronome 14.26 les deux mots ensemble, yayine et chekar, expriment l’idée unique de «jus de raisin satisfaisant.»19
La conclusion de Teachout est basée d’après des considérations textuelles et contextuelles. Textuellement, il démontre que chekar, comme le yayine, «peut aussi signifier du jus de raisin de même que du vin (voir Dt 29.6; Nb 28.7; Ex 29.40).»20 Le verbe chakar, qui est étymologiquement relatif au substantif chekar, signifie essentiellement «de boire copieusement,» comme l’indique son usage dans Aggée 1.5-6 (voir D,MH,S) et dans le Cantique des Cantiques 5.1 (voir D).21 Ainsi, l’idée d’ivresse n’est pas l’acception innée du substantif ou du verbe, mais doit être déterminée par son contexte et par la boisson qui est bue.
Teachout prouve d’une manière convaincante que «le contexte exige cette entente parce que cela indique spécifiquement que cette boisson doit être bue "devant l’Eternel." Pour pouvoir se réjouir saintement devant l’Eternel de ce qu’Il nous a donné, il faut être sobre. Puisque Dieu a défendu explicitement les boissons fermentées (en exigeant la mort - Lv 10.9) aux sacrificateurs qui servent en Sa Présence, l’idée que Dieu exige l’usage de ces mêmes boissons fermentées pour les fidèles ne s’accorde guère avec Son Caractère. Ceci est surtout le cas, quand on se souvient du fait que ces fidèles étaient en compagnie de ces mêmes sacrificateurs et que c’était une des occasions rares où ils se trouvaient devant le Seigneur.
«Le contexte suggère très fortement qu’il s’agit seulement de jus de raisin frais au verset 26, en vue des versets précédents. Au verset 23 il est clair que tout ceux qui viendraient à cette fête de moisson amèneraient et boiraient du tirôche et non du yayine. Tandis que yayine peut être considéré comme un terme quelque peu ambigu (signifiant soit du jus frais ou du vin fermenté d’après le contexte), tirôche signifie seulement du jus frais de raisin dans chacune des trente-huit fois qu’il se trouve dans l’Ancien Testament. [Voir page 83, note 1.]
«La boisson devant être bue par ceux qui habitaient à proximité [du sanctuaire] pour apporter leur dîme de la moisson était explicitement limitée à du jus de raisin frais. Donc, il semble peu approprié de supposer que ceux qui avaient besoin d’échanger leur dîme en argent parce qu’ils vivaient trop loin, qu’ils seraient libre d’acheter et de boire du vin fermenté au lieu de jus de raisin frais. La boisson qui était appropriée de boire lors d’une fête de la moisson était du jus de fruits fraîchement pressés. Ainsi, la nature de la fête et la participation des sacrificateurs (verset 29) indiquent la fraîcheur de la boisson dans le verset 26.»22
Ces observations perceptives en ce qui concerne les implications du contexte, fournissent, d’après-moi, des raisons concluantes que la locution «vin et liqueur» ne signifie pas de boissons alcoolisées. La proposition de Teachout que les deux mots ensemble expriment l’idée unique (un hendiadys) de «jus de raisin satisfaisant» mérite de sérieuses considérations. L’occurrence fréquente de yayine et de chekar, soit ensemble ou dans un parallélisme de synonyme (Pr 20.1), suggère la possibilité que les deux mots peuvent signifier en effet une boisson en commun de raisin, qui pourrait être fermenté ou non, d’après le contexte.
Une boisson sucrée. Sans dévaluer la proposition de Teachout, j’aimerais en soumettre une autre: que chekar dans Deutéronome 14.26 pourrait être une boisson sucrée faite de dattes ou de miel. Dans ce cas, le texte se lirait, «tu échangeras l’argent contre tout ce que tu désireras, gros et menu bétail, jus de raisin et boissons sucrées.» L’appui de cette proposition dérive de l’usage de chekar dans Esaïe 24.9 et de l’acception de la racine de ce mot dans les autres langues apparentées de l’hébreu.
En décrivant les effets du jugement divin sur la terre, Esaïe dit: «On ne boit plus de vin [yayine] en chantant, les boissons fortes [chekar-B,TOB,FC; traduit par liqueur-S,MH; boisson-Jér; liqueur forte-S] sont amères aux buveurs» (Es 24.9). La traduction de la TOB de chekar comme «boisson forte» obscurcit le contraste établi entre le «sucré» et «l’amer.» L’adjectif «forte,» qui est souvent utilisé en conjonction avec le mot chekar, ne fait pas partie du mot lui-même, mais il est ajouté. Ceci, combiné avec le mot «liqueur» donne une mauvaise impression au lecteur d’aujourd’hui, qui est porté à croire que le peuple vivant au temps de l’Ancien Testament buvait des boissons alcooliques distillées. Ceci est sans doute faux puisque le procédé de distillation de l’alcool ne s’est pas développé avant l’an 500. Esaïe 24.9 suggère que chekar dans l’Ancien Testament était une boisson connue pour sa douceur, une qualité qui disparaît lorsque le sucre est converti en alcool.
Leon Field observe à ce propos que «le contraste établi entre le "sucré" et "l’amer" dans Esaïe 24.9 (littéralement, "amer est la boisson sucrée-chekar- pour ceux qui la boivent,") démontre que chekar était considéré en raison de sa douceur, une qualité qui diminue en proportion de la quantité d’alcool qui est présente. Le fait qu’il [chekar] était exigé d’être bu «devant l’Eternel» (Dt 14.26) et d’être offert en libation (Nb 28.7) signifie que ce mot se référait à du jus de fruit non fermenté.»23
La dérivation de chekar. La dérivation et l’usage subséquent de chekar soutient l’opinion qu’on se servait de ce mot pour une boisson sucrée. Par exemple, en araméen, le substantif shikra, qui est parent avec le mot hébreu chekar, d’après G.R. Driver, «semble signifier différentes liqueurs alcoolisées, y compris la bière à base d’orge et le vin de dattes de même que l’hydromel ou le vin de coupage.»24 Dans l’akkadien le substantif shikarum signifiait la «bière» faite de blé. Cependant, il semble que la bière n’était pas populaire en Israël. La fabrication de la bière est un procédé assez complexe et la Bible n’en parle pas. De plus, comme le dit Teachout, «tout aspect historique [de l’Ancien Testament] qui est en rapport avec la consommation de boissons alcoolisées causant un état d’ivresse, se rapporte spécifiquement au produit fermenté de la vigne.»25
Vu l’abondance de palmiers en terre Sainte et la facilité de la fabrication du vin de palmier ou du vin de dattes, il semble probable que l’interprétation de chekar ne se réfère pas à la bière mais à une boisson faite de dattes. Cette interprétation est soutenue par l’usage des dérivatifs de chekar en araméen, en syriaque et en arabe pour désigner le vin de dattes. Stephen M. Reynolds, un des traducteurs de la version anglaise de la Bible, la New International Version, nous dit: «La langue syriaque a un mot congénère selon lequel l’acception première de la racine sh-k-r procède de la plus ancienne forme de la langue sémitique qui aurait pu être une boisson faite à partir de dattes ou de miel [A Compendious Syriac Dictionary Founded Upon the Thesaurus Syriacus of R. Payne Smith, Edited by J. Payne Smith, Oxford: Clarendon Press. Article, "Chakar"] Le vin de dattes fermenté aurait pu devenir, avec le temps, la définition du mot, et il est aussi possible que le mot aurait le sens de "bière."
«Il existe assez d’évidences pour justifier que le mot chekar ne signifie pas exclusivement une boisson enivrante; et, puisque les circonstances de son usage dans Deutéronome 14.26 sont telles que l’usage d’une boisson fermentée est incompatible avec l’esprit des commandements de Dieu; on doit supposer qu’il s’agit d’une boisson non fermentée.»26
Il y a beaucoup d’autres références qui soutiennent l’idée que chekar se réfère au vin de dattier ou de palmier, soit fermenté, ou non.27
Plusieurs dictionnaires français et encyclopédies bibliques montrent que la racine des mots français «sucre» et «cidre» dérive du mot hébreu chekar ou de mots apparentés de langues sémitiques.28 Si cela est vrai, et cela paraît être très plausible, ceux-ci soutiennent l’hypothèse qu’originellement chekar signifiait une boisson reconnue pour sa douceur. Il est difficile d’imaginer que le mot «sucre» dériverait d’un terme qui serait apparenté à l’idée d’une boisson alcoolisée ne contenant pratiquement pas de sucre ou n’ayant aucun goût sucré.
La The Popular and Critical Bible Encyclopedia fournit une description concise et compréhensive des dérivatifs de chekar dans plusieurs langues. Dans sa première définition de chekar on lit: «(1) Vin Doux ou Sirop. chekar, boisson délicieuse, boisson saccharine ou sirop sucré, avec du sucre ou du miel de dattes ou de palmier...Cependant, il semble plus probable que le sirop de palmier ou de miel apparenté au mot chay-kawr, était utilisé pour faire des sucreries soit de nourriture ou de boisson, comme l’hébreu sobhe et le romain sapa (vin cuit), dilué avec de l’eau, comme [on le fait] avec les sirops modernes de raisin et de miel ou de sorbets (Pr 9.2,5). Il existe de nombreux dérivatifs du mot chekar selon cette première acception. En direction est et sud, suivant la voie des Arabes et des conquêtes des Sarrasins, on trouve les formes les plus évidentes du mot hébreu qui signifie encore le sucre. Ainsi on a l’arabe sakar, le perse et le bengali, chukkur (d’où le mot anglais pour les bonbons de sucre, chukurkund, rock-sugar); l’indien commun jagree ou zhaggery; le mauresque sekkour; l’espagnol, azucar; et le portugais, assucar (la mélasse étant mel-de-assucar "miel du sucre," abrégé). Au nord... le mot se trouve dans les langues grec et teuton. Donc, dans le grec, sakehar; le latin, saccharum; l’italien, zucchero; l’allemand, zuker et juderig; le hollandais, suiker; le russe, sachar; le danois, sukker; le suédois, socker; le gallois, siwgwr; le français, sucre; et nos mots communs (anglais) sukkar (sucreries), sugar, et saccharine.»29
Voici la deuxième définition du mot chekar suggérée par cette encyclopédie biblique: «(2) Vin de dattes ou de palmiers. Vin de dattes ou de palmier dans son état frais et non fermenté.» Cette acception est en accord avec le contexte de Deutéronome 14.26 et Esaïe 24.9. En effet, le dernier texte est cité immédiatement par cette encyclopédie par suite de cette deuxième définition: «L’évêque Lowth traduit Es 24.9 ainsi, "On ne boit plus de vin (c.-à-d. de jus de raisin) en chantant, le vin de palmier devient amer au buveur."... Ceci est l’acception propre du mot chekar et du grec sikera. Toute jouissance cesse; le vin le plus doux deviendra amer dans la bouche.» 30
Dans la conclusion de son article sur le sens du mot chekar, cette encyclopédie dit: « [que chekar signifie du vin de dattes, de palmier, de dattier, soit fermenté ou non] le langage que le prophète utilise dans ce chapitre qu’on a déjà cité [Es 24.9] devient d’une telle façon en apposition. Sa prédiction est que "la terre est complètement dévastée, totalement pillée," (v.3) que la lumière de joie devient les ténèbres de douleur, de même que la boisson sucrée qui corrompt, qui devient amère et sûre à ceux qui la boive. Le texte indique clairement la nature de la boisson qui était sucrée que les juifs estimaient d’après eux comme étant dans sa condition la plus précieuse mais, qui devenait amère dans son état fermenté. Donc Esaïe (5.20-22) décrit l’ivrogne comme étant quelqu’un qui "change l’amertume en douceur et la douceur en amertume."»31
Sommaire. Les considérations précédentes ont suggéré cinq raisons principales qui explique que la locution «vin et liqueur» de Deutéronome 14.26 signifie une boisson non fermentée. D’abord, dans le sens au plus large du contexte, ce texte exige au peuple d’être «saint pour l’Eternel» en ne mangeant rien d’impur (Dt 14.3-21), ce qui empêche la consommation libre de boissons alcoolisées «devant l’Eternel» (versets 23,26) durant cette fête solennelle de la moisson.
Deuxièmement, le contexte immédiat (v.23) spécifie que la dîme devait être payée avec des produits frais de la moisson (blé, jus de raisin [tirôche], huile, et les premiers-nés du gros et menu bétail) par ceux qui vivaient à proximité de l’emplacement du sanctuaire. En épuisant ces provisions, le blé aurait été connu comme du pain et le jus de raisin (tirôche) comme du vin non fermenté (yayine). C’est absurde d’imaginer que les fidèles qui vivaient proche du sanctuaire, célébraient la fête de moisson en mangeant des produits frais, tandis que ceux qui venaient de grandes distances buvaient des boissons fermentées.
Troisièmement, la participation des sacrificateurs Lévites durant la fête de la moisson (v.27) empêcherait la consommation de boissons alcoolisées (Lv 10.9-10).
Quatrièmement, le mot chekar, tout comme yayine, est un terme générique qui peut dénoter soit une boisson fermentée ou non-fermentée. En ce qui concerne le texte en question, le contexte présuppose une boisson non-fermentée.
Cinquièmement, la dérivation de chekar, son usage dans Esaïe 24.9, et les mots congénères de les langues sémitiques et indo-européennes, indiquent que ce mot signifiait originellement une boisson sucrée qui pouvait devenir amère si on la laissait fermenter.
Proverbes 31.6
Dans Proverbes 31.6-7 on trouve ce conseil apparemment paradoxal: «Donnez des boissons fortes à celui qui périt et du vin à celui qui a l’amertume dans l’âme; qu’il boive et oublie sa pauvreté, et qu’il ne se souvienne plus de sa peine.» Une lecture superficielle de ce texte suggère qu’on peut noyer nos problèmes dans l’alcool.
Quelques-uns interprètent ce texte comme étant une recommandation pour prendre des boissons alcoolisées avec modération pour tranquillisant pour soulager la douleur, le stress et la tension. Est-ce là l’intention du texte? Si non, qu’elle est la signification de cette admonition? Pour répondre à ces questions, tout d’abord, on va examiner le contexte et par suite le texte-même.
Le contexte. Le contexte immédiat du verset 6 contient une admonition ferme envers les rois et les princes. Ils devaient s’abstenir du vin et des boissons fortes parce que cela les priverait de se souvenir des lois et par conséquent cela diminuerait leur capacité d’être juste dans l’exercice de leurs fonctions judiciaires.
Le contexte établit un jugement de valeur en prohibant l’usage et non l’abus des boissons alcoolisées. Cela ne dit pas, «Ce n’est pas aux rois de boire beaucoup de vin,» (v.4) mais plutôt, «Ce n’est pas aux rois de boire du vin.» En vue de cette défense catégorique envers l’usage du vin dans les versets 4 et 5, l’écrivain inspiré n’aurait pas recommandé un usage modéré de vin fermenté pour soulager la douleur ordinaire et pour libérer la tension et le stress de la vie.
Un impératif conditionnel. Selon le contexte immédiat, le premier impératif «Donnez» (tenu) ne doit pas être compris comme une obligation de donner de l’alcool aux personnes en détresse mais, il doit plutôt être entendu dans le sens d’un impératif conditionnel. Il faudrait donc lire, «[Si vous donnez de la boisson forte à quelqu’un, alors] donnez des boissons fortes à celui qui périt...»
La structure grammaticale de la phrase soutient cette thèse, parce qu’elle ne dit pas, «Donnez du vin et des boissons fortes aux affligés pour qu’ils oublient leurs problèmes;» mais elle dit, « Donnez-leurs du vin et des boissons fortes et laissez-les boire et oublier leurs tracas.» C’est une façon de parler qui est commune à toutes les langues. Par exemple on dit, «Donnez-lui-en grand comme le doigt, il en prendra long comme le bras.» Par ceci on veut dire, «Si on lui en donne grand comme le doigt, lui en prendra long comme le bras.» Cela peut être défini comme un impératif conditionnel, plutôt qu’un impératif obligatoire.
L’impératif «Donnez» peut aussi être entendu comme une comparaison conditionnelle. Les rois et les princes doivent s’abstenir de boissons alcoolisées (versets 4-5) parce quelles diminuent leur acuité mentale et leur intégrité judiciaire. Si l’alcool n’est pas convenable pour les gens responsables, pour qui est-il acceptable? Le verset 6 donne la réponse: «[Si vous offrez une boisson forte à quelqu’un, alors] donnez-en à celui qui périt...» pour le soulager de sa souffrance.
Le texte entier peut être comparé aux deux faces d’une médaille. Sur un coté il est inscrit: «Les boissons alcoolisées sont impropres aux gens qui pensent et qui sont responsables.» Sur l’autre coté il est écrit: «Les boissons alcoolisées sont acceptables pour ceux qui sont en train de mourir sans espoir.» Donc, Le verset 6 doit être vu comme étant un conseil sarcastique et ironique. Après avoir mis en garde son fils royal contre les méfaits de l’alcool, la mère de Lemuel lui faisait remarquer, avec ironie, que les misérables sont les seuls pour qui l’alcool est acceptable. Peut-on trouver une plus forte condamnation des boissons alcoolisées?
La nature du problème. Quelle est la nature du problème de ceux à qui l’alcool est permis? Le texte nous parle de celui qui «périt» (obed) et ceux qui ont «l’amertume dans l’âme» (marei naphesh). En hébreu, les deux termes réfèrent à une situation désespérée. En autres mots, ce n’est pas quand une personne dit, «Je meurs de soif, donnez-moi une bière,» ou «Je ne peux pas dormir, laissez-moi prendre un somnifère.» Mais, plutôt quand une personne crie dans sa détresse, «La douleur est en train de me tuer! Donnez-moi n’importe-quoi qui puisse abattre cette douleur.» Il s’agit donc de quelqu’un qui est en train de mourir d’une agonie affreuse, comme la crucifixion.
Le Talmud interprète Proverbes 31.6 comme étant une recommandation pour donner des boissons alcoolisées pour soulager la douleur de ceux qui feraient face à une exécution. Sanhedrin 43a nous dit que: «Rab Ehisda déclare: "A celui qu’on a amené pour être exécuté, on a donné un peu d’encens mélangé à du vin pour le priver de conscience."»32 Dans son article sur le mot «Wine» (vin) dans Theological Dictionary of the New Testament, Heinrich Seeseman met en rapport le texte en question avec le «vin mêlé de myrrhe» (Marc 15.23) qui a été donné au Christ sur la croix et que Jésus refusa de boire. Seeseman indique que le fait que Jésus refusa d’en boire démontre qu’Il «a accepté la pleine force de la souffrance de la croix.»33 Si le Christ n’avait pas été notre Sauveur, Il aurait peut-être accepté cette boisson. Les Ecritures ne sont pas contre l’usage d’analgésiques. Cependant, le fait que le Christ refusa du vin fermenté même pour soulager l’agonie de la croix, nous offre un témoignage très puissant de Sa désapprobation de boissons alcoolisées. Il est remarquable qu’après, il accepta le vinaigre (oxos), une boisson sans alcool, qu’on lui offrait. (Jean 19.29,30)
L’usage médical de l’alcool. Proverbes 31.6 peut éventuellement soutenir l’idée qu’on puisse faire usage de l’alcool pour des raisons médicales. Remarquez, cependant, que le texte ne dit pas que ceux qui sont affectés de malaises temporaires peuvent soulager leur douleur en buvant de l’alcool. Plutôt, le texte stipule qu’on peut «donner» de l’alcool comme analgésique à ceux qui souffrent d’une mauvaise santé. Appliquant ceci à nos jours, le texte suggère que des drogues pourraient être administrées à un malade seulement sous les ordres d’un médecin compétent.
Même quand une personne est sous les ordres d’un médecin, il est nécessaire de faire un usage contrôlé et modéré de narcotiques tel que de l’alcool. Il existe plusieurs drogues qui causent des effets secondaires une fois qu’elles sont absorbées. Si l’ingestion de l’alcool est exigée pour des raisons médicales, son effet est réduit au minimum parce que la quantité est habituellement minime et parce que le malade est au lit, ce qui le rend dans une position où le risque de mettre la vie des autres en danger est considérablement réduit.
En somme, Proverbes 31.6 ne recommande pas un usage modéré de boissons alcoolisées pour le plaisir. Plutôt, et de façon ironique, le texte suggère que l’alcool est utile seulement pour alléger la douleur de quelqu’un qui souffre.
1 Timothée 3.8 et Tite 2.3
En parlant des qualités que doivent avoir les diacres, Paul dit: «De même, [il faut] que les serviteurs soient graves, non doubles en paroles, non adonnés à beaucoup de vin, non avides d’un gain honteux» (1 Tm 3.8 D). Les partisans de la modération attachent beaucoup d’importance à l’expression «non adonnés à beaucoup de vin,» parce qu’ils croient avoir ici une preuve évidente que les Ecritures approuvent l’usage modéré du jus de raisin fermenté.
On considère la référence du mot «beaucoup» (pollo) comme étant très importante parce que, comme le mentionne Kenneth Gentry, «’Beaucoup’ est en rapport avec la quantité consommée.»34 Pour M. Gentry cela signifie que Paul «défend seulement l’abus de boissons alcoolisées. (Qui peut dire qu’il exigeait des diacres de n’être pas "adonnés à beaucoup" de jus de raisin?) Aucun apôtre du Nouveau Testament n’a prôné ce commandement: "Ne buvez pas du tout de vin."»35 De la même façon, Fred Gealey interprète «non adonnés à beaucoup de vin,» non comme un engagement d’abstinence, mais comme un avertissement de ne pas être quelqu’un qui boit beaucoup d’alcool.36
Vu l’importance de cette locution, qui par supposition comporte une sanction claire et biblique de l’usage modéré de boissons alcoolisées, il faut nous assurer de sa signification en l’examinant d’après son contexte, son milieu culturel, et de l’enseignement général des Ecritures.
Le contexte immédiat. Souvent, on néglige de tenir compte du contexte immédiat de 1 Timothée 3.8 quand on interprète l’expression «non adonnés à beaucoup de vin.» La liste de qualifications attribuées aux diacres suit immédiatement celle attribuées aux évêques. Elles sont jointes par l’adverbe «De même» (hosautos). Ceci implique que ce qui est dit à propos des évêques s’applique aussi dans une large mesure aux diacres.
En ce qui concerne la charge d’évêque, Paul ajoute qu’une personne aspirant à cette charge devait, entre autres choses, être nephalios, c’est à dire, faire preuve d’abstinence, et me paroinos, c’est à dire, qu’elle ne devait pas être présente là où l’alcool est consommé. (1 Tm 3.2-3). On a remarqué dans le sixième chapitre ce que Paul voulait dire par ces mots: qu’un évêque ou ministre chrétien doit faire preuve non seulement d’abstinence, mais qu’il doit aussi s’abstenir d’être présent dans les places et les associations qui pourraient tenter son abstinence et celle des autres.
C’est dans le contexte de cette admonition d’abstinence donnée aux évêques que Paul dit: (D) «De même, [il faut] que les serviteurs (diacres) soient...non adonnés à beaucoup de vin.» Ceci pose un problème: Est-ce que la déclaration de Paul possède un sens double, c’est-à-dire qu’il prônerait l’abstinence pour les évêques (anciens, pasteurs) et la modération pour les diacres? En effet, quelques traductions laissent glisser cette impression. La Darby, par exemple, traduit me paroinon comme «non adonné au vin» (v.3) et me oino pollo prosechontas comme «non adonnés à beaucoup de vin» (v.8). L’implication évidente de cette traduction suppose que si un évêque ne doit pas avoir une inclination pour le vin, par contre un diacre peut si adonner modérément. Cela n’a pas de sens. Paul ne règle pas ici un double niveau de conduite morale.
Est-ce bien d’être peu adonné? Etre adonné à quelque chose qui est intrinsèquement mauvais est toujours moralement faux, que ce soit modérément ou à l’excès. Supposer qu’être «non adonnés à beaucoup de vin» implique l’idée qu’on peut faire un usage modéré de boissons alcoolisées c’est adopter une méthode dangereuse d’interprétation. Une telle interprétation est basée sur la supposition suivante: ce qui est défendu dans beaucoup est automatiquement admissible dans peu; ce qui est déclaré mal dans l’excès est naturellement bien en modération. Cette supposition est-elle vraie? N’importe-qui peut voir que cette méthode d’interprétation est absolument insoutenable. Lorsque Pierre déclarait que les païens étaient surpris de voir que les chrétiens ne se livraient plus avec eux «aux excès d’une si mauvaise conduite» (1 P 4.4 FC), cela ne voulait évidemment pas dire que les chrétiens étaient modérés dans leur mauvaises conduites. On ne peut pas automatiquement supposer que ce qui est illégal dans l’excès soit légal dans la modération.
La clause la plus proche qui suit 1 Tm 3.8 illustre ce point: «Non avides d’un gain honteux» (Darby). Par cette locution, est-ce que Paul avait l’intention de sanctionner un désir modéré pour le gain honteux? Il est évident que la condamnation de Paul de l’excès de l’usage du vin et du désir de gain honteux ne représente pas une louange de leur usage en modération. Aujourd’hui on parle de la même façon quand on condamne l’excès sans impliquer l’approbation de la modération. Par exemple, un abstentionniste peut condamner une personne du fait qu’elle fréquente beaucoup de bars, sans vouloir lui donner l’impression qu’il approuve qu’elle y va de temps en temps.
L’étude des admonitions du Nouveau Testament concernant la sobriété et la tempérance (chapitre 6) indique que les Ecritures exigent des chrétiens à faire un usage modéré de bonnes choses et de s’abstenir totalement de tout ce qui est nuisible. La modération dans la Bible n’est pas seulement une affaire de degrés mais aussi de nature. Si le vin fermenté est naturellement mauvais, le boire avec modération ne le rendra pas bon.
La signification de l’expression «beaucoup de vin.» Jusqu’ici on a tenté d’expliquer que dans son contexte immédiat, la locution «non adonnés à beaucoup de vin» (v.8) ne pouvait pas soutenir l’idée de faire un usage modéré de jus de raisin fermenté parce que cela était en contradiction avec les exigences d’abstinence que Paul avait recommandées aux évêques. Que signifie donc cette expression? D’abord, la réponse se trouve dans le fait que cette locution décrit une des quatre conditions préalables à laquelle un candidat, qui aspire à la position de diacre, doit souscrire. Ce qui signifie que la première fonction de cette locution «non adonnés à beaucoup de vin» n’est pas d’établir une règle générale en prônant un usage modéré de vin, mais plutôt, d’exclure de la position de diacre quiconque est reconnu d’être adonné à beaucoup de vin.
Albert Barnes met en relief ce point important en disant: «Ce n’est pas soutenu qu’il serait approprié pour un diacre, pas plus que pour les évêques, de s’adonner à l’usage du vin en petite quantité, mais il est soutenu qu’un homme qui était beaucoup adonné au vin, qu’il ne devait, en aucune considération, être diacre.»37 Barnes poursuit: «On peut remarquer que cette considération était jugée comme étant primordiale pour un pasteur. Même les prêtres (ou les sacrificateurs) païens ne pouvaient pas boire de vin quand ils entraient dans le temple (Bloomfield). L’usage du vin et de toutes sortes de boissons fortes étaient absolument défendu au ministres juifs de tout rang quand ils étaient sur le point de s’engager dans le service de Dieu (Lv 10.9). Pourquoi est-ce, qu’un ministre chrétien aurait été autorisé de boire du vin tandis que les sacrificateurs païens et juifs n’en pouvaient pas? Est-ce qu’un ministre de l’Evangile doit être moins saint que ses prédécesseurs? Doit-il avoir un sens moins aigu de la pureté de sa vocation?38
«Beaucoup de vin» et «un peu de vin.» Un autre facteur important qui peut nous aider à approfondir la signification de l’expression «beaucoup de vin» est la référence à l’expression «un peu de vin» que fait Paul à Timothée dans 1 Timothée 5.23. Ce texte est la seule autre occurrence du mot «vin» dans 1 Timothée. Notre analyse de ce texte a montré deux choses: (1) Paul conseilla Timothée de prendre seulement un peu de vin, non pas pour le plaisir mais à des fins médicales; (2) Le vin recommandé était probablement du jus de raisin non fermenté, comme le suggère d’une part, les commentaires d’auteurs non chrétiens au sujet de l’utilisation du vin non fermenté à des fins médicales, et d’autre part, par les admonitions de Paul en faveur de l’abstinence. Il faut être logique: Si Paul approuvait l’abstinence prônée par Timothée en lui conseillant de prendre seulement un peu de vin pour des raisons médicales, il aurait eu du mal à conseiller aux diacres de boire modérément du vin tout simplement pour le plaisir. Si Paul avait vraiment cru que c’était approprié pour un chrétien de boire avec modération du vin alcoolisé, il n’aurait pas donné à Timothée un conseil aussi restrictif («peu») et si précis («parce de ton estomac»). D’après ces faits, l’expression «non adonné à beaucoup de vin» est probablement une façon de parler pour exprimer l’abstinence de vin fermenté.
En interprétant cette locution pour impliquer qu’il est permis de boire modérément de vin, ceci met cette interprétation en contradiction directe de ce qu’enseignent les Ecritures et des admonitions de Paul d’abstinence. Cette contradiction peut être illustrée comme suit: Si vous êtes évêque, vous devez vous abstenir (nephalios) de prendre du vin et même de vous tenir près de lui (vin) (me paroinon-1 Tm 3.2-3). Si vous êtes diacre, vous pouvez en boire modérément (me oino pollo-v.8). Si vous êtes une femme, probablement une diaconesse, vous devez vous en abstenir (nephalious-v.11). Si vous êtes un homme âgé, vous devez vous en abstenir (nephalious- Tt 2.2). Si vous êtes une femme âgée, vous devez en boire modérément (me oino pollo- Tt 2.3). Maintenant, qu’arrive-t-il quand une femme est diaconesse et âgée en même temps? Doit-elle s’en abstenir un jour et boire modérément le lendemain? on peut éviter une telle contradiction absurde en reconnaissant que l’expression «non adonné à beaucoup de vin» n’implique pas la permission d’en boire modérément, mais que cette expression exprime tout simplement qu’il faut éviter de prendre du vin fermenté.
Avoir du respect pour les convictions des autres. Le principe général énoncé par Paul aux Romains (Ro 14.21) soutient cette conclusion: «Il est bien [kalon, convenable, moralement excellent] de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin [oinos], et de s’abstenir de ce qui pour ton frère est une cause d’achoppement, [de chute ou de faiblesse].» L’apôtre signale à la fin de son exhortation le principe de ne pas manger ou de boire des choses qui, même si elles sont bonnes, peuvent causer la chute de son prochain (Rm 14.21).
La controverse qui existait entre les croyants «forts» et les croyants «faibles» au sujet des jours de jeûne et de leurs régimes alimentaires (dans Romains 14) ne peut être retracée à la loi mosaïque parce que le Pentateuque ne prescrit en aucun cas de suivre un régime strictement végétarien et il ne montre aucune préférence quant aux jours de jeûne. Le fait que Romains 14 ne menace pas l’équilibre de la loi mosaïque est aussi attesté par son utilisation du terme koinos («commun») pour désigner la nourriture «impure» (Rm 14.14). Ce terme est fondamentalement différent du mot akathartos («impur») que la Septante utilise dans sa traduction grecque de Lévitique 11 pour désigner la nourriture interdite par les lois.
La «viande» et le «vin» de Romains 14 sont des aliments qui avaient été consacrés aux idoles avant d’être vendu au marché. Certains étaient convaincus que de tels aliments, même s’ils étaient bons en soi, ne devaient pas être mangés par les Chrétiens au risque de démontrer ainsi leur appui pour le culte idolâtre. Paul discute explicitement ce problème dans 1 Corinthiens 8 où, il établit un précepte semblable à celui qu’on trouve dans Romains 14.21, c’est-à-dire: «Si un aliment fait tomber mon frère, jamais plus je ne mangerai de viande, afin de ne pas faire tomber mon frère» (1 Co 8.13).
Même si le principe de s’abstenir de viande et de vin énoncé par Paul va dans le sens d’une offense faite à la conscience d’un croyant ayant des scrupules à manger de la nourriture consacrée aux idoles, ce précepte est assez large pour inclure dans sa portée d’autres cas ou circonstances où l’idée principale est la même: la tentation et le péché d’un autre. Lyman Abbott a commenté ce texte ainsi: Etre une cause de tentation pour les autres ou pour soi-même, c’est tellement grave qu’il est préférable de se priver du plaisir le plus innocent ou de l’exercice d’un don de Dieu, plutôt que de s’en servir et de porter quelqu’un ou soi-même au péché.»39
En appliquant ceci à un diacre, ce principe l’obligerait de s’abstenir de boissons fermentées au cas où son exemple en porterait d’autres à la même tentation. Ayant un respect pour les convictions des autres est en soi une raison suffisante pour s’abstenir de choses qui pourraient, en elles-mêmes, être bonnes. Ce principe était particulièrement pertinent pour les diacres, qui, en raison de leurs fonctions, étaient appelés à visiter les indigents de la communauté et les membres à domicile. Ce qu’ils buvaient et la quantité qu’ils prenaient au cours de leurs visites pastorales pouvaient facilement ébranler les convictions des autres.
Une référence possible de jus de raisin. Robert Teachout suggère une autre solution possible pour cette contradiction apparente entre celle qui exige l’abstinence pour les évêques et celle qui dit que les diacres doivent être «non adonnés à beaucoup de vin.» Il suggère que la différence entre les deux expressions «peut bien indiquer une vérité différente,» c’est-à-dire, que les premiers sont instruits à s’abstenir de boissons fortes, tandis que les derniers doivent faire un usage modéré de jus de raisin.40
Teachout avoue «que cette solution simple, qui paraît d’abord à être forcée, qu’elle est totalement en accord avec le sens légitime d’oinos et son contexte immédiat. Il paraît étrange que ce soit seulement ici (une seule référence dans toute la Bible, un fait négligé par la plupart de ceux qui soutiennent cette position) où on apprend le secret que la quantité de vin que l’on prend détermine l’approbation de Dieu. Si cela était la clé du problème envers la consommation de boissons alcoolisées, on en aurait eu besoin durant la période de l’Ancien Testament. Dieu y approuvait explicitement le yayine [«vin»] comme étant l’expression de Sa bénédiction envers l’homme et Il indiquait qu’on pouvait en consommer à satiété (Cantique des Cantiques 5.1; et aussi Joël 2.18,19,etc.). Cependant, 1 Timothée 3 met l’accent sur la maîtrise de soi et la modération. Ce n’était pas inattendu d’ajouter l’idée de la modération dans l’usage du jus de raisin, un des dons de Dieu, surtout parce qu’il y a là des raisons culturelles pour une telle restriction.»41
Pour clarifier son interprétation, Teachout donne deux exemples d’admonitions dans la Bible relatives à l’usage modéré de choses qui sont bonnes en elles-mêmes. La première qui est mentionnée se rapporte au «miel:» «Le miel, ce don de Dieu dont on peut jouir (sans aucune connotation négative possible), est fortement recommandé et jugé comme étant "bon" [Pr 24.13]. Cependant, Proverbes 25.27 nous dit que la modération est importante même dans de bonnes choses: "Il n’est pas bon de manger beaucoup de miel."»42
Sa deuxième admonition a rapport aux aliments, un autre don de Dieu (Ps 104.15). Cependant, comme l’explique Teachout, «la gloutonnerie, et les excès de table sont considérés comme étant un péché (Dt 21.20; Pr 23.21 FC,MH,Jér). Même si certains ont essayé de comparer l’ivresse à la gloutonnerie, les considérant comme un péché du même genre, il reste que bibliquement parlant, ce sont 2 choses distinctes. Boire du vin est en soi une mauvaise chose (Pr 20.1; 31.4) peu importe la quantité. Il est intéressant de relever l’analogie dans Juges 13:4,7,14 entre la consommation du vin (peu importe la quantité) et la consommation de la nourriture impure (peu importe la quantité); d’après les Ecritures, ces deux actes sont en soi des péchés. (noter Lv 11:44-47). Par conséquent, supposer que 1 Timothée 3.8 autorise les diacres de boire du vin avec modération, c’est complètement faux. Au contraire, les répétitions relatives d’exigences de sobriété, de tempérance, et de maîtrise de soi adressées par Dieu aux dirigeants de l’Eglise comportent la précaution de se servir de modération lorsqu’on jouit de jus de raisin, ce don de Dieu.»43
Vu l’intempérance prédominante de la société Greco-romaine, Teachout y trouve un appui légitime et culturel pour son interprétation. L’excès dans le boire est confirmé dans les Ecritures (Tt 1.12; 1 Co 11.21,22; 6:10-11) et par des auteurs séculiers. Pline parle avec répugnance de concours qui se faisaient et du prix à remporter pour celui qui buvait la plus grande quantité de vin.44 Pline dit: «Afin d’en absorber davantage, on brise sa force en le filtrant.»45 Cela indique qu’on se servait de vin qui avait la force brisée en filtrant le moût, un procédé qu’on a étudié dans le quatrième chapitre. Parfois on se remplissait l’estomac avec du jus de raisin et par suite, on vomissait, et ensuite, on recommençait de boire.46
Des visites à domicile. Un autre facteur culturel, qui n’était pas mentionné par Teachout mais qui appuie son interprétation, est suggéré par la nature particulière des fonctions de diacre. C’était le travail du diacre de faire des visites à domicile pour ramasser les offrandes et de pourvoir aux besoins des nécessiteux. Cela exigeait que le diacre effectue de fréquentes visites sous la direction du chef-d’église. En raison de son ministère particulier dans les foyers, chacune des quatre qualifications données par Paul est en rapport avec les qualités nécessaires exigées pour un tel ministère (1 Tm 3.8).
La première qualité est «digne» [MH,TOB; honnête, S; respectable, SR; sincère, FC; grave, D], parce que le diacre devait proprement représenter le caractère sacré de son office. Le deuxième est «sans duplicité» (MH), parce que dans ses visites pastorales un diacre ne devrait pas dire des histoires différentes à chaque autre membre pour essayer de plaire à chacun. Il devait soutenir la vérité. La troisième est «non adonné à beaucoup de vin,» parce que, en visitant les membres dans leurs maisons, on lui offrirait par coutume du vin non fermenté à boire. La quatrième est «non avide d’un gain honteux,» parce que, un diacre était responsable de faire la quête de maison en maison et d’en distribuer à ceux qui en avait besoin. Ces qualités étaient nécessaires pour qu’un diacre puisse conserver «le mystère de la foi dans une conscience pure» (v.9).
Ce serait naturel pour les Chrétiens (qui avaient été enseignés par Paul de s’abstenir de boissons alcoolisées) d’offrir à un diacre qui les visitait, du jus de raisin non fermenté, soit frais, bouilli et dilué avec de l’eau, ou préparé avec des raisin secs. C’était alors la coutume, comme ce l’est encore aujourd’hui, d’offrir une boisson pour bien accueillir quelqu’un. En vue de cette pratique culturelle, Paul exigeait des diacres d’être modérés dans leur consommation de jus de raisin quand ils visitaient les membres, pour protéger leur réputation et celle de l’église. Un diacre qui buvait plusieurs verres de jus de raisin dans les foyers qu’il visitait serait connu pour sa gloutonnerie.
Entendu de cette façon, les admonitions de Paul sont consistantes et positives. On s’attendait que les Chrétiens, surtout les chefs-d’église, devait s’abstenir de vin fermenté. On s’attendait que les diacres, à qui on exigeait de visiter les membres dans leurs maisons, soient modérés dans l’usage de vin non fermenté, pour sauvegarder leur propre réputation et celle de l’église.
Sommaire. En sommaire, l’analyse précédente de 1 Timothée 3.8 indique que l’expression «non adonné à beaucoup de vin» ne sanctionne pas un usage modéré de vin alcoolique. Cette conclusion est soutenue par cinq raisons principales. D’abord, cette interprétation contredit les exigences de Paul d’abstinence pour les évêques, les diaconesses, et les vieux; ceci, étant un double niveau de conduite morale. Deuxièmement, même aujourd’hui, la loi de consentement impliquée ne signifie pas que ce qui est défendu dans beaucoup est automatiquement admissible dans peu. Troisièmement, la fonction primaire de cette locution n’établit pas une règle générale en ce qui concerne un usage modéré de vin, mais plutôt d’exclure de la fonction de diacre quelqu’un qui est reconnu s’être adonné à beaucoup de vin. Quatrièmement, le conseil de Paul à Timothée de prendre seulement un peu de vin pour des raisons médicales écarte toute possibilité que l’apôtre aurait recommandé aux diacres de boire du vin fermenté en modération pour le plaisir. En dernier, le contexte immédiat de même que les considérations culturelles suggèrent la possibilité que l’expression peut signifier une recommandation que les diacres doivent être modérés dans leurs consommations de jus de raisin quand ils font des visites pastorales, pour sauvegarder leur propre réputation et celle de l’église.
Conclusion du chapitre.
Ce chapitre-ci a examiné cinq textes où plusieurs croient que la Bible approuve un usage modéré de boissons alcoolisées. Notre étude de chacun de ces textes en vue de leur contexte immédiat et au plus large, des coutumes historiques de ce temps, et de l’enseignement total des Ecritures, a démontré qu’aucun de ces textes contredit l’impératif Biblique d’abstinence.
Conclusion
Les enseignements Bibliques en ce qui concerne l’usage de boissons alcoolisées peuvent être résumés sommairement dans une seule phrase: Les Ecritures sont consistantes en enseignant la modération dans l’usage de boissons saines non fermentées et en enseignant l’abstinence de l’usage de boissons fermentées enivrantes. Les implications pratiques de cette conclusion peuvent aussi être citées dans une phrase: Quand on accepte l’enseignement Biblique que boire des boissons alcoolisées n’est pas seulement nuisible physiquement mais aussi moralement, on se sent forcé non seulement de s’abstenir soi-même de choses enivrantes, mais aussi d’aider les autres à faire de même.
8. Ellen White et les boissons alcooliques
Le principe biblique d’abstinence de boissons alcooliques a été adopté par l’Eglise Adventiste du Septième Jour à grande mesure par l’influence d’Ellen G. White. Son engagement à la cause de la tempérance embrasse chaque année de son ministère. La tempérance était un thème favori des discours et des écrits de Madame White.
Quatre années avant sa mort, Ellen White écrivit: «Je considère comme un privilège d’avoir pu rendre témoignage à ce propos devant de nombreuses assemblées et dans beaucoup de pays. J’ai souvent parlé de ce sujet devant de grandes foules au cours de nos camps meetings.»1 La tempérance était son «sujet favori.»2 Pendant tout son ministère public, elle mena une croisade pour la cause de la tempérance dans de large salles, des tentes, des églises Protestantes, des prisons, des associations de tempérance, des centres de désintoxication, des camps meetings, et à différents groupes intéressés à travers l’Amérique du Nord et à l’étranger,3 parlant parfois à des auditoires de 20.000 personnes.4
En vue du rôle fondamental d’Ellen White dans l’encouragement de la cause de la tempérance et en formulant sa signification et son applicabilité en rapport à la mission de l’Eglise Adventiste du Septième Jour, nous examinerons sa compréhension de l’importance de la tempérance chrétienne et surtout de l’abstinence des boissons alcooliques. La source primaire de cette étude sera le livre «Tempérance.»
La théologie de l’abstinence d’Ellen White
La signification de la tempérance. Ellen White emploie le terme «tempérance» pour indiquer la modération dans l’usage de toutes choses saines, et l’abstinence totale de tout ce qui est nuisible. «Ceux qui désirent préserver l’intégrité de leurs forces pour le service de Dieu doivent observer une stricte tempérance dans l’usage de ses bontés, ainsi qu’une abstinence totale de toute substance mauvaise pour le corps et l’esprit.»5 «La vraie tempérance exige que l’homme s’abstienne de toute boisson alcoolisée. Elle exige aussi une réforme dans les habitudes alimentaires, le vêtement et le sommeil.»6
Une indication de cette relation étroite entre la tempérance et l’abstinence dans l’esprit d’Ellen White est fournie par ses références à l’intempérance. «C’est seulement en s’abstenant de vin, de bière et de boissons fortes que l’on peut se préserver de l’intempérance.»7 Souvent elle accentue l’idée d’abstinence: «’N’y goûtez pas, n’y touchez pas’, telle devrait être notre devise. Vous devriez manger avec modération. Mais l’alcool, laissez-le de côté. N’y touchez pas. Il ne peut y avoir de tempérance dans son usage.»8 «Comment se fait-il que devant les conséquences terribles qu’entraîne l’alcool sous les yeux, des hommes et des femmes, qui déclarent croire en la Parole de Dieu, puissent se risquer à goûter au vin et aux spiritueux ou à en faire le commerce?»9 De tels énoncés montrent que pour Ellen White, la tempérance signifiait essentiellement l’abstinence de toutes substances enivrantes telles que les boissons alcooliques, et secondement, la modération dans l’emploi de bonnes choses.
Importance de la tempérance. Ellen White écrivit: «Dieu m’a montré que tous les membres devraient signer l’engagement et faire partie de la ligue en faveur de la tempérance.»10 Elle encouragea «ceux qui travaillent en faveur de la tempérance cherchent à convaincre l’alcoolique de signer l’engagement de ne plus boire d’alcool. C’est un bien.»11 Elle exhorte aussi les personnages de marque de promettre de s’abstenir d’alcool: «A ceux en hautes positions, nous présentons le voeu d’abstinence totale, leur demandant de donner l’argent qu’ils auraient autrement dépensé pour des indulgences nuisibles de liqueur et de tabac, pour l’établissement d’institutions où les enfants et les adolescents peuvent se préparer pour de positions utiles dans le monde.»12
Ellen White mentionna souvent la W.C.T.U. (Union Chrétienne de Tempérance des Femmes) dont elle approuvait leurs objectifs majeures: «Aucun de ceux qui prétendent jouer un rôle dans l’oeuvre de Dieu ne devrait ignorer l’importance qu’a revêtue cette association dans la cause de la tempérance.»13 «La W.C.T.U. est une association à laquelle nous pouvons sans crainte nous joindre pour faire connaître les principes de la tempérance...Nous ne changerons pas d’attitude à l’égard de l’observation du sabbat en nous joignant à cette association dans le dessein de faire progresser l’abstinence totale. Nous montrerons de plus que nous approuvons leur prise de position en faveur de la tempérance.»14
Une partie du message du troisième ange. La raison que l’abstinence en particulier, et la réforme sanitaire en générale furent d’une importance vitale pour Ellen White et pour les pionniers Adventistes, c’était que ceux-ci furent vus non seulement comme principes physiologiques, mais premièrement comme des vérités bibliques, qui devaient être proclamées comme étant partie du message du troisième ange. (Ap 14.9). Les Adventistes voient dans cet ange une représentation de leur propre mission prophétique d’avertir le monde et de préparer un peuple pour le retour du Christ. Ellen White écrivit: «Nous désirons que vous compreniez l’importance du problème de la tempérance. Nous voudrions que nos ouvriers s’y intéressent et sachent que ce sujet est aussi intimement lié au message du troisième ange que le bras droit l’est au corps.»15
Une partie de l’évangile. Puisque le message du troisième ange est une partie de l’évangile éternel (Ap 14.6), Ellen White conseille fortement la présentation de l’abstinence totale comme étant partie de l’évangile: «Quand la tempérance est présentée comme étant partie de l’évangile, plusieurs verront leur besoin de se réformer. Ils verront la plaie des boissons alcooliques, et que l’abstinence totale est la seule plate-forme sur laquelle le peuple de Dieu peut consciencieusement se tenir.»16
L’évangile pour Ellen White est la bonne nouvelle que le Christ n’a pas seulement payé la peine de nos péchés passés, mais aussi qu’Il a fourni par son Esprit le pouvoir de vaincre le péché présent, et ainsi d’être restaurer graduellement à l’image morale de Dieu. Dans ce contexte, la tempérance devient une partie vitale du développement de la restauration accomplie en acceptant le pouvoir de l’évangile. Elle écrivit, «Ce fut la gourmandise qui fit perdre le jardin d’Eden à nos premiers parents. Pour le reconquérir, la tempérance en toutes choses a plus d’importance qu’on ne le pense généralement.»17
Elle écrivit encore: «Adam et Eve tombèrent par l’appétit intempérant. Le Christ vint et résista à la tentation la plus féroce de Satan et, au nom de la race, Il triompha l’appétit, montrant que l’homme peut vaincre. Comme Adam tomba par l’appétit et perdit l’Eden bienheureux, les enfants d’Adam peuvent par le Christ, triompher de l’appétit, et par la tempérance en toutes choses, reconquérir l’Eden.»18
Préparation pour le retour du christ. Pour Ellen White, la restauration de l’image morale de Dieu dans l’homme, par le pouvoir du Christ, fut une partie essentielle de préparation pour le retour du Christ: «Tous ceux qui désirent achever leur sanctification dans la crainte de Dieu doivent apprendre des leçons de tempérance et de maîtrise de soi-même. Les appétits et les passions doivent être assujettis aux plus nobles facultés de l’esprit. L’auto-discipline est indispensable pour obtenir une force mentale et un discernement spirituel permettant de comprendre et de mettre en pratique les vérités sacrées de la Parole de Dieu. Telle est la raison pour laquelle la tempérance trouve sa place dans l’oeuvre de préparation en vue de la seconde venue du Christ.»19
Parlant des «dangers de l’intempérance dans le manger et le boire, notamment dans l’usage des spiritueux,» elle dit: «Si tout cela avait été exposé en relation avec le retour prochain du Christ, un réveil se serait produit parmi nos auditeurs. Si notre zèle était proportionné à l’importance des vérités que nous possédons, nous pourrions être le moyen de sauver du naufrage des centaines et des milliers d’âmes.»20 Par de tels énoncés on se demande si la raison pour laquelle les Adventistes ne sont plus «secoués» par l’usage de boissons alcooliques et d’autres substances nuisibles, c’est qu’ils ont perdu le sens de l’urgence de se préparer pour le prochain retour du Christ.
Ellen White vit la pratique d’une abstinence stricte comme étant tout spécialement nécessaire pour la crise finale. Dans un rêve, elle vit un messager divin réprimandant quelqu’un qui refusait de signer le voeu de tempérance, disant: «Lorsque les plaies de Dieu s’abattront sur le monde, vous comprendrez alors combien sont importants les principes de la réforme sanitaire et de la stricte tempérance, et vous verrez que la tempérance seule est à la base de toutes les grâces qui viennent de Dieu, à la base de toutes les victoires que l’on peut remporter.»21 Ellen White prévient: «Celui qui aime les stimulants et qui s’habitue à en faire usage ne peut pas croître en grâce.»22
La théologie de l’abstinence. Ellen White vit la tempérance en générale et l’abstinence en particulier, comme étant des vérités morales et théologiques et non seulement comme des moyens de santé et de société. Ce fut sa compréhension théologique de la tempérance qui fit que ses discours en public sur ce sujet, furent d’une façon marquée, différents de ceux de la plupart des orateurs de la tempérance. Tandis que ces derniers remplissaient leurs discours avec des données médicales, des statistiques et des histoires, Ellen White, comme nous le dit son mari, «s’adressait au peuple sur le sujet de la tempérance chrétienne par la Bible.»23 Ceci était pour devenir l’approche Adventiste. «Dans toutes nos large assemblées,» Ellen White écrivit, «nous devrions présenter à nos auditeurs les arguments les plus convaincants en faveur de la tempérance et leur adresser les appels les plus pressants. Le Seigneur nous a chargés d’enseigner la tempérance chrétienne en nous basant sur la Bible.»24
De quelle façon présenta-t-elle ce message accentué? «J’ai parlé de la tempérance et j’en ai présenté le point de vue chrétien: la chute d’Adam, la promesse de l’Eden, la venue du Christ dans le monde, son baptême, ses tentations dans le désert et sa victoire. Tout cela pour donner à l’homme une autre chance, qui lui permettrait de remporter la victoire en sa faveur... Christ vint pour donner à l’homme la force morale de résister aux tentations de l’appétit, de briser la chaîne qui le rend esclave de ses habitudes et de son intempérance, et de retrouver sa dignité morale...Cette manière de présenter le sujet était si différente de tout ce qu’ils avaient entendu sur la tempérance, que mes auditeurs écoutaient avec une grande attention.»25
Sept points principaux de l’approche théologique d’Ellen White sur la tempérance, peuvent être résumés comme suit:26
1. Ce fut par l’indulgence de l’appétit que nos premiers parents tombèrent et que le monde antédiluvien fut détruit.
2. La Bible enseigne une abstinence totale par des avertissements et des exemples.
3. Un avertissement significatif est la punition divine sur Nadab et Abihu, parce que leur raisonnement devint si embrouillé par les boissons alcooliques, qu’ils offrirent «du feu étranger.»(Lv 10.1-8)
4.Les exemples d’abstinence le plus souvent cités sont les instructions donnés à la femme de Manoach, la tenue ferme de Daniel pour l’abstinence, Jean-Baptiste, et surtout Jésus-Christ.
5. Dans le désert de la tentation, le Christ endura l’épreuve de l’appétit, à laquelle nos premiers parents faillirent.
6. Par le pouvoir du Christ nous pouvons vaincre tout désir pour n’importe quelle boisson alcoolique et donc, être rétabli à l’image morale de Dieu.
7. La préparation pour le retour du Christ exige une vie de sainteté et d’abstinence.
La base morale d’abstinence. Ellen White comprenait l’intempérance comme étant le résultat de notre nature pécheresse; par contraste, elle vit la tempérance/ abstinence comme étant le fruit de la rédemption. Donc, d’après elle, boire des boissons alcooliques, (indice d’intempérance) était une question de moralité et non seulement une question médicale; un péché, plutôt que simplement une maladie. Cette vue est impopulaire aujourd’hui. Maintenant, c’est la coutume de traiter le problème comme une maladie, déchargeant ainsi le peuple d’une responsabilité active pour leur condition ou leur infraction. La cause de ce problème est généralement attribuée à quelque facteurs physiques, culturels ou psychologiques: un écroulement du système interne de l’organisme.
En voyant l’intempérance comme étant une maladie, ceci affaiblit la résolution personnelle de traiter le problème avec responsabilité. Insidieusement, ceci encourage d’avantage la même conduite, puisque l’individu sait qu’il (ou elle) sera excusé pour cela et ne sera pas rendu directement responsable. Au contraire, Ellen White conseille à ceux qui se sentent incapables de s’arrêter de boire, d’être «strictes dans leurs principes et...[de faire] preuve de fermeté dans l’abstention de l’alcool et du tabac.» Elle continue, «ces substances sont des poisons et leur usage est une transgression de la loi de Dieu.»27
Ellen White comprit clairement que l’Ecriture défend l’emploie des boissons alcoolisées et que par conséquent, leur usage représente une violation du principe moral établit par Dieu pour notre bien être physique et spirituel. «Le Seigneur a donné des enseignements précis dans sa parole au sujet de l’alcool et des spiritueux. Il en a interdit l’usage et il a accompagné son ordre d’avertissements et de menaces sévères. Mais ses interdictions ne sont pas l’expression d’une autorité arbitraire. Il a averti les hommes pour les préserver des maux qu’engendre l’alcool.»28
L’érosion de la conviction. Ellen White comprit clairement que Dieu défendit l’usage de boissons alcooliques. Mais à ma surprise, j’ai trouvé que plusieurs membres d’église, et même quelques pasteurs sont troublés sur ce sujet. Certains croient sincèrement que la Bible enseigne la modération plutôt que l’abstinence des boissons alcooliques.
Le numéro spécial sur la tempérance de la Adventist Review en 1982, exprime une autre incertitude: «De plus en plus il nous semble rencontrer des gens, soit dans l’église ou hors de l’église, qui demandent qu’il leur soit montrer que les Ecritures enseignent une abstinence totale. Et à moins que nous fassions notre devoir, nous pouvons nous découvrir sur la défensive. La vérité est que la Bible ne contient pas le genre de directives concises et explicites qui prescrivent une abstinence totale, que plusieurs de nous aimerions trouver.»29 La même pensée se trouve dans le paragraphe suivant: «l’abstinence totale est un de ces domaines nombreux où la Bible ne donne pas une directive explicite.»30 Bien que l’auteur soutienne fermement l’abstinence totale de la Bible, il pense que ce doit être fait en tirant des conclusions et en appliquant largement les principes bibliques, plutôt qu’en trouvant des commandements scripturaux clairs à ce sujet.
Mon étude personnelle a montré autrement. L’Ecriture donne des directives claires d’être abstinent (Lv 10.9; Pr 31.4; 1 Th 5.8; 1 P 1.13; 4.7; 5.8; 1 Tm 3.2; Tt 2.2.) et de ne pas regarder «le vin.»(Pr 23.31). Une partie du problème c’est que certains textes bibliques décisifs ont été mal interprétés, probablement pour sauver la face pour ceux qui préconisent la modération tout en condamnant l’ivresse.31
Une conviction claire biblique. Il n’y avait pas de doute dans l’esprit d’Ellen White que la Bible condamne explicitement l’usage des boissons alcooliques. Elle écrit: «Nulle part la Bible ne sanctionne l’usage du vin fermenté...C’est l’esprit du Christ qui donna cet avertissement aux Israélites: «Le vin est moqueur, la boisson forte est tumultueuse; quiconque s’y égare ne deviendra pas sage [»manque de sagesse»- MH](Pr 20.1SR)...C’est l’esprit du Sauveur qui fit prescrire à Jean-Baptiste de ne boire ni vin, ni boisson enivrante. Le même esprit fit une recommandation semblable à la femme de Manoach, la mère de Samson. Jésus n’a jamais contredit ses enseignements. Le vin non fermenté qu’Il fit aux noces de Cana était une boisson saine et rafraîchissante. C’est de ce vin que lui et ses disciples se servirent lors de la première Cène.»32
En commentant sur Lévitique 10.9, où Dieu dit à Aaron, «Tu ne boiras ni vin, ni liqueur, toi et tes fils,» Ellen White dit: «Nous trouvons ici les directives divines les plus claires, ainsi que les raisons pour lesquelles Dieu a interdit l’usage de l’alcool; Il désire que ses enfants restent lucides et agissent avec discernement; il veut qu’ils soient capables de juger sainement et de faire la différence entre ce qui est pur et ce qui ne l’est pas.»33 Ailleurs elle dit: «Le Seigneur a donné dans sa Parole des instructions précises en ce qui concerne l’usage du vin et des boissons alcoolisées. Il l’interdit et à renforcé ses interdictions par de sévères avertissements et des menaces.»34
Ellen White se rapporte souvent à l’exemple d’abstinence de Daniel et ses trois compagnons. «Non seulement ces jeunes hommes refusèrent de boire le vin du roi, mais ils s’abstinrent des friandises de sa table. Ils obéirent à la divine loi, naturelle et morale.»35 De leur exemple, elle tire la leçon que «ceux qui veulent préserver leurs capacités non affaiblies pour le service de Dieu, doivent observer une tempérance stricte dans l’emploi de toutes ses bontés, de même qu’une abstinence totale de chaque indulgence nuisible ou avilissante.»35
En sommaire, Ellen White fut profondément convaincue qu’une abstinence totale est un principe clairement enseigné dans l’Ecriture. Une indifférence à l’égard de ce principe est une violation de la loi divine. Obéir ce principe par le pouvoir du Christ, contribue à restaurer l’image morale de Dieu en nous. L’abstinence totale fait partie de l’évangile, et plus spécifiquement, du message du troisième ange. Ceci signifie que l’abstinence est une partie du développement de restauration occasionnée par le pouvoir de l’évangile- une restauration qui est une partie essentielle de la préparation pour le retour du Christ.
Les conséquences de l’usage deDl’alcool.
L’effet sur l’individu. Souvent et énergiquement Ellen White parla des mauvais effets de l’alcool sur l’esprit: «Le cerveau s’obscurcit; la raison ne gouverne plus mais cède la place à l’intempérance.»37 «Le vin qu’ils ont bu a affaibli leur mémoire. Ils ressemblent à des personnes âgées. Quand ils veulent utiliser leur cerveau, celui-ci n’est plus capable de mettre à leur service ses riches trésors.»38 «L’alcool prive les hommes de leur faculté de raisonnement.»39 «Le système nerveux se détraque.»40 L’usage immodéré du vin obscurcit «les sens.»41 «Le vin obscurcit l’esprit.»42
Les recherches modernes confirment le fait que l’alcool occasionne une perte de cellules dans différentes régions du cerveau et rompt la connexion entre les cellules de nerfs. Ceci affaiblit la vue, l’ouïe et le pouvoir de raisonner.43
L’alcool paralyse les sensibilités morales et les inhibitions. Ellen White exprime cette vérité de différentes façons: «Leur [les buveurs] intelligence est affaiblie, leurs facultés morales sont affaiblies, leurs sensibilités sont engourdies et les revendications de Dieu et du ciel ne sont pas réalisées, les choses éternelles ne sont pas appréciées.»44 Quand le goût pour les stimulants est cultivé, «les plus fermes résolutions sont alors sans effet et les considérations les plus élevées sont incapables de soumettre l’appétit perverti au contrôle de la raison.»45 Elle dit que celui «qui aime ces stimulants, et s’habitue à leur usage, ne grandit jamais en grâce. Il devient grossier et sensuel; les passions animales contrôlent les plus hautes facultés spirituelles, et la vertu n’est pas appréciée.»46
L’alcool a aussi des effets physiques. Ellen White affirma dans un langage simple et non technique, il y a environs 100 ans, ce que des recherches modernes médicales ont amplement confirmé. Elle dit entre autres que les boissons alcooliques corrompent le sang;47 nuisent les organes digestifs et du cerveau;48 détraque le système nerveux;49 affaiblissent le pouvoir du corps pour résister à la maladie;50 causent une dégénération physique et mentale;51 et «produisent des maladies de toutes sortes.»52
Les effets sur le foyer. Ellen White souligne le fait que l’alcool laisse ses traces non seulement sur les individus, mais aussi sur les familles. Elle écrit: «Par suite de l’usage de ces poisons [boissons alcoolisées], des milliers de familles sont privées du confort et souvent des nécessités de la vie; les actes de violence et les crimes sont multipliés, et la maladie et la mort précipite de myriades de victimes à des tombeaux d’ivrognes.»53 «Observez le foyer de l’ivrogne...Voyez la femme autrefois heureuse qui fuit son mari devenu fou...Jour après jour, les cris de souffrance arrachés aux lèvres de la mère et des enfants s’élèvent vers le ciel.»54
De tels abus sont d’origine satanique: «La cruauté de Satan est exprimée quand l’ivrogne lève sa main pour frapper la femme qu’il a promis d’aimer et de chérir tout au long de sa vie. Les actions de l’ivrogne sont une expression de la violence de Satan.»55 Ces abus dans la famille ne sont pas seulement commis par les hommes: «Dans de nombreux foyers, des enfants en bas âge sont chaque jour exposés au danger par la négligence, les mauvais traitements ou la dureté d’une mère en état d’ébriété. Garçons et filles grandissent à l’ombre de ce fléau.»56
Les effets sur la société. Dans ses écrits, Ellen White montre un intérêt spécial des effets de l’alcool sur la société: par les crimes, le coût économique, les accidents, la santé publique, et sur la responsabilité des chefs d’états et d’églises. Ce qui suit sera un échantillon de ses commentaires sur chacun de ces points.
La cause du crime est rattachée à la boisson parce que Ellen White dit que par la boisson «la raison est paralysée, l’intelligence est obscurcie, les passions animales sont excitées et ceci résulte dans de crimes d’un caractère le plus avilissant.»57 «Cependant, la loi autorise la vente de cet alcool maudit, cause de maux sans nombre pour celui qui s’adonne à la boisson dont il sera la victime, ainsi que sa famille tout entière!»58
Ellen White note le coût économique de l’alcool à la société: «Chaque année, des millions et des millions de litres de boissons alcoolisées sont consommés. Des millions et des millions de francs sont dépensés pour procurer la misère, la pauvreté, la maladie, la déchéance, la débauche, le crime et la mort. Par amour de l’argent, le débitant de boissons vend à ses victimes un breuvage qui corrompt et détruit le corps et l’âme. Il attire pauvreté et misère sur la famille du buveur.»59 «Les cris des millions de personnes qui dans notre monde meurent de faim pourraient être rapidement apaisés si l’argent que les débitants de boissons font entrer dans leur caisse était employé à soulager les souffrances de l’humanité.»60
Les accidents causent la plus grande perte de vie et de biens. Pendant la plus grande partie de la vie de Madame White, les automobiles étaient inconnues. Les «accidents de circulation» étaient ceux de bateaux, de trains et de paquebots. De cela, elle écrit: «Combien d’accidents horribles se produisent sous l’influence de l’alcool?»61 «Ceux qui conduisent les grands transatlantiques ou qui ont une fonction importante dans les chemins de fer sont-ils des hommes tempérants? Leur cerveau est-il dégagé de toute influence de l’alcool? Si ce n’est pas le cas, les accidents qui surviendront pendant leur temps de service leur seront imputés par le Dieu des cieux, Père de tout homme et de toute femme.»62
Ellen White parle aussi des effets de l’alcool sur la santé publique: «Parmi les victimes de l’intempérance, il en est de toutes classes et de toutes professions. Des hommes éminents par leurs talents ou leur savoir se sont conduits de telle manière qu’il leur a été impossible de résister à la tentation. D’aucuns qui étaient riches sont maintenant sans foyer et sans amis. Plongés dans la misère, la souffrance, la maladie et le déshonneur, ils ont perdu tout empire sur eux-mêmes. Si une main secourable ne leur est tendue, ils descendront toujours plus bas. Pour eux, la satisfaction de leurs passions n’est pas seulement un péché, c’est une maladie.»63
Ellen White place une responsabilité sur les bureaucrate et les législateurs: «Les dirigeants du pays ne sont-ils pas en grande partie responsable du redoublement des crimes et des fléaux mortels qu’a entraînés le commerce de l’alcool? N’est-il pas de leur devoir et en leur pouvoir d’arrêter ce mal?... Que les législateurs se demandent s’il est impossible d’éviter que la vie du corps et de l’esprit soit exposée à de tels dangers. Cette perte de vies humaines est-elle vraiment obligatoire?»64
Les marchands de liqueurs ont aussi une responsabilité, comme le dit Ellen White, «qu’importe qu’il ait été ou non autorisé par la loi à vendre des boissons empoisonnées à son prochain! Dieu le considérera comme responsable de l’avilissement de l’âme rachetée par le Christ...Il sera accusé de la misère, de la souffrance et du désespoir qu’a introduits dans le monde le commerce de l’alcool. Il devra répondre de la détresse et de la pauvreté des mères, du dénuement, de la faim, du manque d’abri dont ont souffert les enfants, privés de tout espoir et de toute joie.»65
Les directeurs civils et religieux sont, d’une façon spéciale, appelés à vivre sobrement, s’abstenant des substances alcooliques: «Toutes absorption de nourriture et de boisson capables de léser le bon fonctionnement des facultés mentales est un grave p$ch$ aux yeux de Dieu. Ceci concerne particulièrement ceux qui remplissent des fonctions sacrées, qui devraient être de tout temps pour les fidèles des exemples et des guides toujours en état de les instruire.»66 «Les chefs d’Etat et les légistes devraient, mieux que n’importe qui, obéir aux lois supérieures qui sont à la base de toute règle dans la famille et la nation. Il faudrait que ceux qui exercent une autorité aient le sentiment d’être eux-mêmes soumis à une puissance supérieure. Mais tant que leur esprit se trouve sous l’effet de l’usage de narcotiques et de spiritueux, ils n’auront pas ce sentiment...En pratiquant la tempérance en toutes choses, ils seront toujours en mesure de distinguer nettement le sacré du profane, et ils auront la sagesse d’agir avec cette justice et cette intégrité que Dieu prescrivit à l’Israël d’autrefois.»67
Aidant les intoxiqués. Ellen White exprima une pitié et une inquiétude sincère envers ceux qui étaient adonnés aux boissons alcoolisées ou le tabac. Elle offrit des recommandations variées sur la manière d’aider de telles personnes.
1. Présenter les revendications de la loi de Dieu. Elle écrivit: «Pour faire oeuvre utile en faveur de ceux qui sont tombés, nous devons d’abord mettre en évidence les exigences de la loi divine et la nécessité de s’y conformer. Faisons ressortir la différence frappante qui existe entre celui qui sert Dieu et celui qui s’éloigne de lui. Dieu est amour, mais il ne saurait excuser la désobéissance volontaire à ses commandements.»68
On doit montrer aux personnes qui sont adonnées à l’alcool, par un amour chrétien, que leur intoxication n’est pas seulement une mauvaise habitude ou une maladie, mais un péché- un péché pour lequel Dieu est fidèle et juste de nous le pardonner et purifier.(1 Jn 1.9) «Quand un homme, esclave pendant longtemps d’habitudes mauvaises et coupables, est touché par la puissance de la vérité divine opérant dans son coeur, ses facultés morales, apparemment paralysées, reprennent vie.»69
2. La détermination de s’abstenir. «Les victimes des mauvaises habitudes,» écrivit Ellen White, «doivent faire des efforts persévérants pour s’en affranchir. On peut tenter l’impossible pour les relever, leur parler de la grâce de Dieu offerte gratuitement pour les sauver, le Christ peut intercéder en leur faveur, les anges peuvent intervenir, tout sera inutile si eux-mêmes n’entreprennent la lutte libératrice.»70 A plusieurs reprises elle souligne le rôle essentiel de la volonté. «Celui qui est tenté a besoin de comprendre la véritable force de la volonté. Ici est le pouvoir maîtrisant dans la nature humaine- le pouvoir de décision, de choix. Chaque chose dépend de l’action juste de la volonté...Plusieurs descendront à la ruine, bien qu’espérant et désirant vaincre leurs mauvais penchants. Ils n’ont pas soumis leur volonté à Dieu. Ils n’ont pas choisi de Le servir.»71
Une recherche récente met en doute la vue populaire de l’alcoolisme comme étant une maladie qui rend la volonté du buveur incapable, montrant au contraire qu’un «buveur peut et doit assumer certaines responsabilités pour changer, même en admettant que cet engagement seul ne le changera pas.72 Cette recherche soutient pleinement le conseil d’Ellen White à une telle personne.
3. Le réconfort du pardon et du pouvoir de Dieu. Ellen White écrit qu’en premier lieu, surtout et avant tout «c’est d’attendrir et d’adoucir l’âme en présentant notre Seigneur Jésus-Christ comme Celui qui a porté nos péchés; le Sauveur qui pardonne le péché; faire connaître l’évangile aussi clairement que possible. Quand le Saint Esprit travaille parmi nous...les âmes qui ne sont pas prêtes pour l’apparition du Christ seront convaincues... Les fervents du tabac sacrifient leur idole et le buveur de liqueur, sa liqueur. Ils ne pourront pas faire ceci, s’ils n’auront pas saisi par la foi, les promesses de Dieu pour le pardon de leurs péchés.»73
Ellen White souligne aussi le besoin de «parlez de courage aux pécheurs. Présentez-les à Dieu dans vos prières. Parmi ceux que la tentation terrasse, un bon nombre en sont humiliés, et ont l’impression de s’approcher vainement du Seigneur. Mais cette pensée leur est suggérée par l’ennemi. Lorsqu’ils ont péché et n’osent plus prier, dites-leurs que c’est bien alors qu’il faut le faire. Ils peuvent se sentir profondément humiliés,; et honteux d’eux-mêmes; mais s’ils confessent leurs péchés, Celui qui est fidèle et juste les leur pardonnera et les purifiera de toute iniquité.»74
4. Avoir un intérêt personnel. Les programmes pour la guérison des alcooliques soulignent l’importance de se pourvoir d’appui personnel ou de groupes pour l’intoxiqué. Ellen White accentue ce même point de vue. «Je me souviens d’un homme présent dans une assemblée à laquelle je me suis adressée. Son corps et son âme étaient terriblement marqués par l’usage de l’alcool et du tabac; à cause de ses excès, il était tout courbé; ses vêtements étaient aussi misérables que son état physique. Selon toute apparence, il semblait ne pouvoir jamais sortir de cette situation. Mais alors que je l’exhortais à résister à la tentation en ayant recours à la puissance d’un Sauveur ressuscité, il se leva en tremblant et dit: "Vous vous souciez de moi, aussi je vais me soucier de ma personne." Six mois plus tard, il vint chez moi. Je ne le reconnus pas. Le visage rayonnant de joie et les yeux pleins de larmes, il me prit la main et dit: "Vous ne me reconnaissez pas, mais vous souvenez-vous de l’homme vêtu d’un vieux pardessus bleu qui s’est levé lors de votre assemblée et qui a dit qu’il essayerait de se réformer?" J’était stupéfaite; il se tenait bien droit et paraissait avoir dix ans de moins. Il était retourné chez lui après cette réunion et avait prié et lutté pendant les longues heures qui avaient précédé le lever du soleil. Ce fut une nuit de combat, mais grâce à Dieu, il en ressortit victorieux.»75
5. Donner des instruction pour vivre sainement. Le problème de l’alcoolisme est souvent rattaché à des habitudes insalubres alimentaires. Ainsi, Ellen White recommande que «ceux qui luttent contre les tendances tyranniques de la chair doivent comprendre les principes de la vie saine. Montrons-leur qu’en violant les lois de la santé, on crée un terrain propice à la maladie, et on jette ainsi les bases de l’alcoolisme. Ce n’est qu’en obéissant à ces lois que l’ont peut résister victorieusement à la soif de stimulants artificiels. S’il faut compter sur Dieu pour briser les liens de l’esclavage, il est nécessaire de collaborer avec lui en obéissant à ses lois morales et physiques.»76
Ceux qui sont intéressés à avoir plus d’information pour aider les intoxiqués sont encouragés à lire le chapitre «Sauvons les intempérants» dans le livre Rayons de Santé.
Conclusion
Pour Ellen White, le message de la tempérance était une partie fondamentale de l’évangile et de la mission de l’Eglise Adventiste du Septième Jour. Un tel message enseigne au peuple la modération dans l’usage des choses salubres, et l’abstinence dans l’usage de choses pernicieuses, tels que les boissons alcooliques. Ellen White vit l’abstinence et la réforme sanitaire comme de principes bibliques, donnés par Dieu pour aider à restaurer Son image morale dans la race humaine et pour préparer un peuple saint pour la seconde venue du Christ. Ses convictions théologiques et ses conseils pratiques dans l’usage de boissons alcooliques, se détachent par leur consistance biblique et leur applicabilité pratique pour notre âge.
Chapitre 1
1. D’après les statistiques du rapport de gestion de 1986 de la «National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism,» cité dans «Coming to Grips with Alcoholism,»U.S. News and World Report, le 30 novembre, 1987: p.56.
2. Ibid., p.57.
3. «Carter Will Restore Confidence, Graham Says,» Miami Herald, le 26 décembre, 1976:A18.
Chapitre 2
1. L’étude complète se trouve dans le deuxième chapitre, «The Meaning of Wine,» du livre anglais, Wine in the Bible: A Biblical Study on the employé of Alcoholic Beverages. Dans ce livre, l’auteur étudie le mot anglais «wine» du latin, grec, et hébreu.
2. ARISTOTE. Météréologiques 387.b.9-13. Tr. par Pierre Louis, Paris: Société d’édition «Les Belles Lettres,» 1982; pp. 62-63. Toutes les citations seront de cette édition. Dorénavant seulement le titre de l’oeuvre d’Aristote sera cité.
Voir aussi Météréologiques 388.a.34 qui dit: «Parmi les liquides on peut hésiter pour le vin [oinos]. Car il peut se vaporiser et il épaissit témoin le vin nouveau. La cause en est que le mot vin ne correspond pas à une espèce unique et que chaque vin se comporte différemment.» (pp. 65-66) La référence à l’épaississement du vin nouveau par la chaleur implique que le vin nouveau était préservé de la fermentation par l’ébullition.
3. De même ARISTOTE nous dit dans Météréologiques 384.a.4-5: «Il existe en effet, du vin [oinos] qui se solidifie et se réduit par l’ébullition, par exemple le moût [glukos].» p.50.
4. ERNEST GORDON, Christ, the Apostles and Wine. An Exegetical Study, Philadelphia: 1947, p.14. On va étudier le mot tirôche dans le septième chapitre.
5. The Jewish Encyclopedia, éd. de 1906, art. «Wine,» Vol. 12, p.533.
6. Cité par LOUIS GINZBERG, «A Response to the Question Whether Unfermented Wine May Be Used in Jewish Ceremonies,» American Jewish Year Book 1923, p.409.
7. Une analyse de ces textes se trouve dans Wine in the Bible, pp. 67-69.
Chapitre 3
1. Nous soulignons.
2. PLINE L’ANCIEN, Histoire Naturelle 14,11,85; p.52. Tr. par Jacques André. Paris: Société d’édition «Les Belles Lettres,» tome 14 - 1958; tome 23 - 1971. Toutes les citations seront de ces éditions. Dorénavant, seulement le titre de l’oeuvre, l’auteur, et le numéro du tome sera cité.
3. Pour une analyse de l’enseignement Biblique sur les conséquences de la consommation de vin fermenté, voir Wine in the Bible, pp. 95-101.
Chapitre 4
1. Les témoignages d’anciens écrivains en ce qui concerne la préservation de vin soit fermenté ou non sont cités et analysés dans le quatrième chapitre, «The Preservation of Grape Juice,» de Wine in the Bible.
2. CATON, De L’Agriculture 23; p.33. Tr. par Raoul Goujard. Paris: Société d’édition «Les Belles Lettres,» 1975. Dorénavant, seulement le titre de l’oeuvre et l’auteur sera cité.
3. Pour encore plus de documentation et de discussion sur chacune des quatre méthodes de préservation de jus de raisin, voir Wine in the Bible, pp. 114-127.
4. COLUMELLE, De L’Agriculture 12,19,1, tr. par Jacques André, Paris: Société d’édition «Les Belles Lettres,» tome 12, 1988; p.51. Toutes les citations seront de cette édition. Dorénavant seulement le titre de l’oeuvre de Columelle sera cité.
5. Ibid., 12,26,1; p.62.
6. J. KITTO, Cyclopedia of Biblical Literature, éd. 1845, art. «Passover,» Vol 2, p.477.
7. PLINE L’ANCIEN, Histoire Naturelle 23,24; p.35.
8. PLUTARQUE, Symposiacs 8,7.
9. CATON, De L’Agriculture (n.2) 120,1;p.80.
10. COLUMELLE, De L’Agriculture (n.4) 12,30,1; 12,29.p.65.
11. J.B. PRITCHARD, Gibeon: Where the Sun Stood Still, Princeton:1962, pp. 90-98.
12. KITTO, Cyclopedia of Biblical Literature (n.6) vol. 2, art. «Wine,» p.956.
13. JOSEPHE, Les Guerres Juives 7,8,4.
14. Voir, par exemple, "abodah Zarah 30a", tr. en anglais par I. Epstein, The Babylonian Talmud, London: 1936, pp. 148-149.
Chapitre 5
1. PLINE L’ANCIEN, Histoire Naturelle 23,24; p.35
2. PLUTARQUE, Symposiac 8,7.
3. Voir Sotah 48a; aussi Mishna Sotah 9,11.
4. Cité dans WILLIAM PATTON, Bible Wines. Laws of Fermentation, Oklahoma City, p.83. (Nous soulignons)
5. H. PREISKER, «Methe, Methuo, Methuskomai,» Theological Dictionary of the New Testament, édité par Gerhard Kittel, Grand Rapids:1967, Vol.4, p.547. (Nous soulignons)
6. «On doit remarquer,» dénote Leon C. FIELD, «que l’adjectif employé pour décrire le vin créé par le Christ n’est pas agathos, "bon," tout simplement, mais kalos, ce qui est moralement excellent, ou propre. Ce terme qui évoque la caractérisation de Theophrastus, du vin non fermenté comme étant un vin moral (ethikos).» De Oinos: A Discussion of the Bible Wine Question, New York:1883, p.57.
7. A.B. BRUCE, The Synoptic Gospels dans The Expositor’s Greek Testament, Grand Rapids:1956, p.500. Voir aussi E. GORDON, Christ the Apostles and Wine (n.2,4),p.20.
8. COLUMELLE, De L’Agriculture 12,29; p.65.
9. E. GORDON, Christ the Apostles and Wine (N.2,4) p.20.
10. Ibid., p.21.
11. N. GELDENHUYS, Commentary on the Gospel of Luke, de la série «The New International Commentary on the New Testament,» Grand Rapids:1983, p.198. Voir aussi: H. ALFORD, The New Testament for English Readers, Boston:1875, Vol. 1, p.324; R.C.H. LENSKI, The Interpretation of St. Luke’s Gospel, Columbus:1953, p.320; et J. VAN IMPE, Alcohol: The Beloved Enemy, Royal Oak:1980, pp. 121-122.
12. H. SEESEMAN, art. «Oinos,» dans Theological Dictionary of the New Testament, édité par Gerhard Friedrich, Grand Rapids:1968, Vol.5, p.163.
13. S.M. REYNOLDS, Alcohol and the Bible, Little Rock:1983, Challenge Press, p.42.
14. JOSEPHE, Antiquités Judaïques 2,5,2.
15. J.B. LIGHTFOOT, The Temple Service and the Prospect of the Temple, London:1833, p.151.
16. L. GINZBERG, «A Response to the Question Whether Unfermented Wine May Be Used in Jewish Ceremonies,» American Jewish Year Book 1923, p.414.
17. The Jewish Encyclopedia, éd. 1904, art. «Jesus,» Vol. 5, p.165.
18. Acts and Martyrdom of St. Matthew the Apostle, édité par Alexander Roberts et James Donaldson, The Ante-Nicene Fathers, Grand Rapids:1978, Vol.8, pp.532-533.
19. THOMAS D’AQUIN, Summa Theologica, Vol.2, partie III, question 74, art.5, p.2443; New York:1947 (éd. anglaise). Voir aussi: GRATIEN, De Consecratione, Pars III, Dist. 2, c.7, cité par Leon C. FIELD, Oinos: A Discussion of the Bible Wine Question, New York:1883, p.91; et J. BINGHAM, The Antiquities of the Christian Church, London:1852, Vol.2, p.755.
20. G.W. SAMSON, The Divine Law as to Wines, New York:1880, pp.205-217; L.C. FIELD (n.19) pp.91-94, et F.R. LEES et D. BURNS, The Temperance Bible Commentary, London:1894, pp.280-282.
Chapitre 6
1. Rm 14.21; Ep 5.18; 1 Tm 3.8; 5.23; Tt 2.3; Ap 6.6; 14.8,10; 16.19; 17.2; 18.3,13; 19.15.
2. H.G. LIDDELL et R. SCOTT, A Greek-English Lexicon, éd.1968, art. «Gleukos;» J.H. MOULTON et G. MILLIGAN, The Vocabulary of The Greek New Testament, art. «Gleukos;» et J.H. THAYER, Greek-English Lexicon of the New Testament, art. «Gleukos.»
3. H. BUMSTEAD, «The Biblical Sanction of Wine,» Bibliotheca Sacra 38 (janvier 1881): 81.
4. Ibid., p.62.
5. EUSEBE DE CESAREE,(Histoire Ecclésiastique), Church History 2,23,4, éditer par Philip Schaff et H. Wace, Nicene and Post Nicene Fathers of the Christian Church, Grand Rapids:1971, vol.1, p.175.
6. Une investigation de la façon de vivre de tels sectes tel que les Ebionites, les Nazaréens, les Elkesiates, et les Encratites, pourrait soutenir considérablement l’abstinence de vin fermenté dans l’Eglise Apostolique. G.W. SAMSON, The Divine Law as to Wines, New York:1880, pp. 197-210. Par contre, la valeur de sa recherche, est diminuée par un manque de références exactes.
7. L.C. FIELD, Oinos: A Discussion of the Bible Wine Question, New York:1883, p.60.
8. G.W. SAMSON (n.6), p.201.
9. The Interpreter’s Bible, New York:1970, vol.11, p.714.
10. E. GORDON, Christ, the Apostles and Wine. An Exegetical Study, Philadelphia: 1947, p.31.
11. F. FENTON, The Bible and Wine, London:1911, p.93.
12. ARISTOTE, Météréologiques 387.b.9-13, tome 2, pp.62-63.
13. ATHENEE DE NAUCRATIS, Les Deipnosophistes 2,24 p.112; tr. par A.M. Desrousseaux et C. Astruc, Paris, Société d’édition «Les Belles Lettres,» 1956.
14. PLINE L’ANCIEN, Histoire Naturelle 14,19; p.112.
15. Ibid., 23,23; p.35.
16. ELLEN G. WHITE, «The Marriage in Cana of Galilee,» The Signs of the Times, le 6 septembre, 1899, p.6.
17. Voir par exemple les art. de «Nepho,» dans G.W. LAMPE, A Patristic Greek Lexicon, Oxford:1961; J. DONNEGAN, A New Greek and English Lexicon, éd. 1847; T.S. GREEN, A Greek-English Lexicon of the New Testament, New York:1850; G. ABBOTT-SMITH, A Manual Greek Lexicon of the New Testament, éd.1937,; et aussi les art. de «Nephalios;» Hesychii Alexandri Lexicon, éd.1858; D.C.S. BYZANTIOS, Lexicon Epitomou tes Ellenikes Glosses, éd.1939.
18. JOSEPHE, Les Antiquités Judaïques 3,12,2.
19. PHILON D’ALEXANDRIE De Specialibus Legibus 4,183.
20. A. CLARKE, The New Testament of Our Lord and Saviour Jesus Christ, New York:1938, vol.2, p.869.
21. Sophron peut aussi désigner l’abstinence. Voir par exemple, ARISTOTE, L’Ethique à Nicomaque 2,9; 2,3,1; tr. par R. Antoine et J-Y. Jolif, Tome 1, Edition Béatrice-Nouvelaerts, Paris:1958; The Testaments of the Twelve Patriarchs, The Testament of Judah 16,3, éd. R.H. CHARLES, The Apocrypha of the Old Testament, Oxford:1913, p.320; U. LUCK, art. «Sophron,» Theological Dictionary of the New Testament, édité par Gerhard Friedrich, Grand Rapids:1971, vol.7, p.1101; PHILON D’ALEXANDRIE, De Ebrietate, tr. par J. Gorez, éd. du Cerf, Paris:1962, pp.62-63; CLEMENT D’ALEXANDRIE, Le Pédagogue 2,2.
22. H.G. LIDDELL et R. SCOTT, A Greek-English Lexicon, éd.1968, art. «Paroinos.»
23. F.R. LEES et D. BURNS, The Temperance Bible Commentary, London:1894, p.367.
24. A. BARNES, Notes, Explanatory and Practical on the Epistles of Paul to the Thessalonians, to Timothy, to Titus and to Philemon, New York:1873, p.140.
25. Lexicon Graeci Testamenti Alphabeticum, éd.1660, art. «Par-oinos.»
26. H.G. LIDDELL et R. SCOTT, A Greek-English Lexicon, éd.1968, art. «Paroinos.» La même acception se trouve dans le lexique moderne grec-anglais de G. GIANNAKOPOULOU et E. SIAPENOU, Ariston Ellenoaggaikon Lexicon, éd.1971, art. «Paroinos.»
27. Nous soulignons.
28. W. GRUNDMAN, «Enkrateia,» Theological Dictionary of the New Testament, éd. Gerhard Kittel, Grand Rapids:1974, vol.2, pp.339-342.
29. Ibid., pp.339-342.
30. ARISTOTE, L’Ethique à Nicomaque 7,1,6, tr. par R. Antoine et J-Y. Jolif, Tome 1, Edition Béatrice-Nouvelaerts, Paris:1958.
31. JOSEPHE, La Guerre Juive 2,8,2.
32. IRENEE DE LYON, Contre les Hérésies 1,28; tr. par A. Rousseau et L. Doutreleau, Ed. du Cerf, Paris:1979; CLEMENT D’ALEXANDRIE, Stromateis 7,17; HIPPOLYTE, Philosophoumena 8,20; EPIPHANE, Contre les Hérésies 46,47.
33. EPICTETUS, Encheiridion 35, cité dans Adam Clarke, The New Testament of Our Lord and Saviour Jesus Christ, New York:1938, vol.2, p.239; HORACE, De Arte Poetica v.412, cité dans Adam Clarke, Ibid., p.240; WALTER GRUNDMAN (n.28),p.342; F.W. GROSHEIDE, Commentary on the First Epistle to the Corinthians, The New International Commentary of the New Testament, Grand Rapids:1983, p.215.
Chapitre 7
1. H. BUMSTEAD, «The Biblical Sanction of Wine,» Bibliotheca Sacra 38 (janvier 1881): 66.
2. F.R. LEES et D. BURNS, The Temperance Bible Commentary, London:1894, p. xxiv; et W. RITCHIE, Scriptural Testimony Against Intoxicating Wine, New York: 1866,p.35.
3. R. TEACHOUT, The employé of Wine in the Old Testament, dissertation de doctorat en théologie, Dallas Theological Seminary, 1979, p.180.
4. Dt 7.13; 11.14; 12.17; 14.23; 18.4; 28.51; 2 Ch 31.5; 32.28; Né 5.11; 10.39; 13.5,12; Jr 31.12; Os 2.8,22; Jl 2.19; Ag 1.11.
5. Gn 27.28,37; Dt 33.28; 2 R 18.32; Ps 4.7; Es 36.17; 62.8; Os 2.9; 7.14; 9.1-2; Za 9.17.
6. Né 10.37; Mi 6.15.
7. Jg 9.13; Pr 3.10; Es 24.7; 65.8; Os 4.11.
8. Ces mots se trouvent des centaines de fois. Voir R. TEACHOUT, (n.3) p.195.
9. Talmud Babli Yoma 76b, cité dans la compilation produit par Rabbin ISIDORE KOPLOWITZ, Midrash Yayin Veshechor. Talmudic and Midrashic Exegesis on Wine and Strong Drink, Detroit:1923, p.41.
10. F.R. LEES et D. BURNS, The Temperance Bible Commentary, London:1894, p.219.
11. R. TEACHOUT (n.3) pp. 190-191.
12. H. BUMSTEAD, «The Biblical Sanction of Wine,» Bibliotheca Sacra 38 (janvier 1881): 69.
13. Ibid.
14. L.C. FIELD, Oinos: A Discussion of the Bible Wine Question, New York:1883, p.43.
15. K.L. GENTRY, The Christian and Alcoholic Beverages, Grand Rapids:1986, p.42.
16. R. TEACHOUT (n.3) pp.238-240 où il présente des arguments irrésistibles pour démontrer que chekar dans Dt 29.6 et Nb 28.7 peut signifier du «jus de raisin satisfaisant.»
17. K.L. GENTRY (n.15) p.42.
18. L.O. CAESAR, «The Meaning of Yayin in the Old Testament» (dissertation de maîtrise), Andrews University, 1986, p.184.
19. R. TEACHOUT (n.3) pp. 225-240.
20. R. TEACHOUT, Wine. The Biblical Imperative: Total Abstinence, publié par l’Auteur, 1986, p.66.
21. R. TEACHOUT (n.3) pp.212-214.
22. R. TEACHOUT (n.20) p.67.
23. L.C. FIELD, Oinos: A Discussion of the Bible Wine Question, New York:1883, p.44.
24. G.R. DRIVER, Aramaic Documents of the Fifth Century B.C., abrégé et réviser, Oxford:1965, p.60.
25. R. TEACHOUT (n.3) p.224. Une exception apparente, 1 S 1.15, qui, d’après Teachout, est un hendiadys qu’on doit traduire comme «vin fermenté» (p.245).
26. S.M. REYNOLDS, Alcohol and the Bible, Little Rock:1983, Challenge Press, pp.24-25.
27. The International Standard Bible Encyclopedia, éd. 1939, art. «Strong Drink,» vol.2, pp.879-880; Encyclopedia Biblica, édité par T.K. CHEYNE et J.S. BLACK, éd.1903, art. «Wine and Strong Drink,» vol.4, p.5310; Cyclopedia of Biblical Literature, édité par J. KITTO, éd.1845, art. «Wine,» vol.2,p.953; JEROME, Lettre (L11) à Népotien, tr. par l’abbé Bareille, Oeuvres Complètes de Saint Jérome, tome 1, Larousse, Paris:1877; et R. YOUNG, Analytical Concordance to the Bible, vingt-deuxième éd., art. «Strong Drink,» p.273, où il définit chekar comme étant une boisson soit fermenté ou non, et par suite, il définit le mot grec sikera: «Boisson douce (souvent fermenté), sikera; chekar hébreu.»
28. L’étymologie de ces mots est uniforme dans tout les dictionnaires français consultés. Ils tracent le mot sucre à l’arabe sukkar; et ils tracent le mot cidre à l’hébreu, chekar. Ils ne lient pas ces deux mots comme le fait certains étymologistes, tel que l’encyclopédie Biblique citée plus bas (dans le texte).
29. The Popular and Critical Bible Encyclopedia and Scriptural Dictionary, édité par S. FALLOWS, éd.1909, art. «Strong Drink,» p.546.
30. Ibid.
31.Ibid., p.547.
32. Sanhedrin 43a, cité par H. SEESEMAN, «Oinos,» Theological Dictionary of the New Testament, édité par Gerhard Friedrich, Grand Rapids:1968, vol.5,p.164.
33. H. SEESEMAN (n.32).
34. K.L. GENTRY, (n.15) p.47.
35. Ibid.
36. F.D. GEALY, The First and Second Epistles to Timothy and the Epistle to Titus, The Interpreter’s Bible, Nashville:1960, vol.11, p.412. Voir aussi E. TILSON, Should Christians Drink?, New York:1957, p.23.
37. A. BARNES, Notes, Explanatory and Practical on the Epistles of Paul to the Thessalonians, to Timothy, to Titus and to Philemon, New York:1873, p.144.
38. Ibid.
39. L. ABBOT, cité dans L.C. FIELD (n.23) p.107.
40. R. TEACHOUT, (n.3) pp.442-443.
41. Ibid., pp.443-444.
42. Ibid., p.444.
43. Ibid., p.445.
44. PLINE L’ANCIEN, Histoire Naturelle 14,28; p.66. Tr. par Jacques André. Paris: Société d’édition «Les Belles Lettres,» tome 14 - 1958
45. Ibid.
46. LUCIEN DE SAMOSATE, Philopatris 39.
Chapitre 8
1. ELLEN G. WHITE, Tempérance, Editions S.D.T., Dammarie Les Lys, France: 1973, p.202.
2. Ibid., p.203.
3. Pour un exposé des discours d’Ellen G. White sur la tempérance, voir HORACE JOHN SHAW, A Rhetorical Analysis of the Speaking of Mrs. Ellen G. White, a Pioneer Leader and a Spokeswoman of the Seventh-day Adventist Church, une dissertation de doctorat en Philosophie, Michigan State University, 1959, pp.200-210.
4. M.E. OLSEN, A History of the Origin and Progress of Seventh-day Adventists, Washington, D.C.: 1925, p.283.
5. Tempérance, p.78.
6. Ibid., pp.152-153.
7. Ibid., p.145; voir aussi pp.158, 195.
8. Ibid., p.225.
9. Ibid., p.33. On trouve la même expression avec peu de variations dans pp.73, 81, 126, 225.
10. Ibid., p.154. Voir aussi pp.155-158 pour d’expressions semblables.
11. Ibid., p.154.
12. Testimonies for the Church, vol.7, Pacific Press Publishing Association, Mountain View, California. C’est cette même maison d’édition pour tout les livres anglais de Madame White.
13. Tempérance, p.174.
14. Ibid., pp.173-174.
15. Ibid., p.185.
16. Testimonies for the Church, vol.7, p.75.
17. Rayons de Santé, Editions S.D.T., Dammarie Les Lys, France: 1965, p.279.
18. Testimonies for the Church, vol.3, pp.161-162.
19. Jésus Christ, Editions S.D.T., Dammarie Les Lys, France: 1977, p.81.
20. Témoignages Pour L’Eglise, vol. 2, Editions S.D.T., Dammarie Les Lys, France: 1972, p.465.
21. Tempérance, p.157.
22. Ibid., p.72.
23. JAMES WHITE, «Health Reform,» Health Reformer, le 4 février, 1871, p.152.
24. Tempérance, p.186, nous soulignons.
25. Ibid., p.206.
26. Ces sept points sont un sommaire de ce qui a déjà été mentionné ci-dessus et de l’appendice B, «Discours typiques d’Ellen G. White sur la tempérance,» du livre Tempérance, pp.208-227.
27. Tempérance, p.81.
28. Ibid., p.33.
29. «Does the Bible Condemn "Moderate" Drinking?» Adventist Review, le 25 février, 1982, p.4.
30. Ibid.
31. Pour une analyse de ces textes voir chapitre 6.
32. Rayons de Santé, pp.187-188, nous soulignons. Elle s’exprime presque de la même façon dans la revue Signs of the Times, (29 août, 1878) où elle dit: «Nulle part la Bible enseigne l’usage du vin fermenté, soit comme boisson ou comme symbole du sang du Christ.»
33. Tempérance, p.34, nous soulignons. Dans Signs of the Times, du 8 juillet, 1880, elle commente sur Lv 10.9 d’une même façon: «Donc Dieu interdit explicitement l’usage du vin et de spiritueux.»
34. Ibid., p.41.
35. True Temperance, An Indictment of the Liquor Traffic, Nashville, p.14.
36. Ibid., p.15.
37. Tempérance, p.72. Voir aussi Testimonies for the Church, vol.5, pp.356-357; et Conseils sur la Nutrition et les Aliments, Editions le Monde Français, Pacific Press Pub. Ass., Mountain View CA: 1972, p.520.
38. Ibid., p.29.
39. Ibid., p.145.
40. Ibid., p.72.
41. Ibid., p.50; voir aussi Patriarches et Prophètes, Editions S.D.T., Dammarie Les Lys, France: 1948, p.476.
42. Ibid., p.71; voir aussi Spiritual Gifts, vol.4, partie 1, p.125.
43. Pour une discussion de ces effets, voir, par exemple, EDITH L. GOMBERG, HELENE R. WHITE, et JOHN A. CARPENTER, Editeurs, Alcohol, Science and Society Revisited, Ann Arbor, University of Michigan, 1985, pp.17-62.
44. Testimonies for the Church, vol.4, p.30.
45. Tempérance, p.72.
46. Conseils sur la Nutrition et les Aliments, Editions le Monde Français, Pacific Press Pub. Ass., Mountain View CA: 1972, p.520, nous soulignons.
47. Testimonies for the Church, vol.4, p.30.
48. Counsels on Health, p.463.
49. Tempérance, pp.72, 216.
50. Medical Ministry, p.11.
51. Tempérance, p.133.
52. Testimonies for the Church, vol.4, p.30.
53. Gospel Workers, p.386.
54. Tempérance, pp.24-25.
55. Medical Ministry, p.114.
56. Rayons de Santé, p.193.
57. Testimonies for the Church, vol.3, p.561.
58. Tempérance, p.19.
59. Ibid., p.22.
60. Ibid., p.23.
61. Ibid., p.28.
62. Ibid., p.27.
63. Rayons de Santé, p.202.
64. Tempérance, pp.30-31.
65. Ibid., pp. 31-32.
66. Ibid., p.35.
67. Ibid., p.36.
68. Ibid., p.84.
69. Ibid., p.85.
70. Rayons de Santé, p.204.
71. Ibid., p.205.
72. HERBERT FINGARETTE, Heavy Drinking: The Myth of Alcoholism as a Disease, Berkeley, University of California Press, 1988, p.79. Fingarette démontre la fausseté du mythe que l’alcoolisme est une maladie. Quiconque est intéressé à ce sujet «doit» étudier cette recherche.
73. Evangelism, p.264.
74. Rayons de Santé, p.211.
75. Tempérance, pp.85-86.
76. Rayons de Santé, p.206.